Les 3 grandes révolutions qui changent la vie et qui montrent que les gouvernements nationaux sont complètement dépassés

La révolution digitale, celle des gaz de schistes et la mutation chinoise ont beaucoup plus changé la vie que les idéologies politiques.

L’année 2015 se termine en France dans un débat aussi confus que stérile sur l’identité des peuples, la notion de nation et de culture où s’entremêlent les notions de laïcité, de communautarisme et d’ambition historique.

Pendant que les Européens se prennent les neurones pour savoir si l’Europe est l’avenir ou l’impasse de cette civilisation, une grande majorité des peuples de la planète essaient d’assumer leurs évolutions vers plus de prospérité partagée, avec comme arme principale, la concurrence, dont tout le monde a compris qu’elle était moins dangereuse que la guerre.

Le phénomène le plus important de l’année 2015, est le fait que les grandes mutations sont le plus souvent impactées non pas par des idéologies politiques ou religieuses, mais par des innovations technologiques de première importance qui se diffusent sur la planète à la vitesse de la lumière. Ce phénomène va forcément perturber 2016 obligeant les organisations politiques ou administratives à s’adapter. Mais ça n’est pas gagné.

La première de ces innovations technologiques est d’ordre digital. Elle a provoqué une véritable révolution mondiale. L’électricité avait mis, au siècle dernier, à la disposition du plus grand nombre l’énergie électrique dans des proportions illimitées ou presque à partir du moment où on faisait l’effort de financer une infrastructure lourde pour la distribuer.

Depuis dix ans, le digital a mis à la disposition du monde entier et quasiment gratuitement, le capital d’information et de connaissances accumulées par l’humanité depuis la nuit des temps. Cette innovation fantastique est en train, pour un coût dérisoire, de bouleverser la façon de produire de la richesse, de la distribuer, puis de la consommer.

Le digital est en train de bouleverser la façon de vivre ensemble. Il n’y a plus de hiérarchie, la circulation de l’information est horizontale. Le pouvoir lui-même n’est plus fondé sur le savoir ou sur l’accès au savoir puisque cet accès est libre. Le pouvoir est fondé plus sur la performance comparée, le don, les qualités intrinsèques. D’où l’émergence de nouvelles inégalités. De nouvelles organisations. De nouvelles compétences. Tout est bouleversé à commencer par l’administration politique et sociale. Le commerce. Le système de la démocratie lui-même est parfois remis en cause.

Le digital a été porté par des initiatives strictement privées, dont le terrain d’exercice dépasse toutes les frontières, qu’elles soient politiques, culturelles, religieuses. Aucun groupe, aucune organisation n’a pu résister à l’utilisation de Google, de Facebook ou de Twitter. Au point de commencer à forger une nouvelle culture et une nouvelle façon de vivre ensemble. La génération des « geeks » qui ont moins de 30 ans, et l’équivalent d’un bac plus 5, minimum, a pour horizon le monde entier. Ce sont des citoyens du monde. La crise financière de 2008 a accéléré le phénomène.

La deuxième innovation qui est en train de changer le monde, c’est la découverte de l’exploitation aux Etats-Unis des gaz et du pétrole de schistes.

Les schistes ont toujours existé mais on ne savait pas les exploiter. Des procédés technologiques mis au point à partir des années 2010 ont permis d’exploiter ce type de pétrole et de gaz à un prix très inférieur aux forages classiques. Les pétroliers américains et canadiens ont beaucoup investi et, du coup, l’Amérique du Nord est devenue l’année dernière le premier producteur de pétrole et de gaz du monde, et le premier exportateur.

Cet événement a provoqué des changements considérables. D’abord, il a permis de sortir un pétrole (diesel et essence) beaucoup moins cher (trois fois moins) et a tué du même coup la rente dont bénéficiaient les pays producteurs qui se sont tous appauvris. La Russie, les pays de l’Europe du Nord, les pays du Golfe et particulièrement l’Arabie Saoudite qui dispose des réserves les plus vastes de la planète mais qui commence a se demander à quoi va pouvoir servir cet or noir. Plutôt que réduire sa production, l’Arabie Saoudite l’a augmentée, et le prix de marché a encore baissé.

Aujourd’hui, l’offre est illimitée et surabondante par rapport à la demande. Le litre de diesel est tombé à moins d’un euro et ça va continuer en 2016.

Tout a changé. Les monarchies du Golfe ont perdu de leur puissance et de leurs ressources, elles ont aussi perdu de leur influence. Quant aux groupes religieux radicaux qui s’étaient développés grâce aux revenus pétroliers qu’ils réussissaient à négocier, ils ont eux aussi perdu de leurs moyens. Daech s’avère beaucoup moins violent depuis qu’on a commencé à lui couper les vivres. Tout va changer au Moyen-Orient où la famille royale n’a plus les moyens de se payer des armées d’esclaves.

Parallèlement, les pays occidentaux se découvrent des sources de pouvoir d’achat inespérées avec l’effondrement du prix des énergies, ce qui va changer l’allocation de ses investissements. Alors que l’essentiel des investissement était consacré à découvrir des économies d’énergie, on va sans doute demain consacrer plus de moyens, non pas à économiser un pétrole moins rare mais à réduire les émissions de gaz à effet de serre. On l’a bien vu lors de la COP21, l’objectif n’était plus de consommer moins ou de croître moins, l’objectif était de consommer propre.

Ce qui est intéressant c’est que la géopolitique de l’énergie n’est pas pilotée par les idéologies ou les politiques, mais directement et de plus en plus par la confrontation des intérêts économiques et des rapports de force entre ceux qui produisent et ceux qui consomment sachant que ceux qui produisent ne forment plus un bloc compact et solidaire.

La doctrine américaine qui s’impose au monde est le résultat du rapport sur son propre marché de l’offre et de la demande, puisque l’Amérique est à la fois producteur et consommateur.

Le troisième bouleversement, c’est l’arrivée de la Chine dans le club des pays économiquement matures. La Chine n’est plus l’usine du monde dont la vocation était de fabriquer à bas prix tous les produits manufacturés consommés par les pays riches. La Chine conçoit, fabrique et consomme. Les Chinois qui se sont contentés pendant deux décennies d’une poignée de riz, cherchent à accéder au niveau de vie occidental.

Cette ambition longtemps bridée par le pouvoir politique déborde de toute part, d’où les incertitudes de son modèle d’émergent.

Cette ambition change tout.

La Chine est de moins en moins l’atelier du monde, ça veut dire que le monde va devoir modifier ses grilles de prix et ses process de fabrication. La Chine va aussi prendre de plus en plus de participations dans des systèmes économiques européens ou américains. Quand la Chine achète 25% de Peugeot ou 50% du Club Med, ça change son modèle économique.

Dans le même temps ça oblige aussi les Occidentaux à changer le leur. Plus question de se contenter de délocaliser une production pour trouver de la productivité. Il faut inventer autre chose. D’autres produits (super Low cost comme Peugeot ), d’autres design (ce que fait LVMH en essayant de développer un luxe chinois), d’autres services (la banque et l’assurance sont sur le pied de guerre).

Ces trois grandes révolutions qui sont à l’origine de changements considérables ont trois caractéristiques :

1e elles sont toutes d’origine technologique. L’innovation technologique a créé son offre et s’est imposée au marché.

2e elles transgressent les cultures et les identités nationales pour inventer un homme qui n’est ni européen, ni américain, ni asiatique mais qui est mondial. Les valeurs auxquelles il adhère sont « humaines » et internationales.

3e les Etats et les gouvernements ont été incapables de prévoir, d’accompagner et même d’assumer ces transformations. Ces dernières appellent des organisations internationales qui n’existent pas encore.