Les 67 plus riches du monde détiennent la moitié des richesses du globe. Et alors ?

Selon une étude annuelle de l’ONG Oxfam, il y aurait 67 personnes dans le monde qui posséderaient la moitié des richesses du globe. Jamais la distribution des richesses produites par les humains n’avait été aussi inégalitaire.

Oxfam essaie actuellement d’alerter le FMI et la Banque mondiale, qui tiennent leur assemblée générale annuelle, pour qu’ils agissent sur ces inégalités violentes et extrêmes. On n’est plus dans les mécaniques de développement. On est carrément dans les travaux d’Hercule.

Le président de la Banque mondiale Jim Yong Kim et la directrice générale du FMI Christine Lagarde ont évidemment beaucoup parlé de ce phénomène angoissant à l’ouverture de leur assemblée annuelle. Ils considèrent que la mondialisation a tiré de la pauvreté environ 100 millions d’êtres humains, rien que sur le continent asiatique. Pour cette seule raison, il faut évidemment défendre la liberté internationale du commerce, cette mondialisation est un facteur de développement et d’émancipation des peuples. Un peuple qui mange à sa faim et qui commence à vivre mieux ne fait pas la guerre. Et c’est vrai que les risques de grands conflits mondiaux ont pratiquement disparu.

En revanche, les dirigeants du FMI reconnaissent que la crise a creusé les inégalités. Sans arrêter le processus de développement des émergents, la sortie de crise s’est faite au prix d’un accroissement des inégalités. Or, les inégalités aussi flagrantes sont porteuses de risques d’explosions sociales, religieuses et régionales.

Pour cette raison-là, le FMI et la Banque mondiale devraient dans les années qui viennent changer leur politique de prêts aux pays pauvres en mettant l’accent sur les investissements dans la santé et dans l’éducation. Sous-entendu, les investissements en équipements et infrastructures pourraient être pris en charge par des financements privés, et pourquoi pas par les plus riches (ce que fait la fondation Gates qui regroupe les plus riches des riches américains), laissant aux organisations internationale le soin de financer des projets dont la rentabilité est plus difficile à chiffrer et plus lointaine. Les riches ont largement plus de moyens que les institutions internationales officielles.

Le FMI reconnait que la sortie de crise, qui ne peut s’opérer que par des ajustements budgétaires, entraînent beaucoup de pays à lancer des plans d’austérité. Ces plans d’austérité passent par des coupes dans les dépenses publiques, à commencer par des coupes dans les investissements et notamment les moins rentables à court terme : la santé et l’éducation. C’est donc aux institutions publiques de compenser ces déficits d’investissement.

Parallèlement, le FMI rappelle que les inégalités sont également dues à des stratégies d’optimisation fiscale qui permettent à certains d’échapper à l’impôt et de s’enrichir.

A partir de ce diagnostic, que peuvent faire les organisations internationales pour réguler un peu mieux la répartition des richesses mondiales ? La réaction première des mouvements alternatifs, serait de réclamer des pouvoirs d’intervention au niveau mondial, tout en sachant que c’est irréaliste. Le minimum serait de s’assurer que les mécanismes de marché fonctionnent correctement avec des règles précises de concurrence, de transparence, de réciprocité et des gendarmes capables de les faire respecter. C’est donc toute l’action de l’OMC qui est en jeu. Or l’organisation mondiale du commerce est paralysée par la confluence des égoïsmes nationaux et des intérêts particuliers, au rang desquels il y a bien sûr une centaine de gens très riches qui, sur la planète, profitent un maximum des avantages de la liberté de circulation, mais font jouer les législations nationales dès qu’il s’agit de se protéger.

Dans ces conditions, encore une fois, et faute d’un pouvoir coercitif, que peut faire le FMI ou la Banque mondiale ?

Un, se féliciter que sur la planète les riches soient riches.

Deux, se dire que ce ne sont pas les riches qui sont un problème, mais que ce sont les pauvres. Tout faire pour non pas les aider à sortir de la pauvreté mais tout faire pour créer un écosystème qui leur permette de s’affranchir des difficultés extrêmes.

Trois, vérifier que si les riches s’enrichissent, ils ne le font pas au détriment des pauvres mais qu’au contraire, plus il y a de riches sur la planète, moins il y aura de pauvres.

Ça a été vrai pendant vingt ans. L’enrichissement de quelques-uns a servi d’entrainement aux autres. Ce n’est plus vrai depuis la crise.