Le paradoxe de cette Allemagne "trop" riche qui doute de la chancelière qui l’a amenée là

La presse de Berlin et la classe politique sont pris d’angoisse, l’Allemagne est trop riche et ne sait plus quoi faire de son argent.

Les excédents budgétaires en Allemagne battent tous les records depuis la réunification en 1990. L’Allemagne a dégagé, l’année dernière, un excédent de 23,7 milliards d’euros. L’excédent, c’est ce qu'il reste dans les caisses quand, après avoir reçu les impôts, on a payé tous les frais et dépenses publiques de la machine administrative et d’Etat, et ce pactole commence sérieusement à embarrasser la classe politique allemande, à susciter des convoitises à l’intérieur du pays mais surtout à l’extérieur en Europe.

Pas facile d’être aussi riche et d’avoir pour voisins des surendettés qui en plus se plaignent tout le temps et des sans abris, sans dents, qui pleurent à la porte. 

Pour mémoire, le déficit budgétaire de la France oscille entre 70 et 80 milliards d’euros depuis 7 ans. C’est dire le différentiel qui nous sépare.

Pourquoi tant d’argent questionne la presse allemande et à quoi ça sert ? 

Le budget allemand accumule de tels bénéfices, parce que l’économie allemande marche très bien et parce que l’administration est gérée avec beaucoup de rigueur.

En 2016, les recettes fiscales et cotisations sociales (TVA, impôts sur les sociétés, impôts sur le revenu) sont très bonnes, non pas parce que les taux d’impositions sont élevés, mais parce que la conjoncture a été excellente, avec un taux de chômage parmi les plus bas et des salaires qui ont beaucoup augmentés. Au niveau macro économique, la croissance a tutoyé les 2%.

La question qui agite désormais tous les esprits est de savoir quoi faire de cet argent. Quand on sait l‘imagination secrétée en France par la rumeur d’une cagnotte fiscale de 2 ou 3 Milliards, on a peine à croire l’ampleur du débat qui se prépare en Allemagne. Et nos politiques en France ne parlent de cagnotte quand ils dégagent des surplus, ils commencent à parler cagnotte des que le déficit est moins profond que ce qu’on avait annoncé six mois avant. C’est dire le décalage culturel.

Pour la presse spécialisée et pour les responsables politiques, cet excédent alimente en fait deux débats qui sont liés.

Le premier porte sur la politique économique qui pourrait être mise en place. La rigueur budgétaire qui est un peu la marque de fabrique de Mme Merkel est de plus en plus critiquée. Non pas parce que les allemands seraient devenus culturellement plus dépensiers, mais parce que beaucoup commencent à se dire que cet argent pourrait être consacré pour partie à des investissements collectifs (autoroute, TGV, grandes écoles) et pour partie remboursé aux contribuables allemands. Il n’y a pas en Allemagne de revendications qui reviendraient à accroitre les dépenses publiques, ni à augmenter le nombre de fonctionnaire ou à élargir le périmètre de l’Etat. Non, l’essentiel des propositions revient à reverser à la sphère privée une partie des excédents. Les entreprises attendent des baisses d’impôts. Les particuliers sont plutôt favorables à une amélioration de leurs retraites futures, retraites par capitalisation, ce qui au passage, financerait l’industrie. Détail, qui commence à poindre dans le débat public : le besoin d’une politique familiale d’encouragement à la natalité.

Le deuxième débat concerne le rôle de l’Allemagne en Europe. La richesse allemande, pur produit de la compétitivité des entreprises, a transformé l’Allemagne en banquier des pays européens. La majorité des pays européens du sud sont très endettés. La présence de ce banquier solide a imposé des contraintes de gestion qui paraissent parfois difficile à supporter (en Grèce par exemple). Mais il faut aussi reconnaître que le banquier allemand finance une sorte de caisse de solidarité qui, de fait, encourage le laxisme budgétaire et exonère beaucoup de responsabilités. C’est le cas en France. La France s’endette, la France se refuse à des reformes de structure aussi parce qu‘elle n’a aucune difficulté pour emprunter de l’argent. A quoi bon risquer des conflits sociopolitiques quand on peut financer le système avec du crédit. D’une certaine façon, l’Europe s’est inventée une sorte de subprimes au profit des Etats et financés (titrasses) par l’Allemagne

Conclusion, la richesse allemande impose sa loi à tous ceux qui sont endettés, mais beaucoup d’allemands commencent à se dire que leur pays est piégé par l’endettement des autres.

Le phénomène est très connu. Quand vous avez des petites dettes, vous êtes tenu par le banquier. Quand vous avez de très grosses dettes, c’est vous qui tenez le banquier. 

Compte tenu des dettes accumulées par l’Europe du sud, les allemands, qui se plaignent souvent du caractère dispendieux de leurs voisins, commencent à réaliser qu’ils n’ont sans doute pas d’autres solutions que de continuer à financer leurs partenaires. Non seulement ces partenaires sont des clients, mais ce sont aussi leurs principaux débiteurs. Les mettre en faillite provoquerait des difficultés systémiques telles que les banques allemandes elles-mêmes auraient du mal à tenir en équilibre et si les banques allemandes craquaient, c’est évidemment l’économie allemande qui aurait du mal.

Le débat est compliqué et le SPD se régale de cette situation. Son leader, Martin Schulz, se voit déjà succéder à Angela Merkel. Martin Schulz est très populaire en Allemagne. Il fait des promesses crédibles puisqu’il y a de l’argent dans les caisses pour les financer. Il commence aussi à être populaire en Europe parce qu‘il explique que l’intérêt de l’Allemagne est de protéger l’euro et l'Union européenne telle qu’elle est avant d’entreprendre des réformes pour gommer certaines disparités ou inégalités.