Le conflit de la SNCF divise le pays entre ceux qui croient au progrès et les autres

Le conflit SNCF n’a rien d’un drame, ce conflit offre enfin l’opportunité de distinguer les hommes de progrès des conservateurs. La difficulté, c’est que les progressistes ne sont pas forcément tous à gauche. Quant aux conservateurs, on les trouve autant à droite qu’à gauche. Le conflit social à la SNCF en offre l’illustration, mais ce n’est pas un drame. On va peut-être y voir plus clair entre ceux qui veulent vraiment que ça change et les autres.

Le conflit SNCF n’a rien d’un drame, ce conflit offre enfin l’opportunité de distinguer les hommes de progrès des conservateurs. La difficulté, c’est que les progressistes ne sont pas forcément tous à gauche. Quant aux conservateurs, on les trouve autant à droite qu’à gauche. Le conflit social à la SNCF en offre l’illustration, mais ce n’est pas un drame. On va peut-être y voir plus clair entre ceux qui veulent vraiment que ça change et les autres.

La difficulté  française, c’est que la ligne de partage entre les partisans du changement et ceux qui en ont peur, passe au travers des familles politiques traditionnelles. Du coup, la réforme qui parait nécessaire a toujours du mal à trouver une majorité politique pour s’appliquer. Dernier exemple en date : la SNCF.

La réforme ferroviaire avait été initiée en 2011 à l’initiative du gouvernement Fillon. Son objectif est clair, il s’agit de créer un établissement public capable de coiffer les deux filiales , le réseau ferré d’un côté et le transport de l’autre.

A priori cette réforme n’a rien d’explosif. Nathalie Kosciusko-Mörizet , ministre en charge à l’époque , avait déminé le terrain en réunissant des assises nationales du ferroviaire pour expliquer l’intérêt de rapprocher le gestionnaire du réseau et le transporteur, afin de mettre fin aux désaccords dont on a encore vu un des méfaits avec ces matériels roulants commandés à Alstom dont on s’est aperçu à la livraison que la largeur ne leur permettaient pas de rentrer dans de nombreuses gares de France. L’intérêt de la réforme était surtout de consolider la dette (au total 45 milliards) et trouver les moyens de gérer un financement nécessaire pour moderniser et le réseau et les TGV. Mais cette réforme avait aussi pour but de préparer la SNCF à l’ouverture de l’hexagone à la concurrence. Actuellement, la SNCF peut travailler en Europe, la Sncf travaille beaucoup en Allemagne ou elle y gagne beaucoup d’argent … En revanche les trains étrangers ou affrétés par les privés ne peuvent pas circuler en France. La concurrence n’y existe pas …

Or cette concurrence, tout le monde l’attend, les entreprises, les collectivités locales qui y voient un moyen de sauver les lignes régionales, les voyageurs qui pourraient choisir leur  transporteurs et les prix. Seulement  voilà, cette concurrence fait peur aux personnels sous statut qui craignent de perdre leurs caractéristiques. D’où la grève.

Le monde syndical est coupé en deux. D’un coté, ceux qu’on appellera conservateurs , la CGT et Sud, farouchement accrochés au service public , au monopole et au statut . De  l’autre, ceux qui  qu’on appellera plus progressistes qui estiment que cette réforme est incontournable pour que la SNCF puisse survivre. Ils donnent d’ailleurs l’exemple du transport marchandise ou les  syndicats ont tout fait pour refuser le changement. Résultat, ans après, l’activité fret de la SNCF a plongé au profit des transporteurs routiers. Les écologistes n’ont jamais rien dit. A noter que les filiale privées de la SNCF qui opèrent à l’étranger en Allemagne ou en Grande-Bretagne se portent très bien.

Le plus compliqué  dans cette affaire c’est de voir le classe politique complétement chamboulée. A gauche, Manuel Valls a beaucoup de mal à réunir ses troupes. A gauche, on se retrouve en porte à faux et on hésite à s’opposer à une grève syndicale même si beaucoup  reconnaissent le bien-fondé de cette réforme. Le premier ministre n’aura pas de majorité.

A droite, le désordre est identique. pour des raisons qu’on ignore , Luc Chatel qui, a priori commande l’UMP demandait hier que le gouvernement retire ce texte. Luc Chatel est tombé sur la tête. Ce  qui serait la pire erreur et donnerait raison aux courant les plus réactionnaires de ce pays. Mais si Luc Chatel n’est pas seul. Une grande  partie de l’opinion de droite, avec des leaders de poids comme Xavier Bertrand qui se prononce pour la réforme et serait prêt à la voter.

Cela va donc être intéressant. La droite peut apporter à Manuel Valls les voix qui lui feront défaut à gauche.

Cette affaire prouve trois choses.

  1. Il n’y a pas de majorité cohérente à droite comme à gauche  pour affronter des situations de crise. Il faudrait donc constituer des majorités de projets, d’idées, animés par l’ambition d’affronter le changement  de la modernité.
  2. Pour faire passer une réforme qui ne passe pas il faudrait beaucoup de courage. Manuel Valls doit avoir ce courage sinon, il va perdre sa légitimité et sa crédibilité.
  3. Pour réformer, on aurait évidemment besoin de partenaires sociaux plus représentatifs et responsables. C’est une question de culture et d’histoire, mais le droit social et syndical pourrait aussi favoriser une réforme.

Le conflit social à la SNCF offre un magnifique exemple à l’impossibilité de  la  société à se réformer. Mais ce n’est pas le seul. Plus pervers encore, l’affaire Alstom partage au seuil même du gouvernement ceux qui rêvent d’un État tout puissant capable d’initier une politique industrielle et qui finalement jouent au lego industriel, et ceux qui ne demandent qu’une chose, que les forces économiques soient libres de s’exercer. Un peu moins d’utopie pour les uns et un peu plus de responsabilité pour les autres  permettrait de réinventer la culture du compromis.