Les deux crises qui menacent les vacances de Monsieur Hollande

La gouvernance française n’a désormais qu’une obsession : que la France parte en vacances, que les chaînes d’info se mettent en mode d’été, et qu’enfin, les journalistes enfilent leur maillot de bain. Le président de la République sait que sa rentrée de septembre sera très compliquée.

François Hollande est épuisé. Par les voyages, les conseils européens, les conciliabules. La recherche permanente du compromis est certes une méthode de gouvernement mais elle ne résout pas les problèmes, elle cache la poussière sous les tapis. D’où les allergies qu’on mesure dans les sondages.

Les perspectives ne sont pas bonnes. Il n’y a que dans la gestion des attentats terroristes ou leur prévention que le président de la République est à l’aise. Un peu trop même. Ca va devenir louche !

Parce que sur les dossiers économiques, ça part dans tous les sens. L’interview qu’il a donnée le 14 juillets est tombée à plat, comme les feux d’artifice. Les chefs d’entreprises ne croient pas une seconde que le président soit devenu audacieux. La façon dont la loi Macron a été laminée et rabotée, l’attitude trop complaisante qu’il a eu, avec les dirigeants grecs n’ont prouvé qu’une seule chose. Il veut paralyser ou neutraliser les écologistes de Cécile Duflot et le front de gauche de Jean-Luc Mélenchon. Donc il doit les acheter et tout faire pour semer la zizanie dans leurs rangs.

Pour le monde des affaires, « ce n’est pas du niveau d’un président de la République quand le pays est surendetté, avec un déficit extérieur abyssal et un chômage qui dépassé les 10 % de la population active, sans aucune croissance forte à l’horizon ».

A l’horizon, il a surtout des risques d’orages très forts qui menacent l’équilibre des économies européennes. Les premières masses orageuses se sont formées sur la Grèce. Les seconds ont déjà éclaté en Chine.

François Hollande ne veut pas en entendre parler. « Que les Français partent en vacances et on verra cela plus tard.. » dit-il à son entourage.

Sur la Grèce, François Hollande a cru qu’il avait adopté une posture qui lui rendrait service sur le terrain de la politique intérieure. Il va s’apercevoir qu’il n’a là rien gagné. Les frondeurs, les amis de Mélenchon, ceux de Cécile Duflot sont assez découragés par le comportement de Tsipras qui a accepté de négocier un accord dont les bases avaient été refusées par referendum. Tsipras aurait dû avoir un plan B, ou démissionner.

Pour la gauche de la gauche française, le héros de cette aventure est désormais l’ancien ministre de l’Economie qui a démissionné pour ne pas aller affronter le conseil européen. Lui non plus n’avait pas de plan B , mais peu importe, avec son allure de cow-boy hollywoodien, Yanis  Varoufakis, viendra se pavaner aux bras d’Arnaud Montebourg à la fête de la Rose. Deux anciens ministres du Redressement industriel, ça va faire le show. Ils pourront investir la « une » de Match.

Du côté du Parti socialiste, on se gratte déjà la tête, pour allumer des contre feux à l’université d’été de La Rochelle, pour attirer les medias.

Sur la Grèce, ce qui inquiète les dirigeants européens, dont la France (où Bercy fait des calculs dans tous les sens), c’est l’application des termes de l’accord qui a été signé et validé par les Parlements.

D’abord, personne ne croit que la dette grecque est soutenable. Le FMI et la banque centrale européenne l’ont déjà dit publiquement. « 200% du PIB, dans deux ans, c’est intenable ». Mais à Berlin comme à Paris on regardera sérieusement le dossier, après que tous les parlements en Europe auront ratifié l’accord et que la Grèce aura voté tout son train de réformes. Le train sera donc voté.

Mais les Européens, les Allemands et les Français pensent qu’il va dérailler très vite. François Hollande a pris des risques. Mme Merkel aussi parce que son pays est divisé.

Dans l’entourage de Tsipras, on ne se fait pas d’illusions. « On peut toujours voter, dit-on,  les grecs ne paieront pas plus la TVA majorée que la TVA à taux réduit». Sans doute, aurait-il fallu commencer par construire un Etat et mettre sur pieds,  une administration, une fiscalité, un cadastre, avec des bureaux et des experts mais les Grecs auraient pris cela pour une mise sous tutelle. « Les Français sont gentils mais les types de Bercy nous prennent pour un vulgaire département. On n’est ni la Creuse, ni l’Aveyron où il suffirait de nommer des préfets pour remettre de l’ordre ».

Les Grecs ne supportent pas les abandons de souverainetés et c’est compréhensible; mais ils ne comprennent pas que pour protéger sa souveraineté, il ne faut pas avoir trop de dettes.

Tsipras a signé pour une seule raison : « les Grecs ne pouvaient plus supporter que leurs banques soient fermées… ».  Il n’avait donc pas d’alternative, pas même politique puisque ses prédécesseurs avaient échoué avant lui. Sauf que lui, par ses promesses inconsidérées et son manque d’expérience il a, en six mois, démoli un pays qui était en train de se reconstruire doucement.

Les Européens sont de plus en plus nombreux à penser que le projet secret de Tsipras est de sortir la Grèce de l’euro mais le plus tard possible, une fois qu’il aura engrangé le 3e plan d’aide européenne. Le plan qui est en cours de négociation devrait représenter 100 milliards d’euros. Alexis Tsipras a donc joué au poker menteur avec les européens et pour l’instant il a plutôt gagné du temps. Les Européens et la BCE vont verser une enveloppe de première urgence de 7 milliards pour éviter le défaut de paiement et le bannissement des instances internationales.

La banque centrale européenne va relever son plafond de liquidités au bénéfice du système bancaire  Grec… du coup Tsipras a pu annoncer la réouverture des banques dès lundi. Pour ceux qui ont voté Non au referendum, c’est une victoire. Faudra surveiller le montant de l’évasion de monnaie grecque en direction des banques suisses la semaine prochaine,à moins que le gouvernement ne renforce le contrôle des changes, ce qui serait judicieux mais pas très européen.

Tout cela signifie que dans deux mois, il faudra revenir à la table des négociations pour déterminer les modalités de la restructuration de la dette grecque. Ou bien annuler purement et simplement 30 % du total de l’endettement, ou bien repousser de 30 ans, les chances de remboursement.

Mais dans deux mois à la fin de la saison touristique, il faudra aussi définir un modèle économique capable de restaurer la capacité de production industrielle. Ce pays ne peut pas  vivre avec la seule culture des olives que les touristes achètent.

La seule solution pour Alexis Tsipras sera alors de négocier sa sortie de l’euro.

C’est la grande crainte de François hollande qui s’est embarqué dans le soutien à un régime qui n’inspire pas confiance. Même Jean-Luc Mélenchon n’a plus confiance. C’est tout dire. Lui qui avait pris un abonnement sur le vol Paris Athènes.

La crise financière chinoise à moins d’impact directs sur la situation politique en Europe, mais porte plus de risques sur l’équilibre de la situation économique.

Les inquiétudes qui nous viennent d’Asie tiennent en trois chiffres.

Un. La croissance économique est tombée à 7%. Moins que ce que les économistes du parti gouvernement craignaient, mais le niveau est trop faible pour garantir l’équilibre social du pays. La migration des populations en provenance de la campagne vers les villes ne trouve plus à s’employer. Les autorités chinoises veillent donc à soutenir l’activité par une politique de dépenses publiques très généreuse, d’investissement en infrastructures et équipements sociaux (logements, écoles et hôpitaux). Mais Pékin veille également à faciliter le crédit public et privé par des taux d’intérêt extrêmement bas.

Deux. Le deuxième chiffre inquiétant est de ce fait celui de l’endettement… La Chine fait mieux que la Grèce avec un endettement qui atteint 207% du PIB. Cet endettement est géré principalement par des banques publiques. Il est donc très contrôlé par l’Etat qui fait tout, pour éviter les défaillances. Sauf que son poids pèse évidemment sur la capacité de rebond de l’économie.

Trois. Le troisième chiffre mesure l’effondrement de la bourse de Shanghai, 30 % en trois semaines. La bulle qui s’était formée sur les valeurs cotées a explosé. Cette bulle spéculative était essentiellement alimentée par de la dette que les actionnaires individuels avait contractée pour jouer en bourse. Quand le gouvernement a voulu reprendre en main le contrôle de la conjoncture, les spéculateurs ont été pris de court et ont été obligé de vendre pour se couvrir. D’où l’effondrement. Pris de panique, les autorités chinoises ont mis sous perfusion le système financier chinois, à la veille de ce week end.

Cette situation perturbe le système économique chinois qui comme la bicyclette doit rouler assez vite pour tenir en équilibre. Du coup, le ralentissement chinois se répercute sur l’occident. Les marchés chinois se contractent et se ferment. Les défaillances d’entreprises chinoises coupent les circuits d’approvisionnement de l’occident en produits finis. La crise de confiance dans le système financier freine les investissements à l’étranger et par conséquent le recyclage.

Les effets ne sont pas violents mais ils sont sourds et puissants. L’occident tout entier et surtout l’Europe a besoin du dynamisme chinois pour soutenir son propre redressement. L’Europe a aussi besoin des excédents chinois pour financer ses propres endettements.

A priori, les financiers internationaux excluent un risque systémique en provenance de Chine. Ceci dit, le continent asiatique n’exclut pas un tsunami qui l affecterait. Quant aux Occidentaux, en juillet 2008, ils attendaient une crise financière mais ils pensaient tous qu’elle serait circonscrite au continent américain. Personne n’a prédit la déflagration consécutive à la faillite de Lehman Brothers. En juillet 2008, les dirigeants européens n’avaient qu’une envie, partir en vacances.