Le FMI annonce la déprime, ce qui marque un changement profond dont les Occidentaux peuvent pourtant se réjouir.

Le FMI a soufflé le froid sur les prévisions mondiales alors que les chefs d’entreprises guettent les premiers signes de changements positifs. Parce que si la Chine va mal, c’est une bonne nouvelle et si les taux d’intérêt remontent, ça cassera la spéculation avant l’industrie.

Le FMI est devenu inaudible des analystes occidentaux. Le FMI annonce une récession mondiale très forte en 2023, pour des raisons qui, au contraire, marquent des évolutions qui préparent des changements intéressants.

Le ralentissement de l’économie chinoise, par exemple, ne peut qu’hypothéquer le pouvoir absolu des dirigeants et annoncer des réformes qui ne peuvent qu’assouplir le système de gouvernance vers plus de liberté. Qui s’en plaindra ? Quant à la hausse des taux d’intérêt, tout le monde sait que les banques centrales ne sont pas dirigées par des dingues, les gouverneurs essaient de réguler puisque les Etats en sont incapables et si les taux permettent de freiner l’inflation, la hausse va d’abord casser la spéculation financière et l’industrie financière avant de toucher à l’économie réelle.

Le FMI aurait pu briser le moral des acteurs de l’économie mondiale dès les premières heures de l’année 2023, mais le monde des affaires a d’autres préoccupations que celles de décrypter les prévisions d’une institution internationale qui se trompe beaucoup de puis qu’elle n’a plus de missions d’intervention, y compris dans les pays émergents.

Kristalina Georgieva, la directrice générale du Fonds monétaire international, a donc annoncé que l’année qui s’ouvrait serait plus difficile que celle qui s’est terminée. En clair, elle vient dire aux populations qui ont déjà pris la guerre sur la tête en 2022, et la folie des régimes autoritaires, que ça va continuer plus gravement encore.

En bref et pour résumer la prévision FMI, on peut comprendre :

-D’abord, que les Etats Unis vont sans doute éviter la récession mais

- la moitié de l’Union européenne plongera dans la récession.

-Enfin, la Chine, déséquilibrée par le Covid, va aggraver le ralentissement mondial.

En octobre dernier, le FMI tablait sur une croissance mondiale de 2,7%. Ce sera sans doute faible à moins de 2%. Or à moins de 2%, une économie tombe en récession selon la définition du FMI.

Pour le FMI, il y a donc deux raisons majeures à ce marasme international.

La première raison est très simple. Puisque l’inflation reste très forte, elle pousse les banques centrales à augmenter les taux d’intérêt, ce qui aura des conséquences financières néfastes sur le monde entier, notamment si la guerre en Ukraine s’enlise.

La deuxième raison est portée par le ralentissement de l’économie chinoise. La population a été enfermée pendant presque deux ans, le président Xi Jinping vient de lever les confinements d’où une explosion des cas de Covid et un déséquilibre encore plus grand de l’activité economique.

Le monde du business a beaucoup de mal à adhérer à l’analyse du FMI.

 Les raisons avancées pour justifier une prévision aussi négative sont considérées au contraire comme des signaux forts d’un changement important de paradigme.

Le ralentissement mondial n’est pas imputable au Covid mais plutôt à la mauvaise gestion de la pandémie par le gouvernement chinois. Au début du Covid, Pékin a menti sur l’origine, puis a enfermé sa population parce qu’il n’y avait pas de vaccins efficaces. Pour des raisons politiques, la Chine a refusé les vaccins mis au point par les Occidentaux (ARN messager), sa population n’a donc acquis aucune immunité contre le virus qui se propage actuellement. Cette affaire a montré la fragilité du régime et surtout son incompétence a géré une situation de crise. La démonstration d’un parti communiste fort n’a rien changé. La population n’est pas dupe.

Parallèlement, cette situation a accéléré une prise de conscience en Occident, pour changer les chaines de valeur. Le système mondial, qui reposait depuis 25 ans sur la délocalisation industrielle vers l’Asie, va devoir se réformer et rapatrier dans les pays occidentaux les systèmes industriels. Ce que les Etats-Unis et l’Europe ont commencé à faire. Pour Pékin, cette évolution va tout changer. Il va falloir trouver des marchés de consommation ailleurs qu’en Occident.

La Chine, qui a été l’usine du monde, va sans doute être obligée de consommer davantage, ce qui politiquement est plus difficile à gouverner.  D’autant que la Chine n’a pas le potentiel d’innovation nécessaire.

Au niveau monétaire, la hausse des taux d’intérêt risque sans doute de ralentir l’activité si elle se poursuit mais elle va surtout casser la spéculation et ralentir l’industrie financière qui s’est développée depuis dix ans.

Parce que pour les investisseurs en industrie, des taux d’intérêt à 3% peuvent paraitre extravagants quand on a vécu dix ans avec des taux zéro, mais comparés à une inflation à 6 ou 7 %, les taux réels restent encore très négatifs.

Dans une économie normale, l’industriel a besoin de taux d’intérêt capables de rémunérer l’épargne et le risque attaché au projet. C’est d’ailleurs ce risque qui est facteur de progrès.

En fait, ce qui est curieux, c’est que le diagnostic proposé par le FMI pour 2023 signifie que l’institution en vient à regretter la perte de puissance des pays autoritaires, de la Chine notamment, et à regretter aussi l’action de régulation des banques centrales, surtout quand les banques centrales en viennent à fermer le robinet des liquidités. Ces liquidités ont évidemment permis aux mondes occidentaux de survivre après les subprimes et le Covid, mais la crise passée, on s’aperçoit que ces liquidités surabondantes ont aussi boosté l’industrie financière.

L’industrie financière est évidemment nécessaire à la croissance mais elle n’est pas suffisante. La croissance a aussi besoin d’économie réelle. La valorisation boursière est importante à condition que cette valorisation serve à financer les innovations technologiques plutôt que les bonus des traders.

Le FMI avait donc fini par s’habituer à la mondialisation et à la financiarisation. Ses prédictions prouvent qu’il appréhende le monde nouveau. 

Le monde d’avant avec une Russie et une Chine surpuissante n’avait pas, pour le FMI, que des défauts. Le monde nouveau issu de l’adaptation aux difficultés sera, a priori, plus difficile à décrypter mais c’est le monde qui se prépare.