Les entreprises capitalistes de plus en plus rattrapées par la politique.

 

Entre la guerre en Ukraine, les obligations de protéger la planète, l’émergence des courants Wokistes et la nécessité de respecter des nouveaux codes de bonne conduite entre les hommes et les femmes, les entreprises sont désormais obligées de faire des choix politiques et sociétaux.

La Crise du covid, la guerre en Ukraine, les responsabilités sociales et environnementales, l’émergence des courants du wokisme et les nouveaux codes sexistes, sont désormais entrés dans les entreprises privées sous la pression des salariés, des clients et des investisseurs. Du coup, les chefs d’entreprises sont obligés de s’adapter au changement, ce qui ne les perturbe pas trop parce que cette adaptation concourt à leur compétitivité.

Ce qui est compliqué, c’est que beaucoup de changements ont une composante politique.

1° La crise du covid, par exemple, a obligé certaines grandes entreprises à venir au secours de l’Etat qui n’était pas prêt. Pas de masques, pas de vaccins et peu de soignants, les entreprises qui en avaient la possibilité ont compensé les carences de l’État. Mais là où le Covid a impacté le plus l’entreprise aura été au niveau de l’organisation du travail.  Peu d’entreprises connaissaient le télétravail qui ne faisait d’ailleurs pas partie des revendications classiques des syndicats. Mais aujourd’hui, toutes les entreprises sont obligées de mettre en place une organisation du travail qui corresponde à la demande de flexibilité, de liberté de s’organiser et de travailler autrement. Aujourd’hui, sans aucune obligation, aucune norme et aucune demande syndicale, tous les salariés vont s’organiser pour télétravailler 2 ou 3 jours par semaine. Cette tendance est irréversible. Dans un deuxième temps, les entreprises vont sans doute casser les heures de travail. La traditionnelle 9H 18 h qui est en usage depuis un siècle environ va être remplacé par des horaires beaucoup plus souples et divers. Toutes les entreprises sont en train de réfléchir  à cette révolution.

Avec deux difficultés, d’abord, tous les métiers et toutes les fonctions ne sont pas éligibles à un tel changement. Ce qui va provoquer des inégalités entre les personnels d’une entreprise qu’il va falloir corriger d’une façon ou d’une autre. Ou en temps de non-travail ou en argent. Mais ça n’est pas tout, l’entreprise doit se réorganiser de fond en comble pour s’adapter à cette liberté nouvelle. Le covid a évidemment accéléré le changement.

Les entreprises ne peuvent pas refuser ce changement parce qu’il fait partie des demandes nouvelles des salariés. Si ces demandes ne sont pas satisfaites, les salariés s’en iront.

2° La guerre en Ukraine, son évolution, le comportement de Vladimir Poutine et les réactions des occidentaux ont plongé les entreprises dans l’obligation de dire avec quel pays elles accepteraient de travailler et ceux qu’il fallait ignorer. Comme au temps de la guerre Froide, il existe deux blocs de pays dans la géopolitique mondiale. Deux blocs, deux camps. Les pays occidentaux et ceux qui adhèrent aux principes de l’économie de marché et ceux qui font la guerre ou la soutiennent. La guerre en Ukraine a obligé près de 1500 entreprises d’origine occidentale à sortir de la Russie. Elles se sont exfiltrées pour suivre les décisions de sanctions prises par les États et les gouvernements mais aussi elles sont sorties sous la pression de leurs clients, de leurs salariés et de leurs actionnaires.  

Les rapports avec la Chine ne sont pas aussi braqués, mais ils se durcissent parce que la politique du zéro-covid a installé une chappe de plomb sur l’économie chinoise qui fait fuir les entreprises occidentales. Si un conflit s’ouvrait entre la Chine et les États-Unis, la pression via les sanctions serait encore beaucoup plus pesante.

Au total, les entreprises internationales ont une identité, une culture, une ADN qui les conduit désormais à refuser le commerce avec des pays qui ne respectent pas les valeurs universelles que sont les libertés individuelles, le respect de la vie etc. etc. Les entreprises s’accommodaient des régimes autoritaires non démocratiques , si la liberté de faire du commerce, et de respecter les droits de la concurrence, les contrats juridiques étaient protégés. Mais dans le conflit entre la Russie et L’Ukraine, elles ont découvert que certains comportements étaient décidément inacceptables.  Beaucoup d’entreprise ont modifié leur stratégie de développement pour des raisons morales, mais aussi pour des raisons commerciales et financières parce que une fois de plus, leurs clients ne comprendraient pas, leurs salariés fuiraient cette entreprise s’ils le pouvaient et les investisseurs refuseraient le risque.

Toutes les obligations ou les contraintes liées à la RSE (responsabilité sociale et environnementales sont en train de s’enraciner dans la majorité des entreprises et des organisations patronales. Une entreprise qui veut s’attacher ses salariés, gagner des clients et fidéliser ses actionnaires se doit de lutter contre le climat et protéger l’environnement. L’entreprise de croissance se veut désormais verte sinonelle risque l’opprobre générale et ça lui couterait plus cher. Fin octobre, Danone commémorera le 50 e anniversaire du discours d’Antoine Riboud qui avait expliqué au patronat que l’entreprise ne pût fonctionner que sur deux jambes : l’efficacité économique et le social. A l’époque, les patrons étaient médusés. C’était il y a un demi-siècle. 

Aujourd’hui, un patron qui n’oserait pas parler de RSE serait cloué au pilori parce que ses clients, ses salariés et ses actionnaires veulent du vert.

L’examen de toutes les thèses wokistes d’un côté et toutes celles qui prônent l’égalité des sexes de l’autre. Sans parler des thèses qui défendent la théorie du genre ou de l’écriture inclusive, qui sont plus difficilement solubles dans la gestion d’une entreprise. Ceci étant, tous ces courants obligent les DRH à surveiller et à réguler le climat de l’entreprise. Pas facile d’ignorer ces tendances lourdes qui pèsent sur les structures occidentales parce qu’elles se frottent à la politique politicienne. Et qui s’y frotte s’y pique.