Les entreprises s’inquiètent du blocage politique et poussent au compromis.

Les chefs d’entreprises et les syndicats attendaient la loi sur le pouvoir d’achat avant le départ en vacances. Ils poussent les politiques à trouver un compromis très vite pour éviter une rentrée sociale conflictuelle.

Pas question d’ajouter un risque de conflit social au risque économique. La situation politique issue du résultat des élections législatives inquiète fortement les chefs d’entreprises dans la mesure où elle risque de bloquer des réformes qui permettraient d’amortir les hausses de prix qui amputent le pouvoir d’achat.

Depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine, les chefs d’entreprises savent bien que l’année 2022 serait difficile. Entre la hausse des prix de l’énergie, des matières premières et le ralentissement des échanges internationaux pour cause de sanctions sur la Russie et de menace Covid sur la Chine, toutes les prévisions d’évolution ont été révisées à la baisse. Bercy reconnait d’ailleurs que l’hypothèse de croissance retenue pour cette année sera inférieure à 2,5 %, contre les 7% de rebond l’année dernière.

Cette croissance ralentie combinée à des hausses de prix historiquement élevées contribue à fabriquer une stagflation. La combinaison entre une stagnation d’un côté et une inflation de l’autre. Phénomène climatique assez rare mais explosif sur le terrain social.

C’est pour amortir cette explosion que le ministère de l’économie avait depuis deux mois concocté une potion capable d’amortir le choc et de compenser le trou de pouvoir d’achat :

- un bouclier contre les hausses de prix sur les énergies,

- des chèques alimentaires pour soulager les catégories précaires particulièrement touchées par les hausses de produits de première nécessité,

- des exonérations de charges sur les heures supplémentaires et des incitations fiscales à la redistribution des primes ou à la libération des fonds de participation et d’intéressement.

Parallèlement, la plupart des grandes entreprises avaient engagé des études pour organiser des revalorisations de salaires selon la nature des exploitations et le montant des marges.

Pour la plupart des experts, le dispositif tricoté par Bruno Le Maire avait trois caractéristiques.

D’abord, il ménageait les équilibres macro-économiques en limitant les appels à l’endettement public parce que le dispositif appliqué sur les carburants revient à redistribuer au consommateur le surplus de fiscalité produit mécaniquement par la hausse des prix mondiaux du brut et du gaz.

Ensuite, les aides directes étaient fléchées sur ceux qui en avaient le plus besoin, ceux dont la part des produits de base pesait le plus lourd.

Enfin, parce que dans le projet, les revalorisations de salaires n’étaient pas décidées sur injonction de l’État, mais à l’issue de négociations au niveau des entreprises.

Le problème, c’est que la nouvelle configuration de l’Assemblée nationale va empêcher le passage de la loi. Sauf négociation avec les groupes d’opposition qui défendent des options très différentes.

Le groupe des Insoumis de Jean-Luc Mélenchon réclame une hausse du Smic pour le porter à 1500 euros et un blocage pur et simple des prix (carburants et produits de grande consommation).

Le groupe de Marine Le Pen, lui, défend entre autres, une suppression pure et simple de la TVA sur les carburants et sur les produits de base.

Toutes ces propositions sont sans doute efficaces en termes de communication politique, mais très contreproductives en termes de résultats : une hausse généralisée du smic qui ne correspondrait pas à une hausse des productivité conduit l’entreprise à des difficultés, lesquelles entrainent des pertes d’emplois. Le blocage des prix est inapplicable, sauf à créer de la pénurie, donc du rationnement.

Quant à la baisse de TVA à zéro, c’est évidemment la plus mauvaise idée parce qu’elle prive l’Etat de ses recettes de fonctionnement, et l’oblige à s’endetter encore plus ce qui ne serait pas toléré. Ne parlons pas de l’Union européenne qui surveille très scrupuleusement les taux de TVA pour éviter les distorsions de concurrence.

Sur cette loi pouvoir d’achat, le gouvernement est donc paralysé puisqu’il n’a pas de majorité. Et les entreprises voient arriver le moment où leurs salariés et l’opinion publique n’accepteront pas ce type de paralysie. Les chefs d’entreprise comme les syndicats souhaitent donc un compromis entre le gouvernement et les forces d’opposition. Le problème, c’est que tout le monde les bloque et que les propositions sont très éloignées les unes des autres.

Sur le diagnostic, tout le monde est d’accord. Sur les prescriptions, les propositions ne sont pas conciliables. On ne peut pas bloquer les prix, on ne peut pas réduire à zéro les taux de TVA parce que ces mesures auraient des effets secondaires pire que le mal initial.

La question n’est plus de savoir quelle est la bonne solution, la question va être qui, au final, portera la responsabilité de l’échec. Les électeurs écoutent les propositions mais ils attendent des résultats.