Les banques centrales se préoccupent plus des effets de la crise que de la crise elle-même, les politiques s’occupent de leurs électeurs. Le problème est ailleurs. Que font le FMI, la Banque mondiale ou l’OMS ?

Alors que la Réserve fédérale américaine a une fois de plus cassé sa tirelire, sa décision de baisser les taux d’intérêt n’a eu aucun effet sur le moral des agents économiques et pour cause, les gouvernements et les banquiers centraux s’occupent plus des conséquences que de la crise elle-même. 

Tout se passe aujourd’hui comme si les banquiers centraux et les ministres du G7 ne se préoccupaient que des conséquences de la crise. Ils nous administrent des tonnes de Doliprane pour calmer des maux de tête alors que visiblement, la planète a fait des infarctus. 

Toutes les décisions prises depuis le début de la semaine par les ministres du G7 Finances et par les banquiers centraux sont bonnes, nécessaires mais personne ne sait si elles seront efficaces. 

Les mesures prises et envisagées passent par une distribution massive de liquidités afin d’éviter une asphyxie des systèmes. On se retrouve dans la logique thérapeutique de 2008, quand le monde entier a perdu confiance dans le système bancaire. Depuis le début de la semaine, les banquiers occidentaux et les chefs d’entreprise ont acquis la conviction que nous étions en risque de récession grave. L’OCDE et tous les organismes d’analyse ont d’ailleurs révisé à la baisse leurs prévisions de croissance pour 2020. 

Et c’est normal. Le système mondial se retrouve meurtri par ce qu’on appelle un choc d’offre. Ça veut dire que l’offre de produits est bloquée, figée dans des usines qui sont pour certaines fermées, c‘est le cas des usines chinoises, ou pour d’autres avec des usines qui tournent au ralenti faute de pouvoir s’approvisionner en pièces détachées. Ne parlons pas des industries du tourisme et du transport (hôtel et avion, grands magasins) et des industries du luxe. L’Italie est donc touchée au cœur de sa richesse, et la France qui est le pays au monde à recevoir le plus de visiteurs étrangers (90 millions par an) va donc terriblement souffrir. 

Dans ces conditions, les banques centrales, les ministres des Finances et les gouvernements ne feraient pas leur travail s’ils ne sortaient pas des amortisseurs, pour éviter que ce choc d’offre n’entraine des chocs de trésorerie, donc à terme assez rapidement des chocs sociaux. Bref, le risque majeur est un risque de rupture de liquidités et la liquidité pour une économie, c’est le sang, c’est l’argent. Si le sang ne circule plus, des pans entiers vont se nécroser, d’autant que cette économie est déjà très endettée à tous les niveaux. Les entreprises sont endettées, les Etats sont endettés, les ménages se sont endettés pour acheter de l’immobilier. Il faut forcément garantir les remboursements sinon le château de cartes s’écroule.

Les banquiers centraux et la Banque américaine sortent donc leur arme de dissuasion massive, la baisse des taux d’intérêt, le rachat de dettes pour permettre de nouveaux endettements etc. Les gouvernements étudient de leur coté des aides et des soutiens aux entreprises qui seront en phase terminale. Quitte à puiser dans les déficits budgétaires ? 

Pour les Européens, la prochaine étape sera d’autoriser les Etats à casser les plafonds d’endettement ou de déficit avec cette norme de 3% de Maastricht. Tout cela est normal, légitime. Comme en septembre 2008, Nicolas Sarkozy avait sauvé le système en utilisant les mêmes armes. La différence avec 2008 est pourtant importante. 

A l’époque, Nicolas Sarkozy pouvait mobiliser les budgets, les banques, les organisations internationales parce qu‘il y avait des réserves et des marges de manœuvre. 

A l‘époque, le problème était interne au système capitaliste, il fallait empêcher les banques de sombrer. C’était le cœur du problème. 

Aujourd’hui, on se prépare à sortir la même procédure thérapeutique, mais on voit bien, avec ce qu‘a fait la Réserve fédérale, que ça ne marchera pas aussi bien. 

Pour une raison simple, le problème est ailleurs. 

Nous sommes devant une crise sanitaire et cette crise sanitaire a démarré comme souvent depuis 20 ans en Chine qui se trouve être un des pions important de la mondialisation. Mais cette crise du coronavirus n’est pas arrivée dans les banques, dans les endettements. 

Ce virus est apparu dans un pays où l’état sanitaire est déplorable. Le virus ne s’est pas développé par hasard là où il s’est développé. Et tant qu’on n’aura pas éteint le foyer d’infection, le monde sera en danger. Les banquiers centraux peuvent toujours s’agiter dans tous les sens. Mais le Doliprane à prix fort n’a jamais soigné le mal, il l’endort.

Le problème est d’abord en Chine, puis dans les pays émergents. 

Alors la Chine, qui a déjà développé le virus du SRAS, en a semble-t-il tiré quelques leçons. D’où ses décisions immédiates de confinement de populations de plus de 80 millions de Chinois, empêchés de sortir de chez eux. La Chine a fait ce que seul un régime autoritaire peut faire. Elle a infligé à sa population une période de quarantaine en espérant que le virus s’éteigne avant de se propager. Le régime chinois a sans doute freiné le phénomène pour éviter d’atteindre le reste de sa population. 

Mais on voit bien que ça ne suffit pas. On n’a pas d’information fiable et précise émanant de Chine mais aussi de toute l’Asie et des pays d’Afrique ou d’Amérique du sud, au Moyen Orient ou en Iran où la population découvre qu’elle est gravement en risque. 

Dans les pays occidentaux, l’information est disponible et le principe de précaution fait que les gouvernements prennent les mesures qui doivent normalement localiser les foyers d’infection, freiner le développement sans trop priver les populations de liberté individuelle. Les gouvernements se préparent à une aggravation de la situation.

 

Mais la question qui reste sans réponse actuellement, c’est de savoir pourquoi les Etats occidentaux, les organisations internationales (le FMI, la Banque mondiale, l’organisation mondiale de la santé) ne se mobilisent pas massivement pour s’attaquer à la racine du mal. Si les pays émergents n’ont pas les moyens de faire les tests pour mesure l’état de la maladie, s'ils n’ont pas les moyens de mettre en œuvre des états sanitaires corrects, les pays développés, eux, en ont les moyens. Pourquoi ? Un déficit de gouvernance politique sans doute, l’indifférence des Américains, possible, mais ça ne peut pas durer. La fermeture des Etats émergents qui hésitent à reconnaître leur erreur ? 

C’est peut-être un peu le cas en Chine où les réseaux sociaux reflètent un mécontentement grandissant des classes moyennes. La Chine a un excellent service de santé au sommet. Avec d’excellentes équipes médicales, d’excellents services de recherche, mais ces excellences sont confinées au service de l’élite politique et du prestige international. Le reste de la population chinoise (plus d’un milliard d‘humains) vit dans des conditions d’hygiène plus pauvres que des Européens n’accepteraient pas. 

Le problème est évidemment dans les condition d’hygiène et les systèmes de santé des émergents. 

Si la mondialisation doit évoluer après cette crise, elle ira sans doute vers quelques relocalisations, mais elle devra surtout s’orienter vers l’investissement collectif et social : équipement éducatif, santé, assainissement etc. C’est presque plus urgent que de lutter contre le réchauffement climatique.