La tragédie de Charlie Hebdo annonce-t-elle cette crise grave et violente que tout le monde appréhende ?

Les enquêtes ne sont pas terminées et l’émotion ne fait que s’amplifier dans la société. Pourtant, la question hante tous les décideurs et responsables de bonne volonté : que peut-il maintenant se passer.

Mais que se passe-t-il en France pour en arriver à de telles ignominies ? L’émotion est considérable dans les quartiers, les villes et les entreprises. Dans les lieux de cultes, les institutions laïques, les administrations et les syndicats. Il faut dire que cette tragédie est invraisemblable. Elle touche le cœur de ce qui reste comme ciment de vivre ensemble : la liberté de rire de tout, la liberté de débattre, de s’exprimer sans sectarisme, avec bienveillance et respect. La gentillesse des uns envers les autres, c’est quand même ce qui nous manque le plus.

La France n’est pas le pays de Bisounours et ces gens sont morts debout parce qu’ils protégeaient la liberté de tout le monde. Ils ont été exécutés parce qu’ils avaient un talent de fou pour dire des choses vraies avec le sourire et sans méchanceté. Ils ne faisaient pas de politique, ils transgressaient les idées reçues, combattait la connerie de droite comme de gauche.

Ces gens-là défendaient des valeurs tellement universelles que le monde entier manifeste aujourd’hui son émotion.

A ceux qui ne croient pas à la mondialisation, à ceux qui se battent contre cette globalisation, à ceux qui veulent se replier et s’enfermer, quelle leçon que cette mobilisation planétaire. Dès lors que l’émotion sera un peu retombée, que peut-il se passer ? Bien malin celui qui pourrait l’expliquer comme aurait pu le dire Bernard Maris qui n’avait ni certitude, ni arrogance.

Que peut-il se passer dans ce pays déglingué sur le terrain social, planté sur le plan économique et sans gouvernance homogène et efficace ? Les politologues ne parlent pas encore. Ils attendent les sondages sans doute. Mais les hommes d’affaires eux, qui ne sont pas tributaires d’un électorat mais qui travaillent le plus souvent à dégager des résultats tangibles, font deux hypothèses.

1e hypothèse, la France retombe dans ses vieux démons, avec ses clivages, ses hypocrisies, ses culpabilités, donc ses fractures.

Dans ce cas-la, tout est possible y compris une sorte de guerre civile larvée entre les différentes communautés. La compagne de Charb’ a raison : « on savait que la France était en état de guerre larvée et on n’a rien fait ». Quand on voit le débat sur la participation à la grande manifestation de dimanche, on peut craindre le pire. La manifestation est évidemment ouverte à tous, pas besoin de bristol d’invitation. Faut-il être bête pour rentrer dans ce piège ridicule.

2e hypothèse, la France toute entière prend conscience que nous sommes en guerre contre le radicalisme, l’obscurantisme.

Avec un ennemi qui ne vient pas l’extérieur, mais de l’intérieur. Ces ennemis-là n’ont qu’un but : déstabiliser l’État, la nation. Ils sont alimentés par la pauvreté, le désœuvrement, les inégalités croissantes, le chômage, récupérés par le fanatisme. Si la France sous le coup de cette crise, reste unie, il va falloir engager une course de vitesse entre la sortie de crise économique et l’arrivée des fanatiques. Si comme le croient les économistes, ce qui manque le plus à nos systèmes en Europe c’est un sentiment de confiance, et bien cette vague de réconciliation peut nourrir un sentiment de confiance.
La confiance c’est ce qui nous manque.

Il est peut-être extrêmement naïf de penser qu’une crise grave rende des peuples intelligents, ça doit même être extrêmement « con » diraient les gens de Charlie Hebdo. Mais tous les cons ne sont pas forcément mauvais. On peut rêver ou alors rire.