Les bases du compromis qui va permettre à la Grèce de rester dans la zone euro

Le sommet européen n’a pas débouché sur un compromis mais l’urgence est telle que les chefs d’Etat ont examiné les prémices d’un accord qui pourrait être validé par les créanciers. La Grèce accepterait enfin de donner quelques garanties.

Le sommet européen n’a pas débouché sur un compromis mais l’urgence est telle que les chefs d’Etat ont examiné les prémices d’un accord qui pourrait être validé par les créanciers. La Grèce accepterait enfin de donner quelques garanties.

Les chefs d’Etat et de gouvernement se verront à nouveau jeudi. Il est probable qu’ils se mettent d’accord sur un protocole au terme duquel la Grèce honorera son engagement de rembourser 1,6 milliards d’euros au FMI. Ce qui lui permettra de toucher les 7 milliards qui représentent la dernière tranche du deuxième plan d’aide.

Après plusieurs mois de discussions, de mensonges et de psychodrame, Alexis Tsipras a apporté une liste de décisions qu’il allait prendre et qui répondent aux demandes de ses créanciers. Ces derniers feront semblant d’être satisfaits par cette évolution qui leur permet de ne pas donner l’impression d’abandonner et d’annuler des dettes. Tant que les dettes ne sont pas annulées et que la Grèce n’est pas en défaut on peut dire aux contribuables européens qu’ils ont encore une chance de récupérer leur argent.

Il ne pouvait pas en être autrement. Tout le monde a intérêt à ce que les Grecs restent dans la zone euro mais pas n’importe comment. Les Grecs auraient donc proposé aux créanciers hier soir, une liste de 5 mesures qu’ils vont, selon Alexis Tsipras, s’engager à mettre en œuvre.

1. Le relèvement progressif du taux de TVA de 6% à 15% avec instauration de la TVA dans les iles grecques, qui en sont dispensées à ce jour. Ajoutons à cela une réforme et un élargissement de la fiscalité directe à toutes les catégories qui en étaient dispensées.

2. Ajournement du projet de créer des pré-retraites à moins de 60 ans.

3. Ajournement du projet de créer des personnels de la fonction publique. Il sont déjà trop nombreux, c’est 25 % de la population active !

4Accélération d’une campagne de privatisation.

5. Durcissement des mesures de contrôle contre la fraude fiscale, la fuite des capitaux et la corruption.

En contrepartie, les créanciers vont allonger la maturité des dettes et assouplir un peu les seuils de tolérance sur la dette afin d’alléger les remboursements. La BCE va, de son côté, augmenter les rachats de dettes grecs pour pouvoir distribuer de la liquidité au système bancaire.

Dans cette affaire, personne ne se fait d’illusions. Reste un dernier problème, il faut encore qu’Alexis Tsipras fasse accepter ce plan par sa majorité qui le lui a toujours refusé. Cette affaire dénonce deux disfonctionnements graves dans le fonctionnement de nos institutions.

L’Europe a prouvé, une fois de plus ses défaillances, ses insuffisances et son incapacité à gérer les solidarités. Il faudrait plus d’Europe, plus de fédéralisme et plus de pouvoir européen. Cette Europe-là n’aurait pas à se cacher derrière le FMI.

La démocratie en Grèce comme dans beaucoup d’autre pays fonctionne à coup de programmes mensongers de la part des candidats. Alexis Tsipras a été élu sur un scenario de rupture, rupture avec l’euro, rupture avec la dette et rupture avec les aides financières internationales. Dès son arrivée au pouvoir il s’est aperçu qu’il ne pouvait pas mettre en œuvre son scenario. C’était la catastrophe. Aujourd’hui, il est complètement en porte-à-faux. Il sera sans doute obligé d’aller aux urnes chercher une nouvelle légitimité. La réalité des faits, des chiffres et des marchés l’oblige à renier certains de ses engagements. C’est une belle leçon pour tous les démocrates. La démocratie aujourd’hui ne pourra fonctionner que sur la vérité. On ne peut promettre que ce que l’on peut délivrer.