Le G7 ne veut pas s’intéresser à la Grèce qui glisse lentement vers la faillite

Le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, avait réussi à se mettre à dos la totalité des pays de la zone euro. Voilà qu’en 24 heures, il a fâché tous les pays du G7 réunis en Bavière ce week-end du 7 juin. Pour eux, le dossier est clos et le problème maintenant doit être réglé entre le peuple grec et ses gouvernants.

Les dernières incartades du Premier ministre et de son ministre de l’Economie ont fini par désespérer les derniers qui, en Europe, étaient prêts à les défendre. Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Junker, a encore essayé de trouver une solution la semaine dernière. Il en est sorti exaspéré.

La veille de l’ouverture du G7, Alexis Tsipras rencontrait Angela Merkel puis François Hollande, mais aucun des deux n’a voulu l’écouter. Le problème aujourd’hui, c’est qu’aucun dirigeant en Europe n’a confiance dans les dirigeants grecs qui s’engagent sur un cahier des charges et s’assoient dessus quand ils rentrent à Athènes.

La semaine dernière, les principaux créanciers, le FMI, la BCE et le Fond européen de stabilité financière, qui est sous la responsabilité de la Commission, avaient cru obtenir un accord du Premier ministre grec. Les créanciers était prêts à allonger la maturité de la dette au point, disaient certains, de la transformer en dette perpétuelle. Ils étaient prêts à apporter la dernière tranche du précèdent plan d’aide (7,5 milliards d’euros ) et de travailler au 3e plan de soutien.

En contrepartie, la plupart des conditions exigées s’étaient réduites à une peau de chagrin. On demandait à Tsipras de préparer une TVA à 20%, de préparer un système d’impôts sur le revenu payable par tous mais de façon équitable. On lui demandait de suspendre les promesses faites sur le nombre de fonctionnaires à embaucher et sur l’âge de départ à la retraite. Il s’agissait pour Tsipras de s’engager à « préparer simplement le changement ».

Le calcul fait par Bruxelles, c’était que la Grèce, qui avait commencé à reprendre un trend de redressement, le retrouve assez rapidement et, à ce moment-là, on aurait vu les recettes fiscales remonter.

Acte 1, Alexis Tsipras accepte et les créanciers de leur côté acceptent que cet accord soit présenté comme une victoire d’Alexis Tsipras.

Acte 2, Alexis Tsipras rentre à Athènes et retrouve sa majorité chauffée à blanc par le ministre de l’Economie et fait machine arrière. « Le gouvernement grec ne reviendra pas sur ses promesses électorales sous quelques formes que ce soit ». Christine Lagarde qui s’était engagée personnellement devant le FMI à débloquer la situation est furieuse. Angela Merkel est découragée et François Hollande se tait, il sait qu’une partie des socialistes réunis en congrès défendent Tsipras. C’est Jean-Claude Junker, le président de la Commission qui rattrape le dossier et demande à Athènes une solution alternative en promettant de l’examiner et de la faire passer.

A la veille du G7 de Bavière où le président de la Commission se rend pour participer aux travaux du G7, il n’a reçu aucune alternative. Plus grave, il reçoit de Tsipras l’information qu’il n’y aura pas de scénario alternatif.

Le ministre de l’Economie ajoutant que La Grèce, n’ayant pas d’argent, ne paiera pas l’échéance au FMI de 300 millions. Mais sur les conseils de leurs avocats, ils annoncent qu’ils reportent le paiement à fin juin en le cumulant avec trois autres. Au FMI, on considère que cette procédure est légale. On attendra donc la fin du mois de juin et le chèque de 1,6 milliard d’euros pour prendre une décision de mise en défaut.

La Grèce a encore gagné trois semaines. Cela dit, personne ne se fait d’illusions. La Grèce n’a plus un sou dans ses caisses. Les impôts ne rentrent plus du tout, les Grecs qui ont gardé des avoirs financiers les mettent à l’abri à l’étranger, et le marché obligataire est fermé pour les Grecs. La BCE refuse de l’ouvrir tant que le gouvernement n’aura pas fait un petit effort de rationalisation dans sa gestion.

Les pays membres du G7, en dehors des pays européens, à savoir les USA, le Canada et le Japon, ne veulent pas se saisir de ce dossier. L’Allemagne et la France ne l’ont d’ailleurs pas demandé.

Tout le monde considère que ce problème n’est plus systémique. La Grèce peut sortir de l’euro et ça ne provoquera pas de tremblement de terre sauf en Grèce. Tout le monde considère que c’est une question européenne. Interrogé par la presse financière anglo-saxonne, Barack Obama a expliqué en arrivant en Allemagne qu’aux Etats-Unis, « il y avait chaque année deux ou trois Etats en quasi faillite et que l’on n’allait pas chercher le FMI pour autant. Enfin, on ne mettait pas cette question au menu du G7 ».  En d’autres termes, c’est à l’Union européenne de s’arranger pour faire appliquer son règlement intérieur. Par ailleurs, les Américains considèrent que la démocratie née en Grèce, implique pour son bon fonctionnement une responsabilité de ses dirigeants.

Le problème est bien là. Les dirigeants grecs n’ont pas compris que leur pays avait des dettes à rembourser à des créanciers qui eux aussi ont des comptes à rendre à leurs contribuables.

La majorité des Européens ont beaucoup de compassion à l’égard des Grecs, mais ils savent aussi qu’il y a 284 milliards d’euros de dettes à récupérer ou à perdre.

Pour être très clair, Jean-Claude Junker, le président de la Commission a fait circuler une petite note qui répartit la dette grecque. Sur les 284 milliards d’euros, 130 milliards sont à la charge du FESF. Les principaux contributeurs du FESF, ce sont les Allemands pour 42 milliards, la France pour 31 milliards et l’Italie pour 24 milliards d’euros. La France et l’Allemagne apportent la moitié du financement européen. A coté du FESF, il faut savoir que la Grèce a contracté pour 50 milliards de prêts bilatéraux dont 15 à l’Allemagne et 12 à la France.

Au total, la France est engagée en Grèce pour 43 milliards d’euros, remboursables à échéance entre 10 et 50 ans. Cela dit, François Hollande ne tient pas à trop insister sur ce chiffre. Même au Parti Socialiste, où l’on a quelques sympathies pour Tsipras, on ignore ces chiffres.

L’autre problème est purement politique. Les gouvernements de la zone euro estiment maintenant que la seule issue possible pour la Grèce serait d’organiser des élections anticipées en janvier de l’année prochaine pour dégager une majorité qui soit en phase avec la réalité. Alexis Tsipras s’y oppose. Pour l’instant.

En attendant, les Grecs, dont la majorité vit du tourisme, se seraient bien passés d’une campagne de publicité comme celle-ci qui les discrédite aux yeux de leurs principaux visiteurs et clients.