Le plan de Mario Draghi pour sauver l’Europe de la récession (et qui ne plaît ni à la France, ni à l’Allemagne)

Alors que le meeting annuel du FMI se termine, Mario Draghi aura attiré l’attention en proposant un plan pour lutter contre la récession, imminente et historique dans la zone euro. Mais le faire accepter par les Etats, et a fortiori l’Allemagne et la France, sera une autre paire de manche.

Alors que le meeting annuel du FMI se termine, Mario Draghi aura attiré l’attention en proposant un plan pour lutter contre la récession, imminente et historique dans la zone euro. Mais le faire accepter par les Etats, et a fortiori l’Allemagne et la France, sera une autre paire de manche.

Ça s’est passé à Washington en marge du meeting annuel du FMI, la semaine dernière. Mario Draghi a durement mais fermement demandé aux gouvernements d’utiliser les marges qu’ils avaient s’ils en avaient, et aux autres de respecter les règles d’une saine gestion budgétaire. Pays visés, l’Allemagne et la France. Mario Draghi a laissé entendre que si les deux premières économies européennes voulaient bien regarder la réalité, il avait un plan pour échapper à la récession…

Officiellement, le président de la BCE a expliqué que la zone européenne manquait cruellement de croissance et qu’il fallait relever le potentiel de toute urgence si on ne voulait pas tomber en récession l’année prochaine. C’était la première fois que le président de la banque centrale faisait part de son inquiétude à l’ensemble de la communauté internationale. Puis s’adressant plus directement aux représentants de la zone euro, il les a prévenus que selon lui, les gouvernements en place ne seraient jamais élus ou réélu s’il ne se passait pas quelque chose qui ressemble à une prise de conscience.

Bref, l’europe va au-devant de grands dangers.. Faire quelque chose, mais quoi ?  C’était la question que tout le monde se posait en marge du meeting officiel.

En réalité, il ressort que Mario Draghi a une idée très précise de ce qu’il faudrait faire et il l’a dit en marge des meetings. Alors qu’il est d’ordinaire très discret et très prudent, les échanges informels qu’il a pu avoir avec le ministre allemands Schauble et le ministre français, Michel Sapin, permettent de penser que le président de la BCE pourrait proposer un plan de retour à la croissance en trois parties, indissociables, parce que complémentaires .

1ere partie : une politique monétaire plus généreuse en donnant l’assurance de maintenir les taux d’intérêt aussi bas qu’aujourd hui pendant très longtemps. C’est d’autant plus possible que la réserve fédérale américaine ne devrait pas relever ses taux compte tenu des risques sur sa propre croissance. Mais pour aller plus loin, Mario Draghi a confirmé qu’il pouvait faire du QE, c’est à dire faire marcher la planche à billets en rachetant de la dette publique. En clair, il peut comme l’Angleterre et les Etats-Unis arroser l’économie européenne… Mais il a ajouté que la politique monétaire n’a jamais résolu les problèmes des états. Ces problèmes sont de la responsabilité des gouvernements politiques. Arroser de monnaie un Etat qui ne se reforme pas revient à arroser le désert.

Plus grave pour les allemands, cela reviendrait à créer un aléa moral parce que ça incite tous les acteurs à baisser les bras.

D’où les deux autres parties de son plan.

2eme partie : une politique budgétaire rigoureuse. Tous les ministres de l’économie sont tombés d’accord pour continuer à assainir la gestion de leurs finances publiques. Sans réformes, expliquait le ministre allemand, « la politique monétaire ne fait que gagner du temps ou en perdre ».

3eme partie : Initier une évolution plus fédérale de la zone euro…En d’autres termes s’il s’agit  de restaurer la confiance des investisseurs , il faut leur envoyer des signaux très forts que l’Europe peut se préparer a plus de fédéralisme … Ce point-là est très important d’autant que les gouvernements de gauche au pouvoir en Europe étaient tous très pro-européens et qu’ils auraient pu le faire. Très important pour deux raisons.

Une évolution vers plus d’unité autour d’un projet, d’un budget et d’une gouvernance européenne rassureraient tous les investisseurs, tous les acteurs de l’économie et tous les marchés. C’est la première et la seule garantie qu’ils attendent. Actuellement les marchés supposent que les Etats se garantissent mutuellement d’où les taux d’intérêt très bas, mais personne n’a la preuve que cette solidarité est très solide. Elle est solide de fait mais rien ne dit qu’elle ne craquerait pas sous les coups de la dépression. Il n y a pas de contrat politique. Et c’est bien ce qui manque à l’Europe. C’est bien ce que les majorités social-démocrate auraient pu mettre en œuvre pour se protéger de la crise. Elles ne l’ont pas fait.

La deuxième raison est purement technique. Face à une zone qui fonctionnerait un peu comme des Etats-Unis d’Europe, la BCE n’aurait plus aucun problème pour agir comme la réserve fédérale et faire du QE… le problème actuel est quasi- juridique. Faire du QE, c’est racheter de la dette publique mais face à des « Etats-non-unis », la BCE est bien incapable de savoir quelles dettes elle va racheter. Il lui faudrait des instructions politiques. En période de crise grave, c’est ce qui s’est passé : la troïka (BCE, CE et FMI) a reçu mandat pour aider la Grèce, l’Espagne ou l’Italie.. mais en période normale, pourquoi venir aider la France à boucler ses fins de mois plutôt que l’Espagne ou l’Italie ?

Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie de passage en Europe a beaucoup insisté la semaine dernière sur ce point. Les medias français ont un peu oublié cet aspect de son intervention préférant mettre l’accent sur l’austérité allemande.

Mais en réalité, la banque centrale européenne ne peut pas faire plus que ce qu’elle fait tant que les états européens ne respectent pas les règles qui devraient sous tendre la solidarité ?

Mario Draghi aurait donc été très clair.. oui à la facilité monétaire, mais à condition que chacun fasse le ménage chez soi et qu’au bout du compte on rame tous dans le même sens du fédéralisme.

Ce discours a été entendu par les différents ministres. Les allemands en ont pris pour leur grades, parce qu’ils ne donnent aucun signe d’une volonté d’assouplir leur position. Quant aux Français présents, ils ont eu du mal à expliquer qu’ils faisaient des efforts de redressement budgétaires.