Le Qatar dans nos finances publiques : Les questions que l’on n’ose pas poser

Par Jean-Marc Sylvestre. L’accord stratégique signé entre le gouvernement Français et le Qatar est une bonne nouvelle. Au terme de cet accord, initié par le gouvernement précédent, le Qatar va apporter plus d’un milliards d’euros à l’économie française pour investir dans des secteurs industriels d’avenir et dans les banlieues. Cet accord suscite un tas de commentaires complètement surréalistes que n’importe quel autre investissement ne lèverait pas. Avec le Qatar, on connait déjà l’impressionnante liste des entreprises dans lesquelles les banques ou les fortunes Qataries ont mis de l’argent : BeIn Sport, Lagardère, hôtels de luxe… L’initiative qui consiste à venir mettre de l’argent dans le redressement des banlieues françaises a multiplié les procès d’intentions. D’autant que cet accord a été précédé de plusieurs voyages secrets des membres du gouvernement français au Qatar, parmi lesquelles Arnaud Montebourg, Jérôme Cahuzac, Laurent Fabius notamment ainsi que d’une visite, non moins secrète, à l’Elysée. A priori, c’est une bonne nouvelle que les pays pétroliers viennent recycler l’argent du pétrole dans nos démocraties occidentales. C’est aussi une bonne nouvelle que ces fonds viennent en direct que de passer par des fonds étrangers.

Alors, pourquoi ce procès d’intention ? Tout simplement parce que l’on ne se pose pas les vraies questions. Il y en a pourtant quatre qu’il faudrait soumettre au gouvernement dans cette affaire. La première, c’est de savoir quel est le statut juridique des fonds apportés ? Sous forme de donations, de fonds propres ? Sous forme de prêts ? A quel taux, combien de temps ? Seconde question, quels sont les critères de choix des investissements ? La recherche d’une rentabilité immédiate ou un return à long terme ? Troisième question, quelles sont les contreparties politiques ? Parce qu’il y en a forcément. Enfin, quelles-sont les garanties prises pour empêcher la mise en place d’un système de retro commission ?

Les questions sont simples, mais aucun membre du gouvernement n’a apporté de réponse. Elles sont pourtant incontournables si on veut assurer la transparence de ce type d’opération. Cet investissement n’est pas différent des autres investissements. Le taux de rentabilité demandé est celui du marché et les garanties ne sont pas pire que celles que demandent les banques. On voit mal  le Qatar imposer des conditions politiques ou religieuses, même s’ils hésiteront surement à s’engager au capital de Ricard… Pour le reste et notamment le commissionnement on devait appliquer le tarif des fonds d’investissement anglo-saxons. Bref, l’investissement est normal, dans un pays normal, établis par des gens normaux. Encore faudrait-il le dire…