Le revenu universel sera-t-il à la crise économique ce que l’hydroxychloroquine est à la crise sanitaire ?

L’idée est depuis longtemps défendue à droite comme à gauche, mais elle a toujours été jugée utopique et donc inapplicable. Dans le contexte de la crise exceptionnelle, on s’aperçoit que le concept d’un revenu universel revient comme un remède miracle...

Le revenu universel, c’est un peu l’hydroxychloroquine de l’économie, tout le monde en parle et tous les gouvernements vont finir par essayer de le prescrire. Alors que personne ne sait si ça marche vraiment. Plus grave, personne n’a la garantie de savoir si les effets secondaires ne seront pas plus graves que le mal qu’il veut guérir. Ça rappelle furieusement les débats qu’il y a eu autour de certains remèdes médicaux.

 

Tout le monde en parle parce que la grande majorité des gouvernements occidentaux essaient d’amortir le choc d’une crise économique et social historique, en prescrivant une sorte de revenu universel.

 L’Espagne qui commence à déconfiner pour se remettre au travail, compte aussi distribuer un revenu de base à tous les citoyens, en commençant par les plus défavorisés. Donald Trump a décidé au tout début de signer un chèque à tous les Américains en difficulté pour qu’ils puissent attendre le retour à la normale. Et lui préparer sa réélection. Dans les faits, les Etats-Unis ont déjà versé un revenu de solidarité de 1200 dollars par adulte et 500 dollars par enfant en dessous d’un certain seuil de revenus. L’indemnité n’est pas universelle mais elle s’en rapproche. Boris Johnson est sur le même projet. L’Allemagne a sorti un paquet d’aides et de prêts à taux zéro et prépare une forme de revenu universel pour les plus démunis. Quant à la France, il y a de quoi faire entre le chômage partiel, l’aide aux petits artisans et aux indépendants et les primes spéciales aux fonctionnaires qui sont en première ligne de la lutte contre le virus.

Jusqu’au pape qui dans son message Pascal a recommandé la création d’un revenu minimum de base pour tous. La majorité des pays a semble-t-il découvert le remède à la crise en adaptant une forme de revenu universel.

 

Si tout le monde en parle, c’est que ça doit être une solution évidente. A moins que la situation soit tellement grave que les gouvernements n’ont pas d’autres solutions pour amortir une crise sociale qui engendrerait des crises politiques. On retrouve le dilemme posé par l’hydroxychloroquine à tous les médecins dans le cadre de la lutte contre le Covid 19. « On ne sait pas si ça marche, mais comme on n’a pas d’autres solutions, on essaie ». 

A l’origine, le revenu universel qui n’est rien autre qu’un revenu versé à tous les citoyens d’un pays sans tenir compte de leurs revenus, de leur patrimoine ou de leur situation professionnelle. Il est censé subvenir les besoins de base et réduire la pauvreté. A son effet universel, on lui rajoute un effet de simplification, puisque cela permet de simplifier et regrouper les autres aides sociales en un versement unique. Mais il a aussi nombre de détracteurs car son application se heurte à beaucoup d’obstacles.

 

Le premier obstacle au revenu universel est évidemment dans son financement. Le revenu universel coute extrêmement cher. Mais dans cet état d’urgence, non seulement, les gouvernements sont prêts à s’affranchir des contraintes budgétaires mais ils sont dans l’obligation de consentir des plans de relance. En soutenant les personnes défavorisées, le revenu universel sert aussi à financer le redressement de l’économie en agissant sur la demande.  

Du coup, l’accès à l’argen s’est trouvé facilité, les Etats peuvent plus facilement s’endetter et à bas coût. La Banque centrale européenne, comme la plupart des banques centrales, s’est décidée à faire fonctionner la planche à billets en rachetant les dettes et en garantissant les banques. Elle fait le pari que ces liquidités distribuées à tous serviront à l’investissement dans le redémarrage du système. Mais c’est un pari.

 

Le deuxième obstacle porte en fait sur l’issue de ce pari, c’est à dire sur l’incertitude quant à la destination de ce revenu. On suppose qu’il sera consommé, ce qui fait qu’on espère qu’il contribue à relancer l’activité. C’est un raisonnement purement keynésien qui ne peut fonctionner que dans le cas d’une crise de la demande. Or, ce que nous vivons avec le Covid-19, c’est aussi une crise de l’offre puisque les entreprises sont à l’arrêt et les commerces fermés. Le risque étant donc que le revenu soit plutôt épargné, sur un livret A par exemple, sans effet sur la croissance. Et quand Bruno Le Maire reçoit le bilan de la collecte au mois de mars sur le livret A, il peut légitimement s’inquiéter et espérer qu’une fois l’économie rebranchée, cet argent confiné à la Caisse d’épargne reviendra effectivement dans le circuit et servira de carburant.

 

Enfin, le troisième obstacle, porte sur le risque d’inflation. Le revenu universel, c’est globalement une augmentation des revenus et l’augmentation des revenus peut entrainer une hausse des prix si l’offre n’est pas au rendez-vous. Cela étant, ce type de contre-indications ou d’effets secondaires n’est pas prouvé.

Des économistes suisses, qui réfléchissent aussi à son instauration, ont imaginé un système de carte personnelle de paiement sur laquelle est versé l’argent, au lieu de l’être directement sur un compte bancaire, ce qui permettrait d’autoriser les dépenses autorisées et de les cibler vers une consommation jugée « utile », ou même vertueuse pour l’environnement, avec par exemple des achats « verts », écoresponsables. N’est-on pas déjà autorisés à recevoir de l’argent à consacrer uniquement à certains usages ? On connait les tickets restaurants ou les chèques cadeaux.

Cela dit, la vertu et l’efficacité du système d’économie de marché repose sur le libre choix du consommateur. Si d’une façon ou d’une autre, on conditionne l’octroi d’un revenu à des usages ou des dépenses bien particulières, on change la logique pour tomber dans un système administré. On n’est plus dans une économie de marché. Et pour qu’en plus, cela provienne d’économistes suisses, champions du capitalisme libéral tournant maintenant le dos aux valeurs qui ont fait la richesse de la confédération helvétique, il faut véritablement que la crise soit exceptionnelle et historique.