Les 3 raisons pour lesquelles la Grèce ne sortira pas de l’euro

La planète n’est pas à l’abri d’une nouvelle crise financière extrêmement grave qui pourrait exploser au printemps de cette année. Pourtant, la sortie de la zone euro d’un pays comme la Grèce n’en sera pas le détonateur. Les difficultés du pays alimentent un débat hystérique sur l’avenir de l’euro. Lequel débat nourrit la spéculation boursière en faisant planer l’ombre d’un krach systémique.

Pendant que les opinions publiques s’inquiètent et que les économistes sérieux comptent les chômeurs de longue durée, les opérateurs de marché amassent de véritables fortunes. Le cynisme ne date pas d’hier mais de tout temps, les hommes et les femmes ont fait de l’argent sur la peur. La Grèce ne sortira pas de l’euro et ce, pour trois raisons.

1e raison : c’est techniquement impossible et imprévu. Les traités n’ont pas intégré ce cas de figure.

Pour beaucoup, cet argument ne tient évidemment pas parce qu’il va à l’encontre des principes même du pouvoir démocratique et souverain des États membres. En théorie, un État souverain devrait pouvoir, par le vote démocratique, défaire ce qu’il a fait. C’est l’argument le plus souvent utilisé par les partis populistes ou extrémistes.

Aujourd’hui, la reprise de souveraineté monétaire est impossible par la voie d’une démocratie qui l’a abandonné à une autorité supérieure, en l’occurrence l’Europe. On peut en discuter à l’infini. Ça ne peut déboucher que sur le conflit. C’est un des paradoxes de la construction européenne : l’union monétaire a été édifiée sans l’appui préalable d’une union politique. Donc, c’est « niet » dans le cadre institutionnel actuel et tous ceux qui disent le contraire ne connaissent pas le droit ou mentent à des fins politiques.

2e raison : l’impossibilité juridique créerait un tel précèdent que l’équilibre financier global en serait affecté.

D’où la spéculation actuelle. Si la sortie de l’euro parait plausible à certains, c’est bien parce que la Grèce ne réussit pas à respecter les engagements pris dans le cadre de l’union monétaire. Si un couple divorce, c’est bien parce que la vie en couple parait insupportable. Dans le cas de l’euro, si la Grèce sortait cela voudrait dire qu’elle s’exonère de ses devoirs envers la communauté européenne. Si la Grèce s’en exonère, pourquoi les autres ne s’en exonéreraient-ils pas ? Dans ce cas-là, tout est possible mais il faut inventer un autre système monétaire ou revenir au Moyen Âge.

3e raison : personne de sérieux ne le souhaite, pas même les Grecs.

La campagne actuelle, qui tend à faire croire que l’euro est mort et que personne n’en veut plus parce qu’il serait la cause de tous nos déboires, est assez extraordinaire. Le parti radical de gauche qui arrivera peut-être au pouvoir demande un assouplissement des règles mais ne demande pas la sortie de son pays de la zone euro. Les Grecs seraient sans doute exonérés de leurs devoirs mais ils perdraient aussi les avantages. La solidarité monétaire permet de bénéficier de taux d’intérêt très bas, d’un versement des fonds structurels et de la confiance de beaucoup de leurs clients et investisseurs. Les Grecs ne veulent pas abandonner l’euro, surtout pas. Ils veulent bien abandonner les contraintes de l’euro mais pas l’euro lui-même.

Ces trois raisons qui ressortent des études sont évidemment niées par les politiques qui ont intérêt à trouver des solutions miracles pour attirer les suffrages. Cela fait partie des postures politiques très à la mode en période de crise. Cela fait partie des promesses que l’on fait en campagne électorale et que l’on ne peut pas délivrer une fois que l’on est aux responsabilités, ce qui renforce le sentiment de frustration et de colère de l’opinion publique… mais c’est ainsi.

La Grèce engagera une renégociation de sa dette, ce sera compliquée et difficile. Mais la solution est bien moins coûteuse qu’un abandon de la zone euro.

Pourtant, si la Grèce peut trouver des solutions de compromis, pourquoi les marchés financiers entrent-ils tous en hystérie spéculative ? Tout simplement parce que les ingrédients de la crise financière sont réunis. La baisse du prix du pétrole a déstabilisé les perspectives, la baisse du prix de l’argent a stérilisé l’investissement.

Ajoutons à cela, le changement de cap de la politique monétaire américaine. En fermant le robinet, la FED a privé les marchés de ses drogues favorites. L’Europe a déjà payé très cher les excès de crédit américain dans les années 2000. Ce n’est pas le système euro qui a besoin d’être réformé, c’est le système monétaire international fondé sur le dollar qui perturbe l’ensemble.