Les Bleus qui gagnent pourraient doper la croissance… il faudrait peut-être remplacer Christine Lagarde par Didier Deschamps …

Les hommes politiques et les relais d’opinion se plaisent à penser qu’une victoire de la France au mondial de foot sera bonne pour le PIB… C’’est possible mais il ne faut pas trop s’illusionner sur l’impact du football.

Les milieux d’affaires ont du mal à croire que le talent de Didier Deschamps aura plus d’impact sur l’économie française que l’expertise de Christine Lagarde, la présidente de la BCE quand elle régule les taux d’intérêt.  

Mais il faut dire que cette semaine, les chefs d’entreprise et surtout les acteurs des marchés financiers ont plutôt mal reçu les dernières décisions officielles de la banque centrale et surtout les déclarations de sa présidente. Compte tenu d’un recul de l’inflation, compte tenu de l’attitude très offensive du gouvernement américain pour protéger les entreprises US et compte tenu d’une « Réserve fédérale » américaine qui a très clairement annoncé que la hausse des taux américains serait parmi les dernières, les milieux d’affaires en Europe s’attendaient à ce que Francfort se cale sur le même scenario et délivre des perspectives plus conciliantes que celle qui ont été annoncées par Christine Lagarde. En fait, la présidente de la BCE considère que l’économie européenne n’en a pas fini avec l’inflation et qu’il faudra tout faire pour la ramener à terme sur l’objectif de 2%. Et comme le principal outil de régulation est de manier les taux d’intérêt, la BCE prend le risque de freiner l’activité et l’emploi et de conforter une année 2023 dans la stagnation et même peut être dans la récession.

La seule consolation que les milieux d’affaires trouvent dans l’actualité de la semaine, c’est de penser qu’une victoire au mondial de football pourrait changer le climat des affaires. Cela dit, personne ne se fait d’illusion sur l’impact réel d’une issue heureuse pour l’équipe de France sur l’activité et sur la conjoncture sauf que cette idée que les Bleus puissent booster le PIB est une idée assez séduisante.  

Tous les organismes d’études économiques et la plupart des grandes banques ont fait des multitudes d’analyses pour essayer d’établir des corrélations entre le football et la conjoncture. Parce que le football est le sport le plus populaire dans le monde entier, le plus fédérateur aussi, il entraine des mouvements de foule considérables, il induit des comportements de vie, il attire des millions de consommateurs. Bref, le résultat de toutes ces études est intéressant.

1er point : Restons sérieux, aucune étude scientifique ne vient démontrer qu’une victoire en finale de Coupe du monde provoque une relance spectaculaire de l’économie du pays victorieux.  En moyenne, on constate un effet positif qui se situe entre 0,5 et 1 point de PIB de plus dans l’année qui suit. Mais on n’est pas certains que ces progrès soient directement imputables à l’effet victoire. Cela dit, le Brésil, l’Italie, l’Allemagne et la France ont dans le passé, touché quelques dividendes en terme macro-économiques de leur victoire.

2e point : le pays organisateur de l’évènement profite indéniablement de l’investissement en infrastructure.  Que ce soit pour les Jeux olympiques ou la Coupe du monde. C’est indiscutable, à condition que cet investissement ait été correctement financé. Sinon, l’évènement entraine un endettement couteux et une hausse d’impôts assez toxique pour le pays. Les exemples existent. En dépit des conditions d’organisation et d’attribution du marché qui font débat, le Qatar va profiter de cette Coupe du monde pour améliorer son image dans le monde et notamment dans le monde arabe. C’est du soft power assez efficace, mais le soft power, si utile soit-il, ne remplace pas les vrais changements de politique et de culture.

A noter que l’image des pays qui arrivent en demi-finale et a fortiori l’image du pays gagnant en profite dans le monde entier.  En arrivant en demi-finale, le Maroc a acquis une dimension politique dans le monde arabe, en Afrique et dans le reste de la planète qu’il n’avait pas.

Si la France gagne, l’image de la France dans le monde va encore se renforcer, donc c’est bien pour ses produits et ses services.

3e point : Les effets directs sur l’économie du pays gagnant ne vont pas bouleverser sa macro économie mais comme ils sont très segmentés, ils vont booster l’activité de consommation sur certains secteurs : les ventes de produits dérivés du football comme les maillots de joueurs ont déjà explosé, les ventes de ballons, les ventes de produits alimentaires, bières, sodas, pizzas sont en augmentation de 30 à 100 % les jours de match.

Les ventes de téléviseurs aussi ont augmenté de 30 à 50 % depuis le début de la Coupe du monde. Ne parlons pas des bars et des restaurants qui vont encore déborder dimanche soir.

Il faudra attendre les chiffres globaux de la consommation qui étaient ternes pour cause d’inflation galopante afin de se faire une idée plus précise mais il excite des réserves d’épargne importante dans lesquelles les Français puisent assez facilement en cas d’événement exceptionnel : le Black Friday a été exceptionnel, les fêtes de fin d’année sont plutôt bonnes alors que les commerçants pensaient que l’inflation allaient casser leur fin d’année.

4e point : Si les Bleus gagnent, le PIB ne fera pas de saut périlleux. En revanche, le BNB, lui, va gagner des points. Le BNB, le bonheur national brut, pour reprendre le concept de Bertrand de Jouvenel : le bonheur, le plaisir de vivre, la fierté d’appartenir à une communauté, le football, sport le plus pratiqué dans le monde et sport collectif. C’est la preuve que les liens sociaux existent encore dans les milliers d’associations et de clubs sportifs qui existent dans la plupart des pays. Le football s’est mondialisé et en se mondialisant, il est aussi devenu un outil de globalisation, de fraternité dans la compétition. Alors, il ne faut pas être naïf. Le football ne guérira pas les graves problèmes sociétaux ou géopolitiques. « Le pain et les jeux », la vieille recette inventée par les empereurs romains sous l’Antiquité marche encore et c’est tant mieux. Mais relisons Machiavel, ni le pain, ni les jeux n’ont réglé les problèmes de fond sur le long terme.

Cela dit, tous ces effets du football sont positifs, dans la mesure où le BNB accroit la confiance, donc la productivité, donc les projets, l’imagination, l’envie d’avoir envie… Les plus cyniques du monde des affaires nous feront remarquer que cette année, cette Coupe du monde s’est déroulé en dehors des heures de travail. Donc il n’y a pas de pertes dans la quantité de travail comme disent les économistes.

Au contraire, si les Bleus gagnent, ils apporteront leur part dans l’amélioration de la qualité de vie du plus grand nombre.