La possible sortie de la Grèce fait trembler la zone euro

Le scenario, de plus en plus probable, d’une sortie en catastrophe de la Grèce de la zone euro, commence à paniquer les marchés financiers. Ces derniers se sont effondrés partout en Europe. On enregistrait des baisses de 2 à 5 %. A Paris, l’indice de CAC 40 a perdu 3,31%.

Les investisseurs ont raison de s’inquiéter en ce début d’année. La baisse de l’euro, qui devrait rendre service aux exportateurs, risque dans l’immédiat de détourner les capitaux vers des monnaies plus fortes, comme le dollar qui a remonté. Globalement, l’euro, l’argent et le pétrole sont des facteurs favorables à la croissance à moyen terme. A court terme, ces phénomènes font peur aux investisseurs qui spéculent à la baisse. En période normale, les deux séries de phénomènes devraient s’équilibrer. Mais l’Europe ne traverse pas une période normale.

L’Europe est plantée sur la croissance et l’activité pour cause d’endettement public excessif, de modèle sociale trop cher et de croissance archaïque. Nous ne sommes champions dans aucun des grands secteurs d’activité qui façonnent l’avenir. Cerise sur le gâteau, cette Europe qui fonctionne un peu comme une copropriété voit certains de ses membres refuser de payer les charges et prendre des libertés avec le règlement intérieur.

Résultat, ceux qui se donnent du mal pour que ça marche en ont assez de payer pour les autres.

Les autres, ce sont une fois de plus les Grecs. Après avoir été sauvés de la faillite une première fois en 2011, l’Europe a allégé la Grèce de 150 milliards d’euros en contrepartie d’un engagement de rigueur budgétaire que l’opinion publique a du mal à supporter.

La situation économique de la Grèce a beau s’améliorer, la croissance est revenue, le déficit de fonctionnement a disparu et le chômage a diminué, une majorité de Grecs pourraient porter au pouvoir une équipe dont le programme politique est de refuser les contraintes et la discipline européenne.

Cette perspective entrainerait, de facto, la sortie de la Grèce de la zone euro. Il n’y a plus, en Europe, une opinion publique suffisamment large pour accepter de payer les factures. La Grèce a encore plus de 100 milliards à rembourser. D’où la position radicale et populiste de la gauche, d’envisager une sortie pour ne pas avoir à payer le prix de cette contrainte.

Le débat sur la sortie de la Grèce fait trembler toute la zone euro et agite tous les courants politiques qui instrumentalisent cette hypothèse afin de renforcer leur propre position.

Pour faire clair, le débat sur la sortie de l’euro part dans deux directions.

La direction des milieux financiers européens qui considèrent cela catastrophique. La Grèce ne s’en remettrait pas, elle retomberait dans l’autarcie et l’isolement parce qu’elle n’a pas de ressources. On estime que le niveau de vie baisserait de 30 % au bout d’un an. Imaginez donc les impacts politiques et sociaux.

Mais ce n’est pas la situation des Grecs qui inquiète les financiers européens. Outre la difficulté technique de sortir de la zone euro qui n’a pas été prévu, une telle dérobade aurait un effet désastreux sur l’équilibre des autres pays fragiles. En Italie, en Espagne et en France. Tous les nostalgiques de la souveraineté se retrouveraient confortés et renforcés par l’exemple Grec. La Grèce aurait donc un effet systémique ingérable pour le reste du monde.

Une deuxième direction est donc empruntée par ceux qui veulent rester dans l’euro mais qui voudraient un assouplissement du règlement intérieur et une baisse des charges. La France est dans ce cas. Nous voulons continuer à vivre au-dessus de nos moyens et emprunter de l’argent ou alors obtenir de la BCE qu’elle émette de la monnaie de singe comme aux États-Unis.

Mais l’Europe, ce n’est pas les USA.

L’Europe ne peut pas faire payer ses dettes par le reste du monde. L’euro n’a jamais acquis le statut de monnaie de réserve, contrairement au dollar qui est crédible dans le monde entier.

Ce débat est donc très politique. La majorité des européens souhaitent, sans trop le dire, que Les Grecs se fracassent sur le mur de l’euro pour pouvoir revendiquer une réforme profonde de Bruxelles. Mais tant que la zone euro n’aura pas de gouvernance politique commune, les projets de réformes resteront dans les cartons.

On peut très bien se séparer des Grecs, une majorité d’Allemands le souhaite. Une majorité de Français n’est pas loin de le souhaiter. Les seules victimes seront les Grecs eux-mêmes.