Les 5 premiers chantiers à haut risque de Manuel Valls

Manuels Valls ne va pas chômer… Il a du pain sur la planche et tout le monde l’attend. La droite, qui, très habilement, ne l’attaque pas de front. La  gauche qui, quant à elle, mobilise  ses véritables et plus farouches adversaires. Mais une fois digérée l’arrivée de ce « libéral de gauche », une fois la pagaille politique calmée, Manuel Valls va se retrouver confronté aux marchés et aux milieux d’affaires.

Pour les marchés monétaires et financiers, et pour les milieux d’affaires, Manuel Valls est porteur de promesses. Celles  de trouver la martingale qui permettra de sortir le pays de la stagnation et de retrouver son dynamisme économique. Mais encore faut-il  qu’il réussisse à convaincre l’opinion publique qu’il va falloir accepter des efforts que personne n’a demandés jusqu’à présent. C’est bien le problème.  La France et les Français sont convaincus d’être au plus profond d’une crise, mais ils n’ont jamais eu à en subir les conséquences comme les Italiens ou les Espagnols. Les seules victimes de la crise en France sont ceux qui ont perdu leur emploi. Les autres ont amorti le choc grâce aux mécanismes de redistributions sociales et à la fiscalité. Nicolas Sarkozy, d’abord, puis François Hollande ensuite, ont fait jouer à fond les amortisseurs sociaux pour éviter que le pays ne s’étouffe. D’où les niveaux d’endettement insupportables de l’État, des collectivités locales et des organismes sociaux. D’où les niveaux de fiscalité.  D’où la nécessité absolue dans laquelle nous sommes de réduire ces déficits de fonctionnement pour garantir les financements  ultérieurs.

Par son ADN plutôt libéral, par son expérience, par son autorité et son ambition,  mais aussi par son ancrage à gauche, Manuel Valls peut être le Premier ministre qui pourrait réussir à convertir le Parti socialiste à l’économie de marché, aux bienfaits de l’innovation et de la mondialisation.  En tous les cas, l’Europe toute entière le croit. Les presses anglo-saxonnes, allemandes et italiennes saluent son arrivée.

Ce faisant, si l’entrée en scène est réussie, il va devoir franchir les barrages du mois d’avril. Il y en a cinq. Cinq chantiers techniques à gérer, cinq défis politiques à relever.

Premier chantier : Le pacte de responsabilité. Selon Bercy, il serait prêt. Il s’agit d’un coté de regonfler la compétitivité des entreprises par une baisse de charges et d’abaisser la fiscalité pour redonner du moral aux troupes. C’est le plus facile. Mais de l’autre côté, il faut planifier  50 milliards de baisse sur les dépenses publiques. Au minimum, parce que si manuel Valls paie son entrée à Matignon par quelques cadeaux fiscaux, il faudra bien les financer.

Théoriquement, les 50 milliards sont fin prêts. Ils ont été programmés par Bercy. Pierre Moscovici y a travaillé et a commencé à vendre le package à Bruxelles. Il faut maintenant les rendre publics et les présenter à la majorité qui n’est pas dans l’état d’esprit de les accepter sans broncher. La pilule va être dure, dure à avaler. Cela va être le premier boulot de Manuel Valls. Les écolos et le Front de gauche ont déjà fait savoir qu’ils ne voteraient pas un nouveau plan d’austérité.

Deuxième chantier, négocier avec Bruxelles, avec nos partenaires européens et avec la Banque centrale. Manuel Valls a rendez-vous à Bruxelles,  le 15 avril pour présenter à la Commission le plan de redressement  des finances publiques. Si le pacte de responsabilité est adopté, l’examen de passage ne sera pas trop compliqué. Il correspond à ce que la commission avait demandé. Cela étant,  parallèlement Manuel Valls  va devoir visiter Madame Merkel pour la convaincre qu’il peut mettre la France sur la voie du redressement. L’objectif est d’obtenir,  comme l’Italie, qui vient d’obtenir un soutien allemand pour, peut-être, assouplir les critères budgétaires et obtenir  de l’Allemagne qu’elle donne son accord à la Banque  centrale européenne pour qu’elle soit un peu plus généreuse dans la création monétaire. Si les pays de la zone euro et la banque centrale pouvaient faire en sorte de faire baisser le cours de l’euro, personne ne s’en plaindrait. Si Manuel Valls  fait passer son pacte de responsabilité devant les politiques français et obtient des européens un regard plus complaisant, avec des délais supplémentaires par exemple… il aura parcouru un bon bout de chemin.

Troisième chantier, il lui faudra affronter les agences de notation. Les trois agences Fitch, Moody’s et Standard and Poor’s doivent rendre leur verdict sur l’avenir de l’économie française avant  le 15 mai. Elles étaient toutes les trois très pessimistes. Toute la question est de savoir comment elles vont interpréter les potentialités du pacte de responsabilité et les engagements du premier Ministre. Mais si Manuel Valls se bat bien, ça peut passer. Le verdict des agences est très important. Il mesure les risques et par conséquent impacte le niveau des taux d’intérêt.

Quatrième chantier, il lui faudra affronter la concurrence et la comparaison avec l’Italie. Le plan de redressement Italien accompagné d’un plan de réformes  très ambitieuses a beaucoup impressionné la communauté des affaires européennes. Baisses d’impôts massives financées par des économies de dépenses publiques. Le résultat immédiat a été la baisse des taux d’intérêt en Italie. La France et l’Italie vont donc se retrouver en concurrence sur le marché des financements  d’État. Or, l’état des finances de  la France ne permet pas d’avoir une comparaison défavorable avec les italiens  sinon,  nos taux se relèvent. L’Allemagne qui garantit l’ensemble de la zone euro a d’ailleurs adoubé l’action du chef de gouvernement italien. Sur ce point Manuel Valls a beaucoup de progrès à faire … pour obtenir le même traitement.

Cinquème chantier, il va falloir affronter l’évolution de l’économie mondiale. Et a priori cette évolution ne nous  aide pas.L’économie mondiale est en voie de ralentissement. La France a manqué la vague de reprise en 2012 et 2013… Depuis, l’économie  allemande, l’économie américaine  et les émergents ont changé de rythme. La plupart  des banques centrales, américaine et japonaise ont l’intention de relever leurs taux. Donc d’accompagner le ralentissement.  Pour l’Europe et pour la France c’est un frein. A moins que Manuel Valls ait suffisamment d’arguments pour convaincre nos partenaires et la BCE de jouer contre-cycle. C’est un défi… C’est surtout un énorme pari.