La victoire de François Fillon prouve que la démocratie peut ne pas tomber dans la démagogie et qu’une partie des Français aspire à des solutions libérales

La primaire à droite prouve que la démocratie n’est pas condamnée au populisme. Au contraire, la primaire aura permis de sélectionner les candidats les plus expérimentés et les plus cohérents sur leur projet.

Qui aurait osé donner gagnant un homme comme François Fillon quand, il y a plus d’un an, il a présenté son projet ? Peu de monde en réalité. Personne. La presse se plaignait de son manque de charisme, de ses costumes british, et surtout on pouvait lui reprocher d’être comptable du bilan de Sarkozy.

Quelles hypothèques !

Quand aux politologues, ils considèreraient que le programme n’avait pas d’importance; seule compte la personnaliste du candidat. Et Fillon n’a pas de personnalité disait-on ? Alors fermez le banc et passez votre chemin.

François Fillon a parcouru ce chemin sans changer une virgule à son projet et à son programme, et petit à petit, il a convaincu une large majorité des Français que son offre était la meilleure; et son offre est simple. Basique.

1er axe du programme Fillon : remettre la machine économique France en état de marche. Et le redressement viendra de la vigueur du systeme économique. D’où compétitivité, dérégulation, assainissement des dépenses publiques, baisses des impôts qui touchent au capital et à l’investissement. Il y aura des larmes, des pleurs et du sang , mais le candidat n’a pas fait la promesse de raser gratis.

2ème axe : conforter l’avenir; et l’avenir, c’est de s’inscrire sans complexe dans la mondialisation, dans la révolution digitale et la concurrence mondiale.

3ème axe : restaurer un écosystème qui sécurise la vie quotidienne et le business, ce qui implique de créer un climat de sécurité.

Voilà l’équation de François Fillon, qui prouve que la démocratie peut accoucher de candidats non démagogues sur l’économie, le social ou les valeurs… Mais c’est une équation qui prouve aussi que les Français ne sont pas aussi allergiques aux solutions libérales que ne le disent les élites.

La démocratie française, comme toutes les grandes démocraties, est menacée par deux risques majeurs.

Le premier risque est de ne pas permettre l’émergence d’une majorité qui puisse accompagner les grandes mutations.

Le deuxième risque est de faire le lit des démagogues, dont la seule ambition est d’accéder au pouvoir pour la satisfaction de leur intérêt personnel ou celui d’un groupe soudé par l’idéologie ou la défense d’intérêts matériels.

Dans le premier cas, le danger est celui du déclin irrattrapable. La France est au bord du déclin et une partie de sa population est en voie de déclassement. Les dirigeants précédents n’ont pas su nous embarquer dans la mondialisation, le libre-échange et la révolution digitale. Beaucoup sont restés sur le tarmac. Or les débats du premier tour de la primaire de la droite ont clairement montré que la classe politique avait démarré un processus de pédagogie sur les grands changements du monde et sur la nécessité de s’y adapter. François Fillon est celui qui a été le plus clair dans cette démarche depuis le début de sa candidature et il en a ete payé en retour.

Mais les autres candidats ont aussi introduit cette préoccupation.

La différence entre les candidats ne portait pas sur le modèle de société mais sur le dosage entre la prise en compte de la modernisation nécessaire et la prudence quant à la gestion de la transition.

Le clivage à droite séparait ceux qui s’inscrivent dans une reforme rapide de la société et ceux qui préfèrent ménager des avantages acquis.

Entre des progressistes et des conservateurs.

La gauche est animée par la même lame de fond. L’émergence spectaculaire d’un Macron et la façon dont il est critiqué, et même fustigé par les membres de son ancienne famille, prouvent bien qu’il y un antagonisme fort entre ceux qui veulent bouleverser les ordres établis afin de répondre aux grandes mutations de la modernité et ceux qui veulent agir dans le cadre des partis et des structures.

Ceux-là même qui réclament en permanence à cor et cri des innovations, des adaptations, des réformes, des hommes nouveaux et des femmes nouvelles, sont les mêmes qui flinguent un des leurs un peu trop transgressif à leur goût. Ceux qui réclament plus de démocratie, freinent des quatre fers l’ascension dans l’opinion de quelqu’un qui pourrait leur faire de l’ombre.

Emmanuel Macron a été un révélateur à gauche. François Fillon l’a été à droite pour avoir construit  un projet libéral cohérent mais décalé par rapport a la pensée unique de la droite française qui n’a jamais ete très libérale.

Mais à gauche, on perçoit bien (comme à droite) qu’il existe un vrai clivage entre ceux qui prônent une modernité libérale et ceux qui s’accrochent aux structures existantes et au modèle étatique. Entre les progressistes et les conservateurs.

Alors aujourd’hui, les institutions de la Ve République ont été construites sur le bipartisme entre la droite et la gauche dont on voit bien qu’il ne reflète pas la réalité de l’évolution socio-économique entre des conservateurs d’un côté et des hommes de progrès de l’autre.

Il y a, à droite, des libéraux qui assument leur conviction ; il y a, à gauche aussi, des libéraux qui considèrent que c’est la seule alternative possible.

Ce qui est intéressant, c’est que la fin du quinquennat de François Holland,  qui se termine dans le brouillard, doublée des nombreux débats de la primaire (et le primaire de la gauche n’échappera pas à l’évolution), ce contexte politique là a montré aux Français qu’il y avait sans doute un choix clair, une alternative libérale claire.

Entre le conservatisme étatique (modèle social et modèle économique) qui mène au déclin puisqu’il ne tient que grâce au crédit extérieur, et la modernité libérale dont il faut bien dire qu’elle n’est pas sans risques pour les catégories sociales qui n’y sont pas préparées.

Face à ce choix assez manichéen, le risque évident serait de donner le pouvoir à des élites empruntes de démagogies et de populisme. Des hommes et des femmes de grands talents capables de promettre tout et n’importe quoi et d’échapper ainsi à la réalité.

Les solutions politiques irresponsables se terminent toujours très mal.

Ou bien dans le reniement. Les gouvernants coincés changent tout et le peuple a le sentiment, avec raison, d’être trahi.

Ou bien dans l’asphyxie, ne serait-ce que parce que les banques sont acculées à fermer.

La Grèce offre un très bel exemple d’échec, la Grande-Bretagne avec le Brexit a du mal à s’organiser sans distribuer de la souffrance supplémentaire à ce peuple qui pensait qu’on lui apportait une recette miracle. Quant à François Hollande, il quittera l’Elysée sous les quolibets de ceux qui avaient cru en ses promesses.