Les chefs d’entreprise ont un pied dans la reprise, mais rien n’est gagné

La reprise de la croissance révélée au 1er trimestre s’est prolongée sur le deuxième. L’Insee prévoit même pour 2015, une croissance de 1,2 % sur l’année. Ce résultat ne signe pas un retour durable de la croissance. Il prouve simplement que, quand on s’occupe un peu des entreprises, ça commence à bouger partout. Le seul problème, c’est que cette équation économique n’est pas très politiquement correcte à gauche.  

La prévision de l’Insee est identique à celle de la banque de France et meilleure que celle du gouvernement. Mais c’est plutôt en fin d’année que le PIB devrait décoller significativement avec une hausse prévue par l’Insee de 0,3 % au troisième trimestre et 0,4 % au quatrième trimestre. En revanche, il faudra attendre 2016 pour que la courbe du chômage finisse par s’inverser même si l’institut prévoit une stabilisation des chiffres à la fin de l’année. L’Unedic et l’OCDE seraient eux, plus confiants et attendent une baisse du nombre de demandeurs d’emplois dans la deuxième partie de l’année.

Soyons bref, il ne s’agit pas d’une reprise. On est là, face à un frémissement qui euphorise le gouvernement sur l’air de dire : « vous voyez, tout arrive, on vous l’avait bien dit ». Mais cette petite musique laisse les patrons très prudents même s’ils reconnaissent que les choses vont un peu mieux.

En fait, les chefs d’entreprise sont dans la situation des types qui se tapent la tête contre les murs pendant près de 5 ans et qui constatent qu’en s’arrêtant, ils se sentent mieux. Le fait nouveau au deuxième trimestre c’est que les entreprises sont enfin entrées dans le jeu de la reprise.

Au premier trimestre, la croissance a été tirée essentiellement par la consommation, on l’a d’ailleurs bien vu dans les chiffres du Commerce extérieur puisque les importations ont augmenté, malgré la baisse des prix du pétrole. Ce qui prouve, une fois de plus, notre manque de compétitivité. Quand la France relance sa demande, cette demande relance les importations chinoises. D’où la conviction de beaucoup d’économistes que la reprise autoproclamée par le pouvoir serait un feu de paille.

Or, les chiffres du 2e semestre, prouvent que les moteurs de l’investissement et de l’exportation se sont allumés un peu à coté de celui de la consommation. L’alignement des planètes a fini par avoir un peu d’effet.

1. La baisse des prix du pétrole a bénéficié d’abord aux automobilistes parce que la facture d’essence s’est notoirement allégée, mais a fini par toucher aussi les transporteurs et les industriels gros consommateurs d’énergie (les entreprises du bâtiment par exemple).

2. La baisse de l’euro depuis un an a fini par redonner un peu de tonus à ceux qui exportent en dehors de la zone euro. L’effet commence à se voir. Quant à ceux qui commercent avec les autres pays de l’euro, ils ont bénéficié des reprises de croissance en Europe du Nord, en Allemagne et surtout en Europe du Sud, l’Italie et l’Espagne qui sont sortis du gouffre.

3. Enfin, la baisse des prix de l’argent a encouragé les investisseurs qui se sont ruées sur les valeurs boursières d’où la hausse des indices alimentée en plus, par l’abondance des liquidités mis en place par la  BCE. Beaucoup d’argent par cher a fini par engendrer un début d’effet richesse qui change un peu le climat.

<--pagebreak-->Tous ces facteurs favorables ne doivent rien au gouvernement français qui n’a eu, qu’à attendre que les vents se mettent à souffler pour faire marcher les moulins. Cela dit, il faut reconnaitre aussi que les entreprises ont enfin perçu l’impact des paquets cadeaux du gouvernement avec un emballage très pro-business, confectionné par le couple Valls-Macron : le CICE a été versé, pour beaucoup d’entreprises moyennes dans le bâtiment ou la mécanique par exemple, il a représenté les résultats de l’année.

Par ailleurs, la baisse des cotisations sociales et l’amortissement accéléré, ont permis aux entreprises de préserver des emplois qui auraient été en difficultés et les ont incité à changer de matériel, ce qu’elles n’avaient pas fait depuis 6 ans. L’investissement a été activé dans le processus de croissance.

C’est important parce que le système a besoin d’investissements pour décoller et s’inscrire dans le cercle vertueux de la logique d’offre. C’est plus important que d’attendre les bras croisés sur une reprise de la demande qui, de toute façon, sera limitée compte tenu du déficit budgétaire et qui profite principalement à nos concurrents étrangers.

Cela dit, cet effet de reprise est très faible (2% à 3%), pour l’investissement, ce qui fabrique une croissance limitée à 1% et ne génère aucun emploi. Pour avoir une croissance économique de 3% et commencer à créer des emplois, il faudrait un boom des investissements d’entreprise entre 6 et 10 % sur une année. Seulement, pour avoir un tel boom, il faudrait reconstituer les marges d’autofinancement, ce qui n’est encore tout à fait le cas.

La situation actuelle permet seulement de freiner les baisses d’emplois. D’où la prudence des instituts de conjoncture, y compris l’Insee, par rapport aux perspectives d’amélioration sur le front de chômage.

Ce diagnostic ne permet pas aux socialistes de pavoiser. Ce résultat est imputable pour 2/3 à la croissance de nos partenaires qui est contagieuse, et pour un tiers à l’annonce des mesures favorables aux entreprises. Ce qui prouve, contrairement à ce que pensent les socialistes, que les mesures favorables aux entreprises réussissent à doper un peu la croissance. En clair, ce qui est bon pour un chef d’entreprise peut être bon pour l’ensemble de l’économie.

Ce résultat peut permettre d’espérer, dans un an ou deux, une amélioration de la situation de l’emploi. Il donnera raison aux sociaux-libéraux. Mais ce résultat va aussi fracturer la majorité de François Hollande qui l’a combattu et mis à mal.

Si le président de la République avait compris dès le départ qu’une économie ne marche que si l’on s’occupe des entreprises, et s’il avait su le faire comprendre à ses amis de gauche qui ont pris le pays en otage, on ne serait pas dans l’état où nous sommes. Obliger de se battre pour gagner des morceaux de croissance, et l’on aurait pas à s’agenouiller devant deux malheureux trimestres de croissance et prier le ciel pour que cela dure. « Pourvu que ça dure », disait la mère de Napoléon… mais c’était bien avant Waterloo.

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