Le G20 confirme la suspension de la dette des pays pauvres alors que la catastrophe viendra du surendettement des plus riches. Quel ratage !

Le G20 découvre l’évidence : la Covid va laisser le monde avec une dette mondiale record. On va s’occuper un peu de la dette des pays émergents mais faire semblant de ne pas voir le surendettement des plus riches. Bizarre !

« C’est un pic. C’est un roc. C’est un cap. Que dis-je, un cap c’est une péninsule. »

En examinant les chiffres de la dette mondiale, les pays du G20 réunis en visioconférence ce week-end, sous la présidence de l‘Arabie saoudite, auraient pu reprendre la célèbre tirade d’Edmond Rostand pour parler du mur de dette. L’effet le plus impressionnant du Covid 19 aura été de gonfler de façon démesurée l’endettement mondial.

Cet endettement devrait représenter 365% du PIB mondial à la fin de l’année selon l’Institute of International Finance (IIF), si l’on considère l’endettement des États et des entreprises. C’est une augmentation sans précédent par rapport au chiffre de 2019 (320%). Le monde est endetté à hauteur de 277 milliards de dollars et la dette de 2020 est en partie le fruit des pays développés.

Tout le problème est là, dans ce constat que les membres du G20 ont soigneusement repoussé sous les tapis des palais d’Arabie saoudite. Mohamed Ben Salmane aurait voulu un retour triomphant sur la scène internationale. Pour cause de Covid, l’Arabie saoudite a manqué son coup.

Ce G20 a évidemment analysé les dégâts économiques et financiers de la pandémie, elle a évidemment reconnu que le monde d’après serait diffèrent de celui d’avant (quel progrès !) mais quand ce G20 a découvert que la planète tournait désormais sur une montagne de dettes, les transmissions digitales ont un peu buggé. Et pour cause, les montants sont tels qu’ils n’ont plus aucun sens et surtout, personne n’a de vraies solutions. Dans ces cas-là, les réunions internationales glissent la poussière sous les tapis.

L’ambiance de ce G20 a un peu rappelé celle de la réunion qui avait suivi la crise du subprimes. Avec une Amérique sans président puisque Obama avait été déclaré vainqueur mais qu’il allait s’installer aux manettes qu'en janvier 2009. La seule différence est qu’à l’époque, son concurrent avait reconnu sa défaite.

 

La différence aussi est qu’en 2008, le G20 était présidé par la France et le président français s’était démené comme un beau diable pour obtenir que l’administration américaine aille dans le sens de l’intérêt général... Cette année, les choses ont été beaucoup plus compliquées puisque Donald Trump entend continuer à présider et que le chef d’Etat de l‘Arabie Saoudite, le prince héritier MBS, était plus préoccupé de ménager son image de souverain moderne et réformiste devant les élites internationales que de restaurer le fonctionnement du système mondial.

 On a donc assisté à une plénière surréaliste où tous les chefs d’Etat ont examiné à la loupe les conséquences du Covid 19, sauf le président américain qui continuait de nier le problème, quand le président de séance, le prince d’Arabie saoudite, n’avait envie de froisser personne. 

 

Les conséquences sont pourtant bien réelles et à la limite assez catastrophiques pour tout le monde : une économie mondiale qui s’est effondrée puisque le FMI a présenté une note de prévision qui établit la chute d’activité pour 2020 à 5% à l’échelle du monde, alors que le monde aurait au contraire besoin d’une vitesse moyenne de croisière de +5%...

Mais le chiffre le plus inquiétant est évidemment celui de l’endettement mondial. Alors les pays du G20 se sont empressés de confirmer la décision de leurs ministres de l’Economie la semaine dernière et ont prolongé la suspension de recours auprès des pays émergents. Les pays pauvres n’auront pas de report de 6 mois en 6 mois à rembourser leur dette. On va au contraire faciliter les restructurations. Donc tout le monde fait semblant d’être content, y compris les ONG dont c’est le cheval de bataille. Sauf que le problème n’est pas là. L’endettement mondial est le fait pour plus des deux tiers des pays développés, notamment depuis le début de la pandémie.

Plus grave, il y a des dérèglements à cet endettement massif que l’on ne sait pour l’instant pas arrêter. D’où la non-décision prise par le G20.

 

D’abord, les mécanismes d’aides publiques ont tourné à plein régime, avec les dispositifs d’activité partielle pour tous les secteurs impactés, des prêts garantis d’Etat– même si cela ne coûte rien à l’Etat s’il n’y a pas de faillite, les entreprises se sont en effet endettées une nouvelle fois. Et pour certaines entreprises déjà malades avant la crise – Renault, Air France par exemple – se retrouvent avec de nouveaux des milliards d’euros d’endettement nouveau. Et c’est bien cette dette privée en grande augmentation va évidemment poser problème. Si une partie de cette dette devient non remboursable avec une vague de faillites et de pauvreté, c’est le système bancaire et d’assurance qui risque de s’enrayer derrière. Et cela dans la plupart des pays développés .

Concernant la dette publique, le problème n’est pas dans sa soutenabilité, étant donné qu’il y a eu l’intervention de la Banque centrale européenne pour racheter l’équivalent de toutes les émissions nouvelles de dette publique. La dette Covid a été compartimentée dans le bilan de la BCE. La question est maintenant : que va-t-elle en faire ? Question sans réponse.

 

Ensuite, cet endettement vient dérégler l’équilibre budgétaire des États. La France se finance, en 2020, plus à partir de la dette qu’à partir de recettes fiscales, et ce sera la même chose en 2021. Comme explications, il y a l’explosion du poids de la dette publique, 119,8 % du PIB, contre 98,1 % un an plus tôt et les recettes fiscales en baisse, du fait de l’activité elle-même en baisse. Dans un pays où la pression fiscale était pourtant forte.

 

Enfin, au niveau financier, les fondamentaux de la dette sont complètement remis en question.

On connaissait déjà les taux négatifs, des pays qui empruntent à taux négatifs et donc les investisseurs paient pour prêter de l’argent. Quand ça touchait l’Allemagne ou le Japon, voire la France dans des périodes avant la crise, on pouvait se dire que cela concernait des économies fortes et résilientes. Il pouvait même y avoir des effets positifs puisque cela venait baisser la charge de la dette. Mais les taux n’ont pas inversé leur tendance avec le poids de la dette supplémentaire qui est venu s’ajouter, alors que des économies plus endettées représentent un risque supplémentaire et devrait donc augmenter les taux d’emprunt et les rendements.

Pour la première fois il y a quelques semaines, c’est la Chine qui a émis des obligations souveraines à taux négatif. Ces obligations étaient d’ailleurs émises en euros dans le but d’attirer les investisseurs, qui ont largement souscrit à ces emprunts qui, même à taux négatif, sont plus intéressants et rentables que les placements européens. « Cette situation est due à la fois à la rareté des émissions et aux perspectives positives de l'économie chinoise » explique un analyste financier. 70% des investisseurs venaient d’Europe. La Chine est bien celle qui réussit tous les exploits du moment.

 

Donc la Chine après avoir laissé passer le virus peut sans doute contribuer à sauver le monde. Et pour cause, la Chine a besoin d’un monde qui tourne correctement parce que la Chine a besoin de clients. Sa croissance intérieure est trop faible. Ce n’est pas la première fois qu’un fournisseur viendrait financer son client.

Sauf qu‘à moyen terme, les pays du G20 n’ont pas de solution pour rétablir les grands équilibres. Pas de solution sauf que de faire le pari de retrouver une croissance forte comme l’indique le communiqué final.

Faire un G20, mobiliser tous les chefs d’Etat de la planète pour arriver à la conclusion qu’il faut retrouver de la croissance... Même à Davos, dans les plénières les plus creuses, on n’a jamais osé terminer sur une telle conclusion.