La quadrature du cercle de François Fillon : faire une politique pro-business sans donner l’impression de faire des cadeaux aux patrons

Si François Fillon est aussi attaqué aujourd’hui, c’est qu’il donne l’impression de présenter une politique en faveur des entreprises et de leurs dirigeants.

La vie politique française est tellement perverse, les codes qui permettent de comprendre la société politique sont tellement tordus, que François Fillon va devoir résoudre la quadrature du cercle. Comment appliquer une politique pro-business sans donner l’impression de tout faire pour les patrons et éviter ainsi un phénomène de rejet qui serait autobloquant de la réforme.

Du coup, les patrons qui sont visiblement satisfaits de certaines orientations, ont du mal à le dire clairement soit parce qu’ils ne souhaitent pas faire savoir qu’ils soutiennent les efforts de François Fillon, soit parce qu’ils craignent que leur soutien affiché publiquement ne provoque de telles critiques que François Fillon en serait gêné dans l’application de la politique.

Donc les patrons se taisent pour la plupart. Le premier d’entre eux, Pierre Gattaz, use et abuse de contorsions douloureuses pour dire sans le dire tout le bien qu’il pense d’une politique qui prépare l’écosystème au dynamisme des entreprises.

Le président de la CGPME, François Asselin, est pris dans le même dilemme. Une grande partie de ses adhérents ont voté Fillon, il considère lui que le travail de réforme proposé par François Fillon est nécessaire, mais il ne peut pas donner de consignes de vote ou marquer son approbation personnelle parce qu’il craint que ses positions provoquent des réactions négatives qui viendraient alors hypothéquer les projets.

Chacun doit donc éviter soigneusement de s’avancer à visage découvert. C’est un jeu de rôle très français qui touche depuis toujours la droite française coupable d’être de droite, coupable d’être libérale.

François Fillon est celui des hommes politiques qui, depuis sa sortie de Matignon, a défini un discours très engagé à droite et s’y tient. C’est peut-être pour cette raison que la majorité des adhérents de la droite et du centre ont voté pour lui. Enfin quelqu’un qui ne se cache pas !

Est-ce que cette attitude radicale peut tenir lors de la campagne présidentielle où il s’agira de parler non plus à 4 millions d’électeurs de la primaire à droite mais aux 45 millions d’électeurs français pour espérer en séduire au moins la moitié (plus un) ?

François Fillon et ses proches semblent vouloir tenir le pari. Se faire élire sans s’asseoir sur ses convictions, ni renoncer à ses ambitions. Pas de petits calculs pour acheter des voix à droite ou à gauche, et en l’occurrence il faudra surtout aller chercher des voix au centre.

Dans la mise en place de la stratégie de campagne présidentielle, il n’y aura pas plus de pression idéologique que de combinaisons politiciennes. En fait, pour gagner le pari présidentiel, la garde rapprochée de François Fillon compte marier une conviction forte, une intelligence politique et une certitude.

La conviction est que le pays a besoin d’une politique pro-business. C’est la seule alternative possible. Le pays a besoin de croissance, la croissance apporte les emplois, les richesses. La croissance ne dépend que du dynamisme des entreprises. Il faut donc tout faire pour favoriser l’activité des entreprises. Tout faire. Ça va de la baisse des charges, de l’allègement des contraintes administratives (code du Travail), à la mise en place d‘une fiscalité light et d’un environnement sécurisé en Europe.

L’intelligence politique est de s’organiser pour que cette politique pro-business ne se déploie pas au détriment des salariés. Il va donc falloir expliquer en long et en large, et démontrer que toutes les réformes sociales visent à améliorer l’efficacité et la pérennité du système. C’est évidemment le cas des réformes sur la retraite, la durée du travail, l’assurance santé, le fonctionnement de l’administration.

Ça va être forcement le plus difficile à réussir. Les réformes oui, mais comment et selon quel timing ?

La certitude est que la réussite du projet dépendra très vite des résultats tangibles ou des signes de résultats. Si les anticipations de chefs d’entreprises permettent un accroissement des créations d’emplois marchands, ce sera gagné. Si la gouvernance peut délivrer des résultats, c’est gagné.

Mais tout se tient. Il n’y aura de résultats que si la politique pro-business s’applique complètement. Cette politique pro-business ne s’appliquera que si elle rencontre l’adhésion de tous ceux qui la vivront au quotidien.

C’est à la fois très simple et très compliqué. Ce qui est sûr, c’est que François Fillon est loin d’une application aveugle des crédos libéraux, il est loin des préceptes idéologiques et des préjugés. Il a totalement les deux pieds dans la réalité. Sortir de la crise, c’est, pour tout le monde, réapprendre à marcher droit.

On n’est pas dans l’Allemagne de l’avant-crise, on n’est pas dans l’Angleterre de Mme Thatcher qui, soit-dit en passant, avait dû faire la guerre aux Malouines pour sceller l’adhésion de son peuple à sa politique, on n’est pas dans l’époque de Reagan, ni dans la logique de Trump. En revanche, on n’est pas très loin de ce que propose Emmanuel Macron ou Manuel Valls. Du concret.

En fait, on est beaucoup plus près d’une parenthèse libérale que la France a connu entre 1986 et 1988. C’était paradoxalement avec Jacques Chirac, mais le vrai pilote de la réforme à l’époque était Edouard Balladur.