Les 3 raisons pour lesquelles les investisseurs parient sur l’Europe en 2015

Les plus grands fonds d’investissement regardent à la loupe ce qu’ils pourraient acheter en Europe l’année prochaine. Une situation qui peut paraître paradoxale parce qu’en Europe tout va mal. Pourtant, c’est assez logique car l’Europe n’est vraiment pas chère.

Les plus grands fonds d’investissement regardent à la loupe ce qu’ils pourraient acheter en Europe l’année prochaine. Une situation qui peut paraître paradoxale parce qu’en Europe tout va mal. Pourtant, c’est assez logique car l’Europe n’est vraiment pas chère.

Les professionnels de l’investissement sont en train de créer la surprise en regardant ce qui peut se passer dans les grandes entreprises européennes. Ils se déclarent prêts à acheter des actions, alors même que l’économie est plombée, sans aucun espoir sérieux de rebond avant deux ans. Les ingrédients mécaniques de la reprise sont bien là : prix du pétrole, coût de l’argent très bas et baisse de la monnaie. Mais l’allumage des moteurs de la fusée dépend du degré de confiance que peuvent avoir les acteurs de l’économie dans le gouvernement. Or, ce degré de confiance est égal à zéro ou presque.

En dépit de ce champ de ruines, les investisseurs se préparent à faire leur marché. Quand on leur demande pourquoi, ils avancent trois séries de raisons .

1e série de raisons : le faible coût des actions. Le prix des actions a stagné pour ne pas dire chuté en 2014, alors que partout ailleurs le cours des actions a progressé dans des proportions importantes. Notamment aux Etats-Unis. Donc, « on achètera en Europe parce que c’est moins cher qu’ ailleurs ».

Partout, les marchés d’actions ont été dopés par les banques centrales et leur politique de quantitative easing. Cette liquidité s’est investie principalement sur les marchés d’actions. C’est la raison pour laquelle les personnels de la bourse, traders, agents et investisseurs apprécient tellement l’action d’une banque centrale à l’anglo-saxonne. Elle nourrit leurs fantasmes de fortune ou de bonus.

Pour la raison inverse, l’industrie financière dénigre la banque centrale européenne dont les statuts l’oblige à respecter l’économie réelle. Le prix des actions américaines a donc flambé en 2015, ce qui veut dire pour tous les professionnels que 2015 va sonner la fin du feu d’artifice américain.

Il va donc falloir se replier sur d’autres marchés et notamment les marchés européens. Les entreprises du CAC40, par exemple, ne vivent pas sur la déprime européenne mais sur l’euphorie des marchés émergents.

2e série de raisons : le prix du pétrole, la baisse de l’euro et le prix de l’argent vont finir par être bénéfiques à l’économie européenne . On va bien finir par s’apercevoir qu’il y a des gains de productivité plus importants que le CICE. Quand ? Personne ne le sait parce que ni l’Europe, ni les Etats membres ne se sont préparés à en profiter.

3e série de raisons : tous ces éléments fabriquent  un indicateur de risques plus avantageux que l’investissement public. Jusqu’à cette année, les pays européens, à commencer par la France, ont bénéficié de taux d’intérêt très bas.

L’investissement en titres d’Etat présentait très peu de risques. Le contribuable est toujours debout et la solidarité des pays de la zone euro est garantie par l’Allemagne. Le pays est toujours présent aux côtés des autres en dépit des grognements sourds de son aile droite. Tout cela a offert une sorte de bouclier de protection pour les investisseurs. Depuis quelques semaines, le bouclier s’est fissuré. Les taux américains sont annoncés à la hausse, les robinets de la liquidité sont annoncés à la fermeture.

Bref, des nuages de risques se sont profilés sur les placements publics au point qu’ aujourd’hui on considère que l’investissement dans les grandes entreprises françaises ou européennes serait moins risqué que dans l’Etat. Les flux d’argent qui n’iront plus dans l’Etat vont s’orienter vers le privé. D’où la hausse probable des actions européennes.

Dans tout cela, il y a des bonnes et des mauvaises nouvelles. La mauvaise, c’est que l’Etat risque d’avoir des problèmes pour couvrir ses fins de mois. L’autre mauvaise nouvelle, c’est que l’Etat peut avoir la réaction de majorer les impôts, ce qui ne ferait qu’aggraver la situation.

La bonne nouvelle, c’est que l’argent va s’orienter vers les entreprises privées qui vont pouvoir multiplier les risques et doper leur activité. Le problème, c’est que ce transfert de moyens ne va pas bénéficier d’abord à l’activité franco-française, mais aux multinationales françaises qui opèrent à l’étranger. Ce n’est pas mauvais pour l’Hexagone mais on ne peut pas dire que ça va impacter l’emploi très fortement. Pour que l’équilibre français soit rétabli, il faudrait que la confiance revienne et que la manne s’oriente vers les petites et les moyennes entreprises. Ce sont elles qui créent de la richesse et des emplois.

François Hollande, et toutes les équipes de Bercy ou de Matignon, ont objectivement raison de croire à une reprise en 2015. Sauf que cette reprise ne va guère impacter la France. Et pour cause, le capital confiance n’existe toujours pas.  Les actions européennes vont redresser la tête en 2015. L’épargnant serait bien idiot de ne pas en profiter. Mais l’activité dans l’Hexagone et l’emploi ne vont guère bouger.