Le FMI revoit à la baisse les prévisions de croissance, mais épargne la France.

Le FMI ne dit pas qu’il votera Macron. Et pourtant, il considère que, dans cette conjoncture mondiale, inquiétante au niveau géopolitique, incertaine en Europe, la France pourrait échapper aux turbulences. L’institution monétaire explique pourquoi ...

A peine sorti de la crise du Covid, l’économie mondiale bute donc sur la répercussion de la guerre en Ukraine et notamment sur les risques d’une inflation durable qui va aggraver les difficultés de refinancement des dettes publiques, notamment dans les pays émergents.

Pour le FMI, on va évidemment enregistrer une croissance économique plus faible avec une inflation plus forte, cette année dans l’ensemble du monde et notamment dans la zone euro. Mais la France sera, de tous les pays occidentaux, l’un des moins touchés.

Très précisément, le Fonds monétaire international (FMI) a donc abaissé, cette semaine ses prévisions de croissance mondiale à 3,6 % pour 2022, en diminution de 0,8 point par rapport aux prévisions publiées en janvier.

Cette baisse de la perspective est le résultat de la guerre en Ukraine, et des sanctions contre la Russie... Mais le FMI prend également en compte les confinements mis en œuvre en Chine pour endiguer la dernière vague de l’épidémie de Covid-19. Les prévisions de l’économie chinoise sont très mauvaises. Entre l’effet de la stratégie Covid zéro qui bloque l’activité et les premiers signes d’un ralentissement très sérieux de la démographie, la Chine s’oriente vers une récession, ce qui serait la première fois depuis 1945.

Dans la zone euro, l’inflation serait de 5,3 % en moyenne cette année, à cause de sa proximité avec la Russie.

Pour le FMI, le danger majeur est donc l’inflation qui sera plus élevée et plus longue que prévu, notamment en Europe

Pourquoi ? Parce que la guerre en Ukraine a perturbé les chaînes d’approvisionnement, qui Étaient déjà mal en point à cause de la crise du Covid et des fermetures d’usines et des circuits d’approvisionnement désorganisés. Ces nouvelles perturbations vont surtout affecter le commerce de blé (dont l’Ukraine et la Russie assurent 30 % de l’approvisionnement mondial), commerce de maïs, et renchérir le cours des matières premières. 

Selon les économistes du FMI, « l’ampleur de ces changements dépend non seulement de la baisse des exportations en raison du conflit et des sanctions, mais aussi de l’élasticité de l’offre et de la demande mondiales » Dans le secteur agro-alimentaire, il n’existe pas de solutions alternatives qu’on pourrait mobiliser rapidement. En bref, l’offre est rare. En revanche, les ruptures d’approvisionnement seraient moins douloureuses dans le pétrole et dans le gaz, parce qu’il existe des réserves plus faciles à être utilisées.

La situation de la France a droit à un traitement assez particulier. Le FMI anticipe une croissance de 2,9% en 2022 et de 1,4% en 2023. Mais concrètement, selon son tout nouveau chef économiste – qui, à tout hasard, est français - le risque d’une récession technique est exclu pour la France.

En revanche, le FMI estime que la révision à la baisse sera plus profonde dans l’ensemble de la zone Euro (moins 0,6%) et une révision à la baisse de 1,7% en Allemagne.

Cette prévision, qui épargne la France des effets les plus violents de la turbulence, est très simplement explicable.

1e point, les structures économiques françaises sont sorties du Covid en meilleur état qu‘avant. Les actifs ont été protégés par le quoi qu’il en coute et la majorité des chefs d’entreprise ont profité de cette jachère forcée pour se moderniser et investir. Merci la BPI.

2e point, les conditions de production et de compétitivité ont été protégées par le mix énergétique et par le bouclier tarifaire ; en gros, par le poids du nucléaire, ce qui n’a pas été le cas des autres pays de la zone euro qui ont pris plein pot la hausse des prix du pétrole et du gaz.

3e point, et c’est paradoxal, la France a profité de la faiblesse relative de la part de son industrie dans le PIB. Parce que l’industrie a été la première touchée par les sanctions.

Cela dit, ce qui domine vraiment la prévision sur l’Europe et sur la France, c’est l’incertitude. La prévision de baisse à 1,4% pour 2023 (contre 1,8%) est donnée sous toute réserve. Avec deux inconnues :

La première porte sur la guerre en Ukraine. Si elle s‘arrêtait demain, les spécialistes estiment qu'on aurait limité les dégâts pour la Russie et pour l’Europe. Mais si cette guerre se poursuit, elle va entrainer un désastre humain (insupportable) et matériel, ce qui va être ruineux. La guerre détruit beaucoup plus d’actifs de production qu’un Covid ou un confinement. La guerre détruit les usines, les infrastructures, les terres agricoles et les rend non cultivables pour longtemps. La pandémie a seulement arrêté les moteurs qui ont pu repartir très vite.

La deuxième incertitude porte sur la Chine. Si la Chine entre en récession comme beaucoup d’économistes le pensent, c’est un désastre pour les Chinois, une catastrophe pour le pouvoir en place, et un handicap grave pour le reste de la planète qui s'en serait bien passé.