Les bourses chutent, les banques s’effondrent mais tout le monde s’énerve contre les banques centrales

Les valeurs bancaires accusent une lourde dégringolade ; susceptible d’inquiéter de nombreux acteurs économique. En France, les trois grandes banques ont perdu le tiers de leur valeur boursière… Les banques s’effondrent et la croissance ne repart pas. Atone en Europe, fragile partout ailleurs.

La tempête a encore soufflé sur toutes les bourses mondiales et les banques ont commencé à craquer. Depuis le début de l’année, les milieux financiers étaient inquiets. Depuis le début de la semaine, ils commencent à paniquer. En un mois et demi, toutes les places financières sont en chute. A Paris, le CAC a perdu plus de 12%. La plupart des marchés financiers en Europe ont cédé de 10 à 20%.

Mais ce qui commence à paniquer tout le monde, c’est la dégringolade des valeurs bancaires. A Paris, les trois grandes banques, la BNP Paribas, La Société Générale, et le Crédit Agricole ont perdu près du tiers de leur valeur boursière. Entre 25% et 30%.

Si on prend l’ensemble des marchés financiers européens, on s’aperçoit que ce sont les valeurs bancaires qui entraînent l’ensemble de la cote à la baisse. En France, en Allemagne, en Italie, en Grande Bretagne.

La conjoncture globale est évidemment à nouveau très inquiétante. La croissance se tasse un peu partout dans le monde compte tenu des incertitudes énormes sur l’activité, la chute du prix du pétrole, et le ralentissement des émergents notamment la Chine.

Les banques, qui avaient pourtant amélioré leurs fondamentaux depuis 2008, qui sont l’objet d’un contrôle renforcé, qui ont des capitalisations importantes et des liquidités surabondantes, réagissent très mal à la fébrilité des marchés, les banques anticipent et craignent l’impact de la baisse d’activité.

En fait, ce qui plombe les banques aujourd’hui c’est la persistance des taux zéro ou négatifs.

Les banques gagnent leur vie sur le crédit, à condition de faire payer le crédit. Crédit aux particuliers, à l’immobilier et aux entreprises. Aujourd’hui, l’argent est gratuit et les demandeurs ne se bousculent pas au portillon.

La seule possibilité qu’elles ont de faire marcher leur commerce c’est de prêter de l’argent à long terme. Et les seuls emprunteurs à long terme, ce sont les Etats qui sont, déjà pour la plupart, surendettés. Du moins en Europe.

Ce qui est paradoxal c’est que les banques centrales n’ont jamais diffusé autant de liquidités, mais ces liquidités sont virtuelles. Elles sortent de la banque centrale en contrepartie de rachat de créances, et elles reviennent à la banque centrale en dépôt faute de circuler dans l’économie réelle. La boucle est bouclée et la banque n’a rien fait sauf à souscrire aux émissions d’emprunts d’État.

Dans ce jeu là, l’économie réelle qui ne demande rien n’a pas, non plus intérêt, à le faire. Avec des taux à zéro, il n’y a aucun risque, mais il n’y a aucun profit a espérer. Donc il n’y a pas de demande.

La crise pétrolière commence sérieusement à peser sur les anticipations d’activité. Entre Janvier 2014 et janvier 2016, le prix du pétrole est tombé de 110 dollars a 33 dollars le baril.

Pour les économies très dépendantes du pétrole, ce choc à la baisse a représenté une aubaine de compétitivité.

Seulement, le contrecoup de cette baisse de prix commence à se ressentir. Toute l’industrie pétrolière est mal en point.  Elle est obligée de fermer des puits, et de baisser les cadences de raffinage. Les banques européennes qui ont beaucoup financé les investissements pétroliers s’inquiètent d’un retour de bâton inéluctable.

Plus grave encore, la baisse des prix du pétrole a diminué les ressources des pays pétroliers. Sans ressources, les pétrodollars se sont fait plus rares. Or une partie du business des banques occidentales était alimentée par le recyclage des pétrodollars.

Enfin, c’est l’énorme déception pour le monde de la finance internationale, les banques centrales américaines, japonaise et européenne qui ont tout fait pour éviter que les économies ne retombent dans la crise, ont quasiment échoué. Elles ont déversé des tombereaux de liquidités, elles ont fait tomber les taux d’intérêt plus bas que terre.

La croissance n’est pas revenue. L’emploi est reparti, le chômage a reculé dans les économies un peu flexibles, mais la croissance est très fragile. En Europe elle est aphone.

Autre déception, l’inflation n’est pas revenue. L’ingrédient miracle pour laminer les endettements et faire repartir les machines n’a pas opéré.

Enfin, la générosité des banques centrales et la frilosité des gouvernements ont fait que la plupart des économies qui étaient mal gérées sont restées mal gérées. Pas de réformes de l’État. Des dépenses. Puisque l’argent ne coûte rien.

Avec un tel constat, les critiques contre les banques centrales s’accumulent parce qu’on sent bien qu’elles n’ont plus aucune possibilité de soutenir ou de relancer les machines.

En 2009, on a matché des politiques de relance budgétaire d’où la dette publique et des politiques monétaires d’où l’afflux de liquidités et des taux bas. Aujourd’hui on ne peut plus rien faire.

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Le budget est étouffé, les banques centrales sont bourrées de créances d’État et les gouvernements n’ont pas la force demander un nouvel effort aux contribuables.

Il faudra pourtant traiter l’immense endettement d’une partie du monde.

Les Américains seront bien obligés de traiter la dette des ménages ; En général ça se finit très mal pour les ménages surendettés (cf en 2007 et 2008).

Les États européens seront obligés de traiter les dettes publiques et si possible pas par les seuls chômeurs.

La Chine, elle, devra traiter l’immense dette contractée par les entreprises chinoises au cours des dix dernières années et c’est pourquoi, elle se préparerait à engager une guerre des changes pour sortir de la zone à risque de récession.

Dans ce système explosif, les milieux financiers qui ont pendant longtemps profité des largesses des banques centrales, sont nombreux à considérer qu’elles sont désormais devenues inopérantes, incapables de redresser la situation en relevant les taux, impuissantes à restaurer la croissance et l’inflation.

Pour les banquiers, le comportement des banques centrales revient aujourd’hui à animer le seul marché de la dette publique pour éviter qu’il ne se sclérose. La banque centrale rachète des actifs pour soutenir leur prix, prête (ou plutôt donne) de l’argent aux banques pour qu’elles souscrivent de la dette d’Etat, que la banque centrale viendra racheter. Ce système est devenu fou.

La plaisanterie sur les marches depuis lundi était de se dire que si la BCE et le FED voulaient vraiment retrouver de l’inflation, il faudrait que les banquiers centraux rachètent du pétrole et qu’ils le stockent, au moins ça pourrait stabiliser les prix du baril.