Le fait religieux est entré dans l’entreprise… Et après ?

Le fait religieux dans l’entreprise est tout sauf marginal. Le sujet est tabou, personne n’en parle. L’institut Randstad, spécialiste en relations humaines a mesuré cette réalité. Pourquoi ? Tout simplement pour mieux en gérer l’impact, appréhender son ampleur et prendre les bonnes décisions pour ne pas perturber la marche des entreprises. Seuls 3 % des cas sont conflictuels ou bloquants.


En l’absence d’informations précises, certains chefs d’entreprise particulièrement touchés ne savent pas comment réagir à ce phénomène rampant mais croissant. Et, d’abord, qu’appelle-t-on le fait religieux dans l’entreprise ?  En fait, il s’agit de l’exercice ou de la pratique religieuse  au sein même de l’entreprise. Il peut s’agir aussi de la marque plus ou moins ostensible des signes religieux, comme le foulard. Ensuite, beaucoup plus compliqué, il peut s’agir de pratiques discriminatoires  qui peuvent intervenir à l’embauche ou dans la gestion quotidienne des carrières.

Ce phénomène est affreusement difficile à gérer au sein de l’entreprise. L’entreprise est un lieu de production et de travail organisés dans un but précis : la création de valeur.

Mais c’est aussi un lieu de vie dont l’organisation et les relations internes pèsent forcément sur la performance et la compétitivité ; dans un sens ou dans un autre. La pratique religieuse peut parfois avoir un impact positif. Le plus souvent, le fait religieux est vécu comme très perturbateur pour l’équilibre  de l’entreprise. Cette étude a été réalisée auprès d’un échantillon représentatif de 1300 salariés.

Premier point, quelle est l’ampleur du phénomène ? Selon Randstad, 28% des cadres travaillant à la direction du personnel des entreprises auraient été confrontés à des questions relevant du fait religieux. Ce qui veut dire que 72% des DRH ne se sentent pas concernés. Parallèlement, 14% des managers n’appartenant pas à la fonction RH, ont été confrontés à des problèmes liés au fait religieux.

Ces chiffres ne sont pas alarmants, mais ils indiquent clairement que le problème existe. Le fait religieux est un enjeu mais il débouche très rarement sur des situations de blocages dans l’entreprise. Dans 8% des cas, les entreprises ont connu des situations dangereuses pour leur équilibre socio-économique. En revanche, selon 41% des DRH, cette question va devenir de plus en plus problématique.

Second point, quel est l’impact de ce fait religieux sur la vie de l’entreprise ? La grande majorité des cadres et des managers disent ne pas avoir de problèmes particuliers ou de malaises liés à la question religieuse. Sauf que, pour 42% des managers,  l’existence d’un fait religieux modifie leur façon de gérer le personnel.

Et pour cause, il y a dans l’entreprise des comportements qui dans certaines situations, ne peuvent pas être gérées par les seuls techniques de management du personnel.

Certains refusent par exemple le travail des femmes dans certaines activités (l’hôpital par exemple).

Certains refuseront catégoriquement de transporter ou de manipuler de l’alcool.

D’autres s’opposeront aux pratiques vestimentaires ils exigeront le port du foulard alors que le règlement intérieur s’y oppose ou refuseront de porter une blouse alors qu’elle s’impose pour des raisons de sécurité.

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Il peut y avoir des problèmes d’absentéisme  ou de pause pour la prière sur le lieu de travail.

Plus grave, la direction qui s’efforce de faire respecter un règlement intérieur suivi par la majorité, peut être attaquée pour pratique discriminatoire de la part d’une minorité religieuse, ou plus grave encore accusée de harcèlement. Sans parler des constitutions de groupes religieux qui se forment pour peser sur la direction et sur les syndicats.

Troisième point, quelle réaction et quelle régulation ? Le vote d’une loi règlementant le fait religieux  ou une modification du droit du travail s’avèrerait nécessaire pour 12% des cadres DRH  et pour 16% des employés. En revanche 33% des cadres, 30% des managers  et  23% des employés pensent que ce serait dommageable. 45% des managers estiment que ça n’aurait pas d’utilité.

Très intéressant, 33% des cadres d’entreprise pensent qu’on pourrait appliquer dans le privé la règle qui s’applique dans la fonction publique. Pas de signes, de marques ou de comportements qui permettent d’identifier l’appartenance ou la pratique d’une religion.

En bref, la plupart des observateurs estiment que le phénomène n’est pas inquiétant, beaucoup moins que dans les années 1960 lors de la grande période d’immigration. A cette époque, Renault avait dû construire une mosquée et des lieux de prière dans l’usine de Boulogne-Billancourt. A cette époque, l’imam avait autant de pouvoir sur les chaines de fabrication que les élus de la CGT.

Le problème aujourd’hui est beaucoup plus contenu, sauf que de l’avis des chercheurs, il évolue vite actuellement. Cette étude-là n’aurait jamais été demandée et faite avant la crise en 2008.