Le recul de l’inflation donne raison à Bruno Le Maire mais peut- il calmer les revendications salariales?

 

La hausse des prix à la consommation a reculé en septembre à 5,6 % (contre 6,1% en juillet) mais les prix des biens alimentaires de base explosent, ce qui alimente le ressenti des pertes de pouvoir d’achat.

Le ministre de l’économie n’avait donc pas tort quand, à la veille des vacances, il affirmait que le pic d’inflation était atteint. D’où une architecture budgétaire jugée trop optimiste, d’où la montée de la température chez les syndicats qui surfent sur les pertes de pouvoir d’achat.

La réalité économique française n’est pas catastrophique. Beaucoup moins que chez la plupart de nos partenaires occidentaux, mais le ressenti de l’inflation s’avère très fort alors que les dégâts sur le pouvoir d’achat ont été limités.

Les chiffres d’abord, comme toujours, sont têtus : la hausse des prix à la consommation a été de 5,6% en septembre en rythme annuel, selon l’estimation publiée vendredi par l’Insee. Ce chiffre indique que l’inflation continue de ralentir puisqu’elle était de 6,1% en juillet et 5,9% en aout. Alors en juillet, quand Bruno Le Maire pensait que nous étions au pic, on pouvait certes en douter. Après trois mois de baisse, l’INSEE confirme le ralentissement sur l’indice général.

Ce ralentissement est principalement lié aux prix des services qui bougent assez peu (3,2%) et à un retour au calme relatif des prix de l’énergie. L’augmentation ressort à 17,8% sur l’année. D’abord, parce que les cours du pétrole brut ont plutôt baissé depuis six mois, et surtout, la mise en place du bouclier tarifaire modère les prix du gaz, de l’électricité et de l’essence qui a vu les remises passer de 18centimes à 30 centimes.

Le gros problème prix reste au niveau des produits alimentaires qui progressent de plus de 10% sur un an, alors que les produits industriels limitent leur hausse à 3,5 %.

Cette explosion des produits alimentaires explique à elle seule la baisse en volume de la consommation en général.

Ce moteur-là est en panne. D’où le ralentissement de l’activité globale et la pression exercée sur les salaires parce que les syndicats pensent que cette atonie de l’économie appelle une relance de la demande via les salaires.

La réponse politique à cette situation n’a sans doute pas encore été entendue. Plutôt que de céder aux injonctions revendiquant des augmentations de salaires, le gouvernement a préféré prendre en charge les mesures protectrices de pouvoir d’achat pour les catégories sociales les moins favorisées et sur les segments de produits les plus touchés. Ce choix est assez malin. Le bouclier tarifaire coute cher au budget certes, mais il protège le pouvoir d’achat de ceux qui sont les premiers atteints par la hausse.

Parallèlement, Bercy a, semble-t-il, encouragé des augmentations de rémunération sous formes de primes exceptionnelles plutôt que des augmentations de salaires. Ce que fait le groupe Stellantis (Peugeot, Citroën, Fiat) de Carlos Tavares ou LVMH avec Bernard Arnault, ou même TotalEnergies ou Engie. Cette pratique permet de répondre à des demandes sans pour autant hypothéquer la compétitivité en n’aggravant pas le poids des salaires. Pour Bruno Le Maire, c’est sans doute un des moyens les plus intelligents pour préserver et même renforcer la compétitivité des entreprises.

Intelligent ? Sans doute, sauf que les syndicats n’aiment pas ce type de formule qui n’est accessible qu’aux grandes entreprises qui en ont les moyens.

En plus, la formule du bouclier coute de l’argent au budget qui doit s’endetter…

L’endettement est inquiétant certes, mais actuellement, les marchés ne s’affolent pas. Les taux imposés sont encore gérables. Ils restent négatifs puisque inférieurs à l’inflation (3% maxi pour les taux et 5,6 % pour la hausse des prix). Si cet endettement permet d’échapper à la récession et de rebondir en fin de crise, c’est tout bénéfice comme en sortie de crise Covid. Beaucoup de nos voisins - l’Italie et la Grande Bretagne - vont se retrouver en position beaucoup plus délicate. Tout comme l’Allemagne. Les marchés regardent d’ailleurs plutôt avec bienveillance ce réglage macroéconomique de la France et nous gratifie un spread inférieur, compte tenu du potentiel de compétitivité avec lequel on peut se retrouver l’année prochaine.