Les 5 dossiers sur lesquels Sarkozy veut faire plancher l’UMP

L’engagement de Nicolas Sarkozy va d’abord porter sur la reconstruction d’une formation politique capable de rassembler la totalité de la droite. Son énergie et son charisme ne suffiront pas. Il sait parfaitement qu’il lui faut proposer un projet, une vision. Et c’est sur ce projet ou cette vision qu’il veut rassembler les forces politiques.


Pour l’instant, Nicolas Sarkozy n’est pas très entouré… Ce n’est pas avec un attelage où se bousculent les fidèles historiques, Rachida Dati, Christian Estrosi, Brice Hortefeux, Nadine Morano, qu’il pourra restaurer son équation personnelle. Les anciens ministres qui lui sont restés proches, comme Luc Chatel, François Baroin ou Nathalie Kosciusko-Morizet, lui seront plus utiles sur le fond. Les jeunes comme Virginie Duby-Muller ou Guillaume Larrivé vont crédibiliser l’aile droite et jeune, beaucoup mieux que Geoffroy Didier ou Guillaume Peltier qui font déjà un peu requins de la politique.

Il y a surtout les hommes de l’ombre, ceux qui n’ont pas cessé de le rencontrer, ceux qu’il n’a pas cessé de consulter, comme Alain Minc, Jacques Attali et même Bernard Henri-Levy ou Pascal Lamy… Ceux-là sont connus pour leur pragmatisme, ils sont aussi connus pour leur engagement à gauche et pour des orientations social-libérales, mais ceux-là sont tellement déçus par François Hollande et tellement inquiets de la situation française… Il y aussi des chefs d’entreprise qui ne se montreront guère, par peur de l’effet Fouquet’s, mais Sarkozy peut compter sur la réflexion de la plupart des membres du Club Entreprises et Cités avec des personnalités comme Claude Bébéar le fondateur d’Axa, ou Henri de Castries qui n’ont jamais coupé les ponts, tout comme Henri Lachman, ex-Schneider, Jean Rene Fourtou (Vivendi) ou Laurent Solly le patron de Facebook France.

Il y a encore pas mal de think-tanks libéraux qui ont travaillé sur des poltiques alternatives. Il y a enfin pas mal de hauts fonctionnaires qui ont commencé à faire des notes et des recommandations, notamment ceux de la direction du Trésor qui sont aux premières loges pour constater la dégradation de la situation française. L’ancien président écoute aussi énormément Michel Gaudin, l’ancien préfet de police de Paris, ou encore Fréderic Pechenard, un autre ex-flic ; plus connu, Pierre Giacometti, l’ancien patron de l’institut Ipsos et bien sûr l’inoxydable Franck Louvrier qui a gardé ses réseaux dans la presse.

Contrairement a une rumeur qui court les salons parisiens, Patrick Buisson n’est pas dans le jeu…

Nicolas Sarkozy a beaucoup de défauts, il est prêt à le reconnaitre dit-on. Il a aussi une énorme qualité pour une homme politique : il comprend les grandes évolutions de la société française. Il a organisé son staff de façon très simple : des politiques dans la vitrine de la maison Sarko qui battront la campagne et occuperont les médias, et des experts dans l’arrière-boutique qui vont dessiner les modèles, façonner un programme et un projet. Ces hommes de l’ombre sont particulièrement importants et, pour une fois, Nicolas Sarkozy les a beaucoup écoutés.

Il a déjà, et c’est perceptible dans son communiqué Facebook, forgé trois convictions.

La première : il lui faut reconstruire un nouveau parti capable de rassembler toute la droite. On changera donc tout à l’UMP.

La deuxième conviction, c’est que les problèmes de société sur lesquels il avait mis l’accent lors de la derniere cammpagne ne seront pas prioritaires, y compris l’immigration ou l’ordre public. Pourquoi ? Parce qu’il a compris qu’ils était générés et aggravés par une situation économmique désastreuse. La banlieue est invivable parce qu’il n’y a pas de boulot, la population immigrée n’est pas intégrée parce que les logements sont insalubres et qu’il n’y a pas de travail. Moralité : redressons la situation économique, la croissance et l’emploi et une grande partie des problemes de société seront amortis et allegés.

La troisième conviction, c’est qu’il va falloir obtenir un consensus sur l’idée que la croissance économique ne peut revenir dans ce pays que si l’opinion admet que ce sont les chefs d’entreprise qui créent des emplois, et qu’il y a des contraintes qu’il faut absolument assumer avant de s’offrir des voyages en utopie. L’utopie du bonheur pour tous c’est bien, mais il faut être très riche pour la promettre.

A partir de ces trois convictions, Nicolas Sarkozy parait décidé à travailler et à faire travailler une UMP, renovée sur cinq dossiers-clés.

Un, l’Europe : trouver le moyen d’accélérer l’évolution fédéraliste de l’Europe. C’est le seul moyen d’obtenir une meilleure solidarité et une meilleure confiance dans l’avenir. Les jeunes générations (Erasmus) poussent à fond pour la création des Etats-Unis d’Europe, les chefs d’entreprise aussi. A droite, certains sont encore très réticents et notamment les héritiers de la droite nationaliste et autoritaire.

Deux, la mondialisation : il faudra trouver le moyen de profiter de cette mondialisation sans prendre le risque de l’asphyxie. Si les chefs d’entreprise ont besoin d’une demande forte, c’est dans les pays émergents qu’ils la trouveront. Cette demande ne doit pas être aidée ou subventionnée, elle ne peut que se gagner par la compétitivité, c’est-à-dire par la qualité des produits. Il faut donc débrider le fonctionnement des entreprises, permettre à l’économie de se fluidifier.

Trois, le progrès technologique : c’est le nerf de la guerre, l’innovation partout dans tous les domaines. Il faudra, qu’on le veuille ou non, faire sauter le principe de précaution défendu par les écologistes et les chiraquiens. Quelle stupidité que cette exception française !

Quatre, libérer le droit du travail de ses carcans administratifs : offrir à tout le monde la liberté de travailler. Les contrats de travail sur-protecteurs comme le CDI ferment les portes de l’emploi et favorisent l’emploi précaire. Absurde : tout le monde le sait et personne ne bouge. Le drame français c’est évidemment le chômage, mais c’est surtout la durée de ce chômage.

Cinq, refonder les contours de l’Etat et de son administration : ce qui revient à réduire son périmètre d’intervention, transférer au privé un certain nombre de missions qui serait faites bien mieux et pour moins cher. Mettre l’administration en concurrence avec le service privé : c’est vrai dans l’hôpital, l’éducation, mais ça pourrait l’être dans beaucoup de services attachés à l’administration centrale ou les collectivités locales. Le but : baisser les dépenses de l’Etat, pour alléger les prélèvements et donner de la liberté aux acteurs de la économie.

En fait, ce que disent les hommes de l’ombre, les visiteurs du soir ou du matin à Nicolas Sarkozy, c’est qu’ il n’y a pas de reformes de droite ou de gauche, il y a des réformes courageuses, pas forcément douloureuses mais dérangeantes, et qui portent un progrès et une efficacité pour le plus grand nombre. Autrement dit, prendre le monde tel qu’il est et l’affronter.