Les comptes secrets de Noël : mais qui dépense quoi, combien et où ?

Les Français vont dépenser 570 euros en moyenne pour Noël. Ils vont donc dépenser un peu moins d’argent cette année que l‘année dernière.

Les comptes de Noël sont toujours secrets. D’abord parce que la surprise du cadeau fait partie du jeu ou de la quête de bonheur, ensuite parce que la dépense est exceptionnelle et dépasse en général les moyens habituels de ceux qui font les cadeaux. Ils doivent donc se débrouiller avec une cassette secrète qu‘ils constituent en général tout au long de l’année, à coté de leur épargne de précaution. 3 Français sur 10 ouvrent un compte spécial dès le début de l’année pour préparer le Noël suivant. C’est un compte « hors bilan » familial, dont les banquiers eux-mêmes ne préfèrent pas trop savoir comment il est approvisionné. Les Français se débrouillent !

L'épargne de précaution existe et elle sert à répondre à un imprévu. L’épargne cadeau, par définition, n’existe pas officiellement, mais c’est elle qui sert à financer le budget cadeau et donc la consommation.

Les dépenses des Français au moment des fêtes de fin d’année sont donc un bon indicateur de moral et d’optimisme. S’ils dépensent beaucoup, c’est qu’ils vont plutôt bien et sont assez optimistes. S’ils dépensent moins, c’est que le moral n’est pas de la partie. Les Français auront dépenser 570 euros en moyenne cette année 2018. Un peu moins que l'année dernière où le moral des Français était au beau fixe, pour cause de reprise de croissance forte.

L’année 2018 étant plus compliquée, les Français ont moins épargné cette année que l'année dernière et vont donc se serrer la ceinture.

Dès le début de l’année 2018, on savait que les comptes de Noel seraient plus tendus. Alors que le budget médian s'élevait à 460€ l'an dernier, il retombe cette année à 445€. Le budget médian est celui qui partage les Français en deux. D’un côté, ceux qui dépensent plus que le budget médian, de l'autre ceux qui dépensent moins. Ces chiffres sont tirés des enquêtes COFIDIS, seul organisme à produire ce type d’études. Environ 10 %, seulement, des Français vont augmenter leur budget Noël.

Alors ce budget Noël se compose des dépenses de cadeaux, dépenses alimentaires et voyages (train, avion, voiture, hôtel).  

 

Les dépenses de cadeaux sont en légère augmentation à 440 euros, au détriment des achats très festifs, pour le réveillon et les repas de Noël, et les voyages. Moins d’huitres, moins de foie gras, et autres chapons et moins d’escapades ou de sports d’hiver.

Alors au delà des chiffres, les secrets bien gardés portent sur ceux qui font des cadeaux et sur la nature de ces cadeaux.

 

1er secret, ceux qui font des cadeaux habitent plutôt dans les villes, et notamment l'Ile de France où résident les plus gros dépensiers du pays (avec 751€), suivis des gens du Sud-est, Rhône-Alpes et PACA (604€), du Nord-est, avec Strasbourg (501€) ou du Sud-ouest avec Bordeaux, Toulouse (415€). Les Bretons et les gens du Pas-de-Calais ne  sont, eux, pas très cadeaux de Noël.

 

2e secret, ceux qui dépensent le plus sont plutôt CSP+, cadres dirigeants et cadres sup et les professions libérales (environ plus de 1000 euros). Ce n’est pas très étonnant, ils touchent les plus gros revenus. Après, on découvre les retraités qui dépensent 650 euros, puis les différentes catégories d’ouvriers et d’employés.

Ceux qui dépensent le plus ont en général plus de 50 ans, ils sont parents et souvent grand-parents. Là encore, c’est plutôt normal. Les cadeaux de Noël sont très souvent le moyen d’aider les nouvelles générations.

 

3e secret, la nature des cadeaux est très surprenante. Une constance dont on ne parle pas, c’est que la moitié des budgets cadeaux sont consacrés à des enveloppes de cash ou des chèques, y compris des chèques cadeaux qui permettent d’acheter la contrevaleur de leur montant dans des enseignes ou des sites de e-commerce. C’est la preuve que les fêtes de fin d’année servent beaucoup à transférer de l’argent d’une génération à l’autre, en franchise d’impôts puisque les cadeaux sont exonérés de frais de succession. A noter que pour les vrais cadeaux, si on exclut les jeux pour les plus petits (le constructeur Lego toujours en tête des jouets), les articles digitaux, tablettes, ordinateurs et smartphones ont toujours la cote, talonnés de près par les abonnements à des bouquets de télévision ou surtout à Netflix. Netflix est le grand gagnant des fêtes de Noël.

 

4e secret, mais il est bien connu des banquiers, les Français préparent Noël très tôt dans l’année. Dès le premier semestre, ils constituent leur cagnotte secrète, ils chassent les soldes, les points de fidélité, les rabais de toutes sortes, les périodes exceptionnelles type Black Friday, autant de formules commerciales qui permettent aux Français de compenser la baisse de pouvoir d’achat... C’est la raison pour laquelle le budget de Noël est un assez bon miroir du climat économique de l’année.

C’est aussi la raison pour laquelle le commerce de détail, qui a pu souffrir pendant les manifestations des Gilets jaunes, a limité les dégâts. Beaucoup d’achats avaient été faits avant le 15 novembre.

 

5e secret, moins secret qu’inattendu. Le e-commerce plafonne à moins de 10% des achats de Noël. On pensait que la croissance très rapide depuis trois ans allait perdurer et même s’accélérer avec le désordre dans les rues commerçantes lors des samedis précédents, et bien, il n’en est rien. Pour le gros des cadeaux, (vêtements, articles électroniques et alimentation de luxe), les dépenses de Noël se font en priorité dans les magasins physiques.

 

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