Le gouvernement prépare en secret une autre mouture du Budget

La Commission de Bruxelles va recaler le budget français et demander de revoir la copie. Le gouvernement le sait mais refuse de l’admettre. Officiellement, Bercy répète que l’on ne changera rien : pas d’économies supplémentaires, pas d’impôts et pourtant…

La Commission de Bruxelles va recaler le budget français et demander de revoir la copie. Le gouvernement le sait mais refuse de l’admettre. Officiellement, Bercy répète que l’on ne changera rien : pas d’économies supplémentaires, pas d’impôts et pourtant…

Même si Bercy refuse d’admettre qu’il faudra sans doute revoir la copie, on sait que les services de Michel Sapin ont déjà préparé ce qu’ils vont sortir au cas-où. Cette copie est totalement secrète parce qu’ils ne savent pas comment la présenter à la majorité socialiste, auprès de laquelle ils se sont engagés à rester droits dans leurs bottes. Techniquement le problème est très simple.

Tout d’abord, Bruxelles pourrait demander que la France fasse 8 milliards d’économies supplémentaires. On estime que 8 milliards sur 1200 milliards, ça ne doit pas être la mer à boire. Ça doit donc être possible.

Ensuite, du côté du gouvernement, on sait que c’est possible. Il suffit de passer à nouveau le rabot sur les dépenses des collectivités locales ou sur les dépenses sociales et on les trouvera. Plus précisément, il existe même une simulation de l’augmentation de la TVA de 2 points ce qui drainerait 15 milliards de recettes supplémentaires. De quoi mettre de l’huile dans les rouages. A Bruxelles et même à Paris, on estime que la remontrance ne serait pas terrible.

Le problème, c’est que pour Paris, une telle révision est politiquement impossible à faire passer. La gauche de la gauche, les frondeurs et tous les amis de M. Montebourg y verront la poigne de Bruxelles dans le gant de Mme Merkel et multiplieront les avertissements du genre « l’Europe est en train de nous asphyxier. »

Politiquement la majorité de gauche aura du mal à expliquer à ses électeurs passablement abattus que Bruxelles durcit sa position alors que la Commission aura fait le service minimum. Cette situation est surréaliste.

Surréaliste d’abord, parce qu’une majorité de l’opinion publique est convaincue que la France est obligée de subir une cure d’austérité et de rigueur absolument insupportable, alors qu’il n’y a pas d’austérité et de coupes dans les dépenses publiques : le débat ne porte que sur un ralentissement des hausses.

Surréaliste ensuite, parce que ces décisions vont paraitre imposées par l’Europe, alors qu’elles procèdent d’une nécessité technique de garantir des financements. C’est pour sécuriser les dépenses auprès des banquiers que la France présente un plan de réduction.

Surréaliste enfin, parce que la France, pour des raisons idéologiques va être le seul pays en Europe à refuser de regarder le règlement de copropriété. Les Européens ne nous demandent pas de le respecter. Ils nous demandent seulement d’admettre que si l’on veut vivre ensemble, il faut essayer de se tenir correctement à table, ce qui n’est pas le cas.

Si ce débat se poursuit, si la France continue à tenir tête à la Commission, elle court trois séries de risques. Le premier, c’est que la gouvernance française va perdre ce qu’il lui reste de majorité. Le deuxième risque, plus grave, c’est que la France risque de perdre ses moyens de financement en perdant ainsi sa crédibilité. Enfin, comme le titre la presse allemande qui ne ménage pas les Français, cette situation met en péril la zone euro.

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