La semaine de 4 jours est une supercherie, les Français veulent surtout un travail plus intéressant et mieux rémunéré.

Le rêve d’une semaine de 4 jours traduit surtout une ambition de travailler mieux et peut-être plus dans des conditions plus confortables et mieux rémunérées... 

Si les Français rêvent d’une semaine de 4 jours, c’est parce qu’ils ne se sentent pas très heureux au travail. C’est donc aux entreprises de prendre en charge ces disfonctionnements et ce « mal-vivre au travail ». Les études le montrent. Les expériences faites produisent des résultats.

Embouteillage sur les routes, taux de remplissage maximum des hôtels, des pensions de famille, des campings et des AirBnb, les Français n’ont pas boudé les grands weekends de printemps. Ils ont raison. Personne ne le regrette, c’est plutôt un marqueur de bonne santé économique que de profiter ainsi du temps libre.

Ce qui est étonnant, c’est que les militants qui ont sanctuarisé la semaine de 35 heures et tous ceux qui comme Mr Larrouturou, ont gagné leur vie à partir des années 1980 en incitant les autres à travailler moins, en ont profité pour ressortir le vieux projet de la semaine de 4 jours. Avec sondages et enquêtes de terrain à l’appui : l’étude réalisée par le cabinet ADP nous montre que les Français plébisciteraient la semaine de quatre jours. Le slogan est de saison : « Quatre jours de travail, trois jours de week-end ».

Du coup, Pierre Larrouturou, qui avait déjà théorisé le concept, est ressorti de l’ombre en brandissant quelques cas d’entreprise qui ont expérimenté la semaine de 4 jours, dont la célèbre Mamie Nova, celle des yaourts où l’organisation paraît en effet assez bien fonctionner.

Pour Pierre Larrouturou, la semaine de 4 jours a toutes les vertus : elle réduit le stress, augmente la productivité et autorise un meilleur équilibre entre le travail et vie privée. Bref, c’est une formule magique.

Selon l'étude ADP, plus de 60 % des salariés français choisiraient de ne travailler que quatre jours par semaine si on leur offrait ce choix. Avec un bémol cependant, trouver un système pour ne pas gagner moins. Du coup, 83% s'imaginent travailler un jour de moins chaque semaine, mais en travaillant plus les quatre jours restants, afin de conserver la même rémunération. Simple affaire d‘organisation donc. Sauf que ça fait sans doute du stress en plus, mais passons !

Parce qu’en dépit de ce que raconte Pierre Larrouturou, il y a rarement de miracle en économie. Pour travailler moins et gagner plus, il faut générer de la productivité. Si on croit que l’inverse fonctionne, on se trompe. Il y a peu d’exemple où, en travaillant moins, on génère plus d’argent. L’exemple catastrophique des 35 heures en témoigne. Les 35 heures n‘ont pas crée d’emplois, donc n’ont pas résorbé le chômage. Les 35 heures ont évidemment pesé sur le pouvoir d’achat (on offrait du temps faute de pouvoir offrir plus d’argent) et désorganisé beaucoup de services, les hôpitaux par exemple. A tel point qu’il a fallu quinze ans pour détricoter cette loi et revenir à des organisations plus classiques et plus basiques, en jouant sur les heures supplémentaires qui ont été plébiscitées par les salariés. Preuve que le désir de salariés était bien de gagner plus.

D’ailleurs, les résultats de l’enquête ADP sont beaucoup plus nuancés que la seule semaine de 4 jours que l’on commente pendant les ponts de l’ascension ou de la Pentecôte.

D’abord, les jeunes préfèrent travailler plus, les anciens gagner un peu moins.

Les autres, seulement 17 %, seraient prêts à sacrifier une part de leur salaire, sans modifier leurs horaires de travail. Et ainsi travailler à 80 % d'un temps plein, selon les règles actuelles.

Mais tout dépend de l'âge des sondés, comme du poste qu'ils occupent. En milieu de carrière, les 35-44 ans sont motivés à 62 % par un meilleur équilibre vie personnelle/vie professionnelle.

Du côté des plus jeunes, les 25-34 ans sont les moins nombreux à envisager une baisse de salaire.

Cette enquête a été réalisée auprès des salariés de l'Union européenne et on retrouve les variantes correspondant aux différentes cultures.

C'est en Espagne (63 %) que la semaine de quatre jours est la plus plébiscitée, devant le Royaume-Uni (61 %) et les Pays-Bas (61 %). Dans ce pays, le temps de travail hebdomadaire moyen est d'ailleurs de 29,3 heures, en raison d'une forte proportion de travailleurs à temps partiel, surtout chez les femmes. 

À l'inverse, seuls 38% des Polonais sont séduits par l'idée, parmi lesquels la plupart préféreraient ne pas voir leur salaire amputé...

Cela dit, il n’y a pas de tabou. Le président d’ADP-Suisse rappelait que « beaucoup d’entreprises s'organisent pour répondre aux vœux de leurs salariés et les fidéliser. Mais c’est parce que l’entreprise en a les moyens et l’intérêt. Pas besoin de loi ou de décret ».

 

La vérité dans cette affaire est que beaucoup de salariés ont surtout le rêve, l’envie et le projet de travailler mieux et de gagner plus. Le succès du retour des heures supplémentaires exonérées de charges et de fiscalité, qui avait été initié par Nicolas Sarkozy, supprimé par François Hollande et rétabli par Emmanuel Macron, montre bien ce besoin de gagner plus.

Mais au-delà de cette vraie question de pouvoir d’achat, il existe un problème de « bien et mieux vivre au travail ». Trop de salariés aujourd’hui ont encore un travail contraint qui ne leur plait pas, qui ne leur permet pas de s’épanouir et qu’ils effectuent parce qu‘ils n’ont pas le choix. Quand l’opportunité d’un travail meilleur ou correspondant mieux à leur qualités se présente, ils le prennent sans hésiter une seconde. La plateforme des Relations humaines  Ouispoon a réalisé une étude avec le cabinet Danata sur la perception et les attentes des salariés travaillant dans des entreprises privées ou publiques de plus de 50 personnes et l’étude prouve bien que les entreprises doivent continuer à parfaire leurs structures pour s’attacher les collaborateurs, sinon  ils s’en vont ou ils dépriment.

1er observation. La majorité des entreprises ont du mal à attirer et garder leurs talents. Pour 76% des salariés français, il est de plus en plus difficile pour les entreprises d’attirer des talents avec le bon état d’esprit, car chaque entreprise possède ses propres valeurs et une identité propre qui ne correspond pas à tous les types de profil. 72% des salariés pensent que les ressources humaines n’ont pas évolué avec les nouveaux contrats et les nouvelles envies des collaborateurs qui restent de moins en moins longtemps dans les entreprises. Bref, les conditions de travail offertes ne leur plaisent pas. Or, l’intérêt du travail et le sens que l'entreprise donne à son projet pour reprendre l’étude qu’avaient menée Jean Dominique Senard et Nicole Notat seraient primordiaux. Au delà du salaire et des horaires.

 2e observation, les salariés ont soif d’apprendre mais manquent de temps.  

Pour 80%, c’est le temps qui leur manque réellement. L’envie de monter en compétence est, pour 84% des salariés, un point essentiel pour rester employable en interne ou en externe. D’ailleurs, pour 78% d’entre eux, la formation pourrait se faire de manière personnelle ou par des formations informelles organisées par des collègues. C’est un peu le sens de la réforme initiée par le gouvernement

 3e observation, l’ambiance au travail est essentielle pour la qualité de vie au travail. 90% des salariés français estiment que bien s’entendre avec ses collègues a un impact direct sur la performance. L’entreprise, dans l’idéal, n’est pas un lieu de vie certes, mais ca doit être un lieu d’amitié, de solidarité, plus que de compétition ou de conflit. La réalité est la plupart du temps assez éloignée de cet idéal. Problème de RH, problème de gestion avec la hiérarchie. 

 

4e observation. Les salariés pour qui le bon relationnel entre collègues est essentiel dans leur bien-être au travail, ne passent que peu de temps ensemble hors contexte professionnel. Ils sont 45% à se voir tous les jours contre 20% une à deux fois par semaine ou encore 12% une à deux fois par mois. Pour la majorité (52%) ces rencontres ont lieu pendant la pause café ou cigarette ou à l’heure du déjeuner (47%). Tout se fait sur le lieu de travail, et très peu se retrouvent dans des contextes externes pour mieux apprendre à se connaître. Ces chiffres sont assez alarmants quand on sait l’impact des bonnes relations sur la performance.

Cela dit, ca n‘est pas l’instauration de la semaient des 4 jours qui résoudra ce problème. Le problème est ailleurs. Il est de la responsabilité des chefs d’entreprise et sans doute aussi des contrepouvoirs syndicaux.

L’étude Oiuspoon a été réalisée sur un panel de 1000 salariés d’entreprises de plus de 50 personnes, 1er trimestre 2019.