Le programme d’Emmanuel Macron expliqué pour les nuls ou ceux qui font semblant de l’être...

Emmanuel Macron a donc commencé à détailler son programme, mais ça n'est pas cette explication qui fera taire les critiques.

Emmanuel Macron, pourquoi ça grogne, parce que ça bouscule tous les codes classiques de la politique... Les critiques qui visent Emmanuel Macron ne visent pas son programme, ou les mesures qu’il projette, elles visent plus profondément ce qu’il est, et le changement profond qu’il incarne du système politique et l’approche qu’il propose pour gérer les mutations. Du coup, il dérange la classe politique professionnelle, il change les codes et leur réflexes, et ça les hommes politiques ne l’acceptent pas ou très mal, parce que ça bouche leur horizon, leur avenir, leur tranquillité. 

Dans les années 1960, l’arrivée de Georges Pompidou, ce banquier de la banque Rothschild (il en avait même été le directeur général pendant très longtemps), bouscule violemment la France gaulliste et Pompidou a su tirer les leçons des événements de 1968. Il été un très grand président.

Dans les années 1970, au lendemain du premier choc pétrolier, la France entre dans l’antichambre de la mondialisation et ouvre le chantier de l’Union européenne, l’arrivée de Valery Giscard d’Estaing a bousculé la France politique. VGE n’a pas été un mauvais président.  

François Mitterrand en 1981 est arrivé à sa façon en transgressant les codes de la gauche conservatrice.

Alors personne ne sait si Emmanuel Macron réussira à monter les marches de l‘Elysée. Quelques autres personnalités politiques, très transgressives dans leurs projets et leur discours ont échoué dans leur ambition. Pierre Mendès-France, Michel Rocard ont laissé de belles traces. Mais d’autres ont explosé en vol comme Dominique Strauss-Kahn ou Bernard Tapie. Toutes ces personnalités ne sont pas comparables, mais elles ont toutes essayé de faire bouger les lignes de la société française.

Alors quoi qu’on dise, Emmanuel Macron appartient aussi à la race des animaux politiques solitaires, mais son équation répond à une demande de l’opinion qui est inquiète des mutations mondiales et technologiques, qui a perdu ses protections sociales et ses repères. Et l’offre politique qui répondà cette demande s’oppose aux offres classiques de la marche. Elle n’est pas populiste, donc réaliste. Macron représente un danger pour tous les responsables politiques. Il sera attaqué aussi violemment par les caciques de droite comme de gauche. Ceux qui gèrent des hypermarchés en banlieue comme ceux qui ont des boutiques. Extrême-gauche, extrême-droite, tous contre Macron. Pas à cause du programme. A cause du fait, qu’il rend obsolescent ses concurrents. Et pas seulement parce qu’il appartient à la nouvelle génération. 

Expliquer le logiciel Macron pour les nuls ou ceux qui font semblant de l’être est relativement simple. Ce logiciel repose sur trois axes.

Premier axe, très politique. Emmanuel Macron considère que l’organisation politique du pays en deux grandes familles de droite et de gauche ne correspond plus à la réalité. Il pense que la société française est coupée en deux, mais que cette coupure traverse les deux familles traditionnelles.

Il y a, en France, des conservateurs, très attachés aux valeurs traditionnelles, qui considèrent aussi que les mutations provoquent des changements trop rapides et difficiles à vivre. Disons aussi que pour les conservateurs, ces mutations dérangent certaines habitudes, certaines situations acquises, certains privilèges, petits et grands et qu‘ils veulent les défendre. Ces conservateurs, on les trouve à droite, ils prônent le protectionnisme, le souverainisme, ils s’opposent souvent au progrès scientifique (principe de précaution) et à l’Union européenne. Mais on les trouve aussi, très nombreux à gauche où ils protègent, bec et ongle, un modèle social qui tombe en faillite, ils s’accrochent à une fonction publique qui n’est pas toujours très efficace.

Face à ces courants très conservateurs, il y a des Français prêts à assumer et même à promouvoir les facteurs de progrès parce qu’ils considèrent que ces facteurs de progrès sont porteurs d’opportunités de créations de richesses. La mondialisation a permis de sortir de la misère plus d’un milliard d’êtres humains, la concurrence et l’économie de marché incitent à améliorer les performances. La concurrence, c’est parfois compliqué à assumer, mais il faut reconnaître que cela permet d’améliorer les résultats. Les produits, les services sont de meilleurs qualités et parfois moins chers. Enfin, dernier facteur de la modernité, le progrès technologique. Alors, la révolution digitale bouscule l’organisation économique mais qui regrette aujourd’hui l’invention du smartphone ou de l’internet ? Qui regrette l’électricité ou le moteur à explosion ?

Emmanuel Macron est le premier homme politique à prendre en compte que ce clivage n’est pas représenté par les appareils politiques traditionnels.

Deuxième axe, très économique. Emmanuel Macron n’ignore pas le besoin de sécurité, de protection d’autant plus fort que la société française sort très abimée de la crise financière. Mais plutôt que de répondre à ce besoin par un accroissement des barrières de protection, il considère que la meilleure des sécurités, c’est d’avoir un système qui puisse créer des richesses, de la croissance et par conséquent des emplois. Le meilleur rempart contre le chômage, ça n’est pas de multiplier les prestations chômage, c’est évidemment de multiplier les créations d’emplois.

Par conséquent, la priorité des priorités, c’est de débloquer le système économique. Cette priorité n’est évidemment ni de droite, ni de gauche. Le seul problème c’est qu’il doit y avoir en France, des gens qui ont presque intérêt à ce que le chômage ou le non-travail s’installe durablement. Des responsables politiques qui pensent que les robots vont remplacer le travail humain et qu’il faudrait taxer les robots pour financer des revenus sans travail. C’est peut-être de gauche, mais c’est complètement absurde.

Le troisième axe est évidemment européen. Dans le monde tel qu’il est, mondialisé, globalisé, l‘issue pour un pays moyen comme la France est de participer à une Union européennequi serait plus solidaire, plus fédérale.C’est le seul grand projet qu’il est possible de proposer aux prochaines générations. Ça n’est pas parce que la France récupèrerait sa souveraineté monétaire en sortant de l’euro, qu’elle récupèrerait son indépendance. L’indépendance dépend de sa capacité à rembourser ses dettes. Nous sommes dépendants de ceux qui nous prêtent de l’argent. Comme une entreprise ou une famille dépend de sa banque.

Alors comme la plupart des candidats reconnaissent qu‘ils ne peuvent boucler leur programme qu‘en transgressant les règles européennes, certains d’entre eux disent mêmes qu’ils ne rembourseront plus leurs dettes, ces candidats ne peuvent pas accepter le discours européen d’Emmanuel Macron.

Alors à partir de ce logiciel, Emmanuel Macron va sans doute céder sur certains points aux contraintes du marketing politique, mais sans doute pas trop, si non le logiciel va bugger.

Son problème est ailleurs. Son problème est de trouver une majorité qui puisse voter ses réformes mais pas seulement. Son problème va être aussi de trouver les talents pour gérer les phases de transitions et faire accepter le changement. Sa seuleexpérience gouvernementale, c’est la discussion et le vote de la loi Macron 1. Pas facile. Le projet Macron avait changé de nom. Mais la discussion sur ce qui est devenue la loi El Khomri n’a pas été plus efficace.