La sortie de crise dépend essentiellement des comportements individuels des populations.

Dans les pays européens où l’épidémie est désormais sous contrôle, la surveillance de l’évolution, la prévention d’une deuxième vague et la sortie de crise économique et sociale dépendent essentiellement des comportements individuels des populations.

Aucun gouvernement ne réussira à convaincre toute sa population qu’il faut se laver les mains plusieurs fois par jour, aucun gouvernement n’obligera les consommateurs à remplir leur caddie et à changer de voiture chaque année. La majorité des gouvernements en Europe sait désormais ce qu’il faut faire pour maintenir l’épidémie sous contrôle en attendant la découverte d’un traitement   et d’un vaccin. La plupart des Etats ont emprunté les mêmes procédures partant de l’observation, des diagnostics, de la prise en charge des cas les plus graves, du confinement, puis du déconfinement progressif.

A l‘arrivée, les différentiels de bilan sanitaire, économique et social tiennent principalement à l’état de préparation et d’équipement, à l’organisation et surtout à la réaction des populations au niveau individuel.

Actuellement, tous les Etats européens savent ce qu’il faut faire pour contrôler la circulation du virus, limiter les risques d’une deuxième vague. Ils savent aussi ce qu’il faut engager pour sortir du marasme économique et social. Toute la question est de passer à l’acte. Et le passage à l'acte dépend certes de l'habileté des gouvernements, de la mobilisation des administrations, de la solidarité financière au niveau européen... mais dépend avant tout du comportement individuel des populations. De la responsabilité de chacun.

Au niveau sanitaire d’abord, il n’y a qu’une solution pour stopper la circulation du virus si jamais le virus se réveillait, ce qui n’est pas exclu. Il faut casser les chaines de contaminations.

Et pour ce faire, deux moyens : ou bien on revient à une décision administrative de confinement total avec le risque d’arrêter à nouveau toute activité et toute mobilité. Ou bien les populations respectent scrupuleusement les codes de bonne conduite, les gestes barrières, l’hygiène et le port des masques. Alors, le respect de ces procédures peut être rendu obligatoire par un Etat autoritaire qui ne se préoccupe pas trop des libertés individuelles, (c’est le cas de la Chine), ou bien on fait confiance dans l’exercice de la responsabilité des individus dans leur comportement personnel et on sait que selon les âges, les milieux sociaux, les conditions d’habitation, le résultat n’est pas garanti.

Il faudrait en arriver à faire respecter un code de bonne conduite hygiénique qui serait obligatoire, comme il existe un code de bonne conduite automobile. Les automobilistes ont la liberté de circuler à condition de respecter le code de la route. En cas de contravention, ils sont tenus pour responsables et condamnés à différentes peines selon la gravité des dégâts.

Au niveau économique et social, tout va dépendre de la capacité des agents économiques à participer à la relance de l’activité. L’Etat français a tout fait  pour éviter un effondrement du système de production et une catastrophe sociale (les prêts garantis par l’Etat et le chômage partiel). L’Etat négocie maintenant des accords de solidarité mutuelle au niveau européen. Les sommes engagées sont considérables (environ 500 milliards dans chacun des grands pays de l’Union européenne quand on prend en compte les 100 milliards de budget, 200 milliards mobilisés dans les prêts grantis, 100 milliards d’euros reçus de la politique monétaires et 100 millions d’euros du plan de la Commission).

Cela dit, la sortie de crise va dépendre de la remise en route des fonctions de production/consommation/investissement. Et cette remise en route va beaucoup dépendre du comportement personnel des agents économiques. De l’argent, il y en a. Les ambitions et les volontés sont plus floues.

Les chefs d’entreprises et les investisseurs sont prêts mais ils attendent la réalité des marchés. Et les marchés sont tenus par les consommateurs plus ou moins frileux ou angoissés.

Sur le marché français, les consommateurs n’ont jamais disposé d’une aussi grande réserve de pouvoir d’achat avec plus de 75 milliards d’euros accumulés depuis 4 mois. Un argent cash donc disponible. Cet argent est stocké dans les banques et les caisses d’épargne. Il correspond à toutes les prestations sociales et les salaires qui sont versés depuis le début de la crise et qui n’ont pas été dépensés. Le confinement a bloqué la circulation, arrêté beaucoup de centres de production mais fermé aussi tous les commerces, à l'exception des commerces essentiels à la vie quotidienne comme l’alimentaire.

Depuis le déconfinement, la consommation semble avoir repris un rythme plus soutenu, mais les comportements restent très prudents et réservés.

La sortie de crise dépend principalement de la remise dans le circuit macro économique des 75 milliards d’euros stockés en épargne. C’est l’énergie nécessaire au redémarrage des activités qui permettra d’éviter une vague de licenciements à la rentrée et de couvrir une partie des dépenses publiques qui ont permis d’échapper à l'asphyxie.

Comme souvent, le problème est un problème de confiance. La situation sanitaire ne sera pas sécurisée tant qu’on n’aura pas de traitement ou de vaccin, la pratique du télétravail a sans doute ouvert la voie à des changements dans l’organisation du travail. Enfin, la gravité de la crise mondiale a ouvert une réflexion sur les modes de vie et de consommation qui fait que « le monde d’après » ne sera pas totalement identique au « monde d’avant ». Les mouvements écologiques, qui prônent une consommation plus qualitative et sans doute plus frugale, ne vont pas participer à la relance de la consommation de masse dont on aurait sans doute besoin. Le marqueur de sortie de crise sera bien évidemment l’emploi et le mode de vie.

Le coronavirus n’est évidemment pas à l’origine de la crise mondiale. Cette épidémie n’est pas la plus grave de l’histoire. Il y en a eu d’autres mais cette épidémie est un révélateur de disfonctionnements qui existaient avant. Ou bien les populations en ont conscience et elles pourront entreprendre un changement de comportement, ou bien elles s’y refusent et vont au devant de difficultés autrement plus graves que l’épidémie elle-même.