Le peuple grec pousse son gouvernement au compromis

Les Grecs menacent de lâcher le gouvernement s’il ne trouve pas un compromis avec les pays de la zone euro. D’où la mise à l’écart du ministre de l’Économie, Yanis Varoufakis, dont l’exubérance a fâché tout le monde. La Grèce bouge et ça avance.

Après avoir voté pour une extrême gauche radicale qui avait promis monts et merveilles et surtout de gagner un bras de fer contre la zone euro  voilà que le peuple grec commence à s’apercevoir que le gouvernement est incapable de changer quoi que ce soit. Plus grave, il prend conscience que cette intransigeance aggrave une situation très fragile.

En bref, le peuple grec n’a plus confiance. En trois mois, les Grecs ont retiré plus de 120 milliards d’euros de leurs comptes bancaires. Dans ces conditions, si les Grecs eux-mêmes n’ont plus confiance, comment imaginer que les créanciers extérieurs aient confiance ? Les sondages commandés par la presse et par le gouvernement montrent que cette confiance est en train de se fissurer.

Alors que la situation financière oblige Alexis Tsipras à trouver une solution durable au début du mois de juillet, il a un peu amendé à la fois, sa communication, son comportement et sa stratégie politique.

Sur le plan de la communication, son ministre de l’Economie a été écarté de la gestion de ce dossier ce qui ne peut qu’améliorer les rapports avec le FMI, Bruxelles et surtout les Allemands. On reconnait à Athènes que Yanis Varoufakis a fait perdre à la Grèce beaucoup de sa crédibilité. Cet économiste qui n’était déjà pas très légitime avant d’entrer au gouvernement a, par son arrogance et ses certitudes, hypothéqué grandement les formes de dialogues au sein de la zone euro. Le problème qui reste à régler est celui de sa fonction exacte au sein du gouvernement. Pour l’heure, il n’a pas accepté sa mise à l’écart. Il continue de donner des interviews à la presse grecque mais comme il a plus un passé de technocrate que d’homme politique de terrain, il est de moins en moins écouté. Une partie des militants considèrent que ses positions ont gâché beaucoup d’opportunités.

Au niveau des attitudes, Alexis Tsipras a déjà mis en sourdine les pressions qu’il faisait pour convaincre la zone euro. Il a cessé, par exemple, les provocations qui consistaient à aller à Moscou menacer l’Europe d’accueillir l’argent des Russes. La réalité sur ces voyages, c’est qu’il n’a pas obtenu grand-chose de Vladimir Poutine qui a tous les défauts sauf celui de naïveté.

Pas question pour lui de laisser les apparatchiks russes s’installer à Athènes comme ils avaient fait à Chypres. D’ailleurs, la Russie aussi a besoin d’argent et pas besoin de provoquer la zone euro avec laquelle il lui faut désormais négocier.

Au niveau de la politique économique, Alexis Tsipras a commencé à établir la fameuse liste des réformes demandée par le FMI, la BCE et Bruxelles. Une réforme des retraites, une réforme fiscale et des privatisations.

Alexis Tsipras a enfin compris que sans des engagements sur ces trois réformes, il n’obtiendra pas le début d’un compromis avec les institutions de tutelles. Ce qui est difficile pour lui, c’est que dans son parti, on lui rappelle que ces engagements sont contraires aux promesses de campagne.

spacer.gifLe peuple grec commence à s’apercevoir que ces réformes-là ne sont pas aggravantes de la politique d’austérité mais autobloquantes pour une négociation sur la dette qui permettrait de desserrer l’étau. C’est sur ce point que l’on commence à reprocher au ministre de l’Economie de n’avoir rien compris.

D’autant que du coté du FMI, de la BCE et de Bruxelles, on sait bien que la Grèce ne pourra jamais s’en sortir sans un rééchelonnement de sa dette. C’est-à-dire un allongement de sa maturité. Plutôt que d’exiger un remboursement demain, tout le monde a compris qu’il vaudrait mieux repousser à après-demain. Tout sauf accepter d’effacer des dettes. Procédure systémique inenvisageable.

La question qui reste sans réponse est de savoir pourquoi la classe politique grecque s’est bloquée aussi longtemps sur des réformes qui sont incontournables.

A partir du moment où les dirigeants ont été élus sur une stratégie de rupture avec la zone euro et sur les engagements de remboursement de la dette, le gouvernement d’Alexis Tsipras a deux solutions :

La première aurait été d’organiser et d’assumer la rupture avec la zone euro et les créanciers de la Grèce. Ils se sont aperçus que ça serait catastrophique, pour les Grecs eux-mêmes.

La deuxième solution était d’accepter un compromis dont les bases avaient été écrites dès le départ et qui n’étaient pas plus douloureuses pour la Grèce. Il s’agissait simplement de retarder la promesse de réforme sur la retraite, de mettre en place un système fiscal cohérent et juste sur l’impôt sur le revenu et sur la TVA avec un système de surveillance et de contrôle de façon à apporter aux créanciers l’assurance que la recette fiscale remonterait avec la croissance et enfin relancer le programme de privatisation.

On peut comprendre qu’Alexis Tsipras ait pu hésiter sur la retraite qui constituait un axe fort de sa campagne (un peu comme les 75% d’imposition de François Hollande). On peut comprendre qu’il ait hésité sur le programme de privatisation qui allait à l’encontre d’un des marqueurs de gauche les plus forts.

Mais ce qui est incompréhensible, c’est qu’il se soit aussi fortement opposé à la mise en place d’un système fiscal juste et équitable et applicable à tous les Grecs. Ce qui est incompréhensible, c’est qu’il ne soit toujours pas revenu sur les avantages fiscaux exorbitants dont profitent beaucoup de Grecs très riches.

Cela dit, Alexis Tsipras est désormais au pied du mur. Si l’opinion refuse la rupture avec la zone euro, et que lui refuse le compromis notamment dans le domaine fiscal, il ne lui restera qu’une troisième solution : le départ avec l’organisation de nouvelles élections.

Personne en Europe ne souhaite l’ouverture d’une nouvelle période d’incertitude. La crise grecque est importante. Elle souligne les disfonctionnements de la zone euro, le manque de solidarité dont tout le monde est conscient. Ceci étant, cette crise ne se dénouera pas en acceptant que le peuple grec soit le seul à ne pas adhérer a un système fiscal que toute l’Europe applique. Les impôts directs et indirects peuvent être mal vécus, mal organisés mais ils n’en demeurent pas moins la condition première pour vivre ensemble.