La République des ex (présidents)

La république des « ex ». Ne parlons pas de Ségolène Royal ou de Cecilia Attias, encore moins de Valérie Trierweiler… Encore qu’elles aient toutes, quelque chose à dire… parlons des vrais ex. Les ex-présidents de la République dont deux d’entre eux ont pris la parole la semaine dernière. Le plus ancien, VGE, et le plus jeune, Nicolas Sarkozy, ont fait pratiquement le même diagnostic d’une France qui inquiète de plus en plus l’Europe.

La république des « ex ». Ne parlons pas de Ségolène Royal ou de Cecilia Attias, encore moins de Valérie Trierweiler… Encore qu’elles aient toutes, quelque chose à dire… parlons des vrais ex. Les ex-présidents de la République dont deux d’entre eux ont pris la parole la semaine dernière. Le plus ancien, VGE, et le plus jeune, Nicolas Sarkozy, ont fait pratiquement le même diagnostic d’une France qui inquiète de plus en plus l’Europe.

Bien que le statut d’ »ex » ne confère aucun droit ou aucune légitimité particulière, la semaine dernière a été dominée par les propos divers mais toujours déterminés venant de la plupart des « ex » qui gravitent autour du pouvoir.

De façon très surprenante, Cecilia Sarkozy s’est rappelé au bon souvenir de la presse people en allant en Bulgarie saluer les infirmières bulgares qu’elle avait aidées à sortir des prisons de Kadhafi lorsque son mari était président de la République. Puis 48 heures plus tard elle filait à Libreville au Gabon où son mari ‘actuel’, Richard Attias organise le Davos africain… Enorme raout au cours duquel tout le monde essaie de faire des affaires avec tout le monde.

Moins étonnant, Valérie Trierweiler, qui, comme chaque semaine ou presque, a rendu compte des actions caritatives auxquelles elle participe avec la Croix rouge ou les Petits frères des pauvres et Julie Gayet de son côté qui a présenté sa solitude et tenu chronique au Festival de Cannes. Chacun son job !

Beaucoup plus légitime, c’est Ségolène Royal qui cette semaine encore, a parlé fort et fait le buzz … pour se démarquer au sein du gouvernement. Apres avoir pris parti dans l’affaire Alstom pour une solution américaine, histoire de se démarquer d’Arnaud Montebourg, elle vient de suggérer quelques assouplissement au sacro-saint principe de précaution en imaginant la possibilité  de procéder à des recherches et à des expériences sur le gaz de schiste, histoire de marquer son pragmatisme et de se démarquer ô combien des idéologues de l’écologie auquel elle a succédés dans son ministère.

Tout cela fait un peu désordre… mais le plus important la  semaine dernière, c’est la contribution au débat de deux ex-présidents de la République.

Valery Giscard d’Estaing qui fêtait lundi le 40e anniversaire de son arrivée au pouvoir en 1974 … et Nicolas Sarkozy qui en fin de semaine à commencer à préparer son retour par un plaidoyer pour l’Europe.

A la veille d’une élection européenne qui s’annonce redoutable pour le projet européen, dans une France complètement découragée, la mise en parallèle des propos des deux ex-présidents que deux générations séparent ne manquaient pas d’intérêt.

L’un et l’autre sont arrivés au pouvoir et ont connu des crises aux effets structurels dévastateurs, la crise pétrolière pour le premier, la crise financière pour le second. Les deux crises ont mis à genoux les économies occidentales et les deux crises ont obligé tout le monde à s’adapter. Les deux présidents utilisent la même expression : « on ne change pas le monde, on s’y adapte… » C’est tellement vrai au moment où le gouvernement actuel emprunt de certitudes a souvent promis à ses électeurs qu’il pouvait changer le monde. Quelle arrogance et quelles déceptions engendrées. On ne change pas le monde, on se reforme et on s’y adapte.

Par rapport à l’Europe, chacun a participé à sa manière à la construction européenne. Valery Giscard d’Estaing est celui qui a préparé l’Euro, la monnaie unique en faisant l’apprentissage du SME, le serpent monétaire européen.  Nicolas Sarkozy s’est retrouvé en octobre 2008 face à une Europe qui partait en vrac et en ruine. On ne s’en souvient pas, mais la zone euro a failli sauté, le premier week-end d’octobre. A partir de là, l’un comme l’autre reconnaissent les erreurs et les faiblesses de cette Europe et se retrouvent ensemble pour souhaiter lui éviter la mort lente après qu’elle ait échappé à la mort subite.

Cela dit, la France dans l’Europe est mal en forme. Nos deux « ex » dressent un diagnostic identique.

Contrairement à tous les partenaires de cette Europe, la France ne connait pas la reprise. Sa croissance est toujours aussi faible, ses dettes et ses déficits sont abyssaux, son chômage est supérieure à 10%, le couple franco-allemand ne marche pas, le chef de l’Etat ne parvient pas à être écouté, il ne fait rien… etc. etc…

Mais le comble dans cette conjoncture est qu’une majorité des Français s’est convaincue que tout ce qui nous arrive est de la faute de l’Europe, de la Commission qui est trop lourde, de l’euro qui est trop fort, de la BCE qui est à côté de la plaque, d’un parlement qui s’ennuit et qui nous ennuit.

A quoi sert l’Europe aujourd’hui ? Sarkozy dit « de bouc émissaire »… Giscard disait dans les années 75, que l’Europe devait servir à prendre des décisions que les gouvernements nationaux n’osaient pas prendre par lâcheté. L’Europe a pris les décisions que chaque membre du conseil des ministres souhaité, mais aucun des ministres n’a voulu les assumer politiquement. Au soir du dimanche noir en octobre 2008, lorsque les chefs d’Etat ont pris la décision insensée de sauver le système bancaire européen et mondiale en promettant de mettre dans le jeu autant d’argent qu’ il le faudrait alors que personne n’avait le début d’un euro, ce soir Gordon Brown le première ministre britannique est sorti de l’Elysée complétement abattu en disant « je ne sais pas si le système va tenir, mais je sais que nous, hommes politiques européens, nous sommes tous morts ».

Il avait évidemment raison, tous les chefs d’Etat et de gouvernement ont été sanctionnés gravement alors même qu’ils ont sauvé le système et qu’ils ont pris les décisions qu’il fallait prendre. Tous ont été battus. Tous sauf Angela Merkel qui est toujours à la chancellerie allemande.

Pour Valéry Giscard d’Estaing comme pour Nicolas Sarkozy, la situation française est désastreuse, mais l’opinion publique accable l’Europe. Enfermée dans ses habitudes, ses intérêts, son petit confort, l’opinion française n’admet pas qu’elle doit se reformer. Nous sommes dans cette copropriété, le membre qui habite l’un des plus beaux appartements mais qui se tient le plus mal. Nous sommes un copropriétaire qui ne paie pas ses charges et qui rouspète après les autres pour qu’ils les paient à notre place. Ca ne peut pas marcher.

Parce qu’’elle a été jadis riche, la France se croit tout permis. Parce qu’elle a une histoire, elle pense avoir raison. Etc., etc…

Les deux ex-présidents ont péché eux aussi par excès de certitude et d’enthousiasme mais les deux se rejoignent aujourd’hui pour dire que ce qui manque à cette Europe c’est une gouvernance, une incarnation et surtout beaucoup plus de déterminisme politique dans un espace qui pourrait être plus fédéral.

On ne peut pas en France admirer l’organisation des Etats-Unis d’Amérique, la réserve fédérale. Et regretter que la BCE n’ait pas une intelligence américaine ou britannique. La zone euro n’a aucune structure fédérale de pouvoir. Qu’on ne s’étonne pas que chacun se replie chez soi dans un mouvement au mieux de prudence, au pire de protectionnisme et de nationalisme.

Tous les politiques français sont coupables d’avoir renoncé à une évolution fédéraliste de l’Europe. Tous les journalistes sont coupables d’avoir montré et exacerbé les querelles de chapelles plutôt que de faire et refaire la pédagogie des efforts nécessaires pour vivre ensemble.

Il faudrait relire et écouter nos « ex » plus souvent. Ils ont l’expérience, ils se sont affranchis de toute idéologie. Il faut écouter nos « ex », ils sont plein de bon sens surtout quand parfois ils reconnaissent un peu leurs erreurs.

Nos « ex » ont raison. C’est d’ailleurs pour cela qu’on en a fait des « ex ».