Le modèle économique fondé sur la guerre prouve que Poutine considère les jeunes Russes comme des zombies.

Accablant !  Les spots de publicité diffusés par la télévision russe pour inciter les jeunes à partir au front utilisent les valeurs les plus vulgaires… celles-là même que Poutine dénonce pour justifier la guerre qu’il fait contre l’occident.

Faut-il que le peuple russe soit devenu zombie pour avaler ce que les dirigeants du Kremlin lui racontent pour inciter les jeunes  à s’engager au front? C’est à la fois cynique et vulgaire. C’est surtout complètement ridicule, à tel point qu’au bout de deux spots, les Russes, aussi peu cultivés qu’ils soient,  ne peuvent pas croire à ce qu’on leur raconte. Ça n’est pas possible.

En fait, dans la forme, les Russes ont repris tous les codes de la publicité occidentale, les couleurs, les décors, les contrastes entre la pauvreté des uns et la richesse ou l’aisance des autres. Les scénarios ont été tous écrits avec les mêmes ressorts, le même tempo.

1er temps : on nous décrit des Russes d’un âge avancé qui vivent misérablement et difficilement, qui n'ont sans doute pas de retraite et un tout petit job.

2e temps : on nous montre des Russes plus jeunes qui veulent vivre mieux avec si possible, les produits de consommation les plus partagés par les membres des classes moyennes occidentales mais inaccessibles aux Russe faute d’argent

3e temps : on découvre que la solution passe par la guerre. Poutine a inscrit  dans la guerre un modèle économique  de redistribution.  Faire la guerre, s’engager au front est le seul moyen de toucher de l’argent pour sauver la fin de vie d’une personne âgée ou améliorer le sort d’une femme restée à la maison ou d’un adolescent en pleine crise qui réclame le dernier smartphone. La guerre est la solution à tous les problèmes que rencontrent les Russes dans leur vie quotidienne.

En quelques jours, les téléspectateurs ont donc vu une famille de seniors gentils comme des grands parents mais épuisés de fatigue, dépourvus de moyens et obligés de vendre la mort dans l’âme leurs vieilles voitures pour subvenir à leurs dépenses.

Le spot ne nous épargne rien, les efforts du grand père quand il brique « sa vielle caisse » pour faire la photo qui sera publiée sur le bon coin local. Rien ne nous sera épargné, pas même les larmes quand il la montre à un éventuel acheteur. Rien et surtout pas la fin, ou devinez quoi, le petit fils qui n’a pas 20 ans, mais qui ne supporte pas la tristesse de son papy et la misère où sombre sa famille et qui va donc annoncer à tous  qu’il s’engage dans l’armée et que de cette façon, la famille pourra garder la voiture. Clap de fin.

Le spot qui met en scène une jeune adolescent rentrant du collège en pleine crise et s’enfermant dans sa chambre. Son père a compris son malheur.  A 40 ans, il va donc s’engager, quitter son job dans le civil et reprendre l’uniforme « pour défendre la Russie contre les méchants capitalistes occidentaux ou Ukrainiens ». Il pourra ainsi offrir le dernier smartphone à son adolescente de fille. Le dernier plan montre une famille enfin unie et heureuse…

Parallèlement, les Ukrainiens nous envoient des conversations saisies entre les soldats russes découragés et leur famille qui nous montrent qu’effectivement, la guerre leur offre sinon une bonne raison de prendre le risque d’y rester, les moyens pour la famille d’améliorer son quotidien. On a tous en mémoire ces conversations entre les militaires et leur famille. Cette jeune femme qui demande à son mari s’il pourra rapporter un lave-linge ou une machine à laver était pathétique. Tout comme cette jeune mariée qui s’étonnait que son amoureux ne lui ait pas encore envoyé un écran plasma LG qu’il aurait pris dans un appartement Ukrainien.

Entre la publicité officielle et les échanges volés entre deux tirs de missiles, on réussit à se faire une idée des vraies raisons de cette guerre.

Vladimir Poutine a raconté tout et n’importe quoi sur les raisons culturelles et politiques de cette tragique opération spéciale, mélangeant son ambition de reconstruire l’empire russe et de se protéger des extravagances de l’occident. Rien de ce qu’il a raconté n’a de sens.

En revanche, le seul ressort qui semble fonctionner pour que son peuple adhère est l’argent que la guerre peut rapporter.

Faites la guerre, dit-il, vous serez payé mieux que ce que vous gagnez et si les soldats militaires ou les primes de risque ne suffisent pas, vous pourrez piller les zones occupées. 

Tous les autocrates conquérants ont financé leurs opérations en se payant sur l’occupant.

Cette communication signifie évidemment qu’il a perdu la guerre. Son peuple est triste et misérable. La promesse d’une prospérité économique n’a pas été tenue. Sa population s’en aperçoit tous les jours. Elle n’aspire qu'à une seule chose : vivre bien, un peu  comme les élites russes, les amis de Vladimir Poutine qui vivent en occident et consomment à satiété de toute la valeur de l’occident.

Tant que Vladimir Poutine ne reconnaitra pas que la liberté individuelle est non seulement universelle mais qu’elle est une condition nécessaire à la création de richesses, ses promesses de prospérité économique resteront fallacieuses.

Parce que si, pour garder sa voiture, s’acheter un réfrigérateur ou un système de télévision HD, il faut faire la guerre à ceux qui savent produire des richesses, c’est perdu d’avance.