Les Etats européens plaident pour la privatisation comme remède à la crise… Tous, sauf la France

L’Italie vient de boucler la privatisation de sa Poste par une mise en bourse. Pendant ce temps en France, on refuse de se retirer du capital de Renault et on prend le risque de provoquer une rupture avec Nissan. Nous n’avons décidément rien compris au film sur la mondialisation.

Les vieux Italiens, ceux que l’on voyait dans Don Camillo ferrailler avec les curés de village, doivent se retourner dans leur tombe. Matteo Renzi, le jeune Premier ministre au pouvoir depuis deux ans avec une majorité de centre gauche, vient de boucler à la bourse de Milan la privatisation du géant « Poste Italiana ». Cet opérateur historique avait été créé en 1862, au moment de l’unification italienne. Le géant est aujourd’hui une des plus grosses entreprises privées du pays. Pour les Italiens de gauche « très conservateurs », dirait Macron, le choc est terrible ! C’est comme si en France on privatisait SNCF ou EDF.

Financièrement, la mise en bourse a été un succès. La demande de titre a été trois fois plus élevée que l’offre. Les salariés du groupe, pourtant très syndiqués, ont souscrit massivement pour y placer leurs économies. Cette opération est le prélude à une longue série de privatisations qui sont d’ores et déjà programmées dans les transports, les ports et les aéroports, les banques et les assurances.

Quand il est arrivé au pouvoir, la première tâche de Matteo Renzi a été d’expliquer à ses camarades de gauche qu’il fallait reprendre le programme de Mario Monti. A savoir, gérer au plus près les finances publiques, assainir les budgets et le fonctionnement de l’Etat, ramener l’Etat au plus près de ses fonctions régaliennes. Par conséquent, privatiser le plus possible.

Pour Matteo Renzi, la privatisation avait deux intérêts. Dans l’immédiat, elle rapportait de l’argent frais dans les caisses de l’Etat. Ce dernier pouvait ainsi commencer à se désendetter. A plus long terme, Matteo Renzi a toujours expliqué qu’une entreprise privatisée et cotée en bourse appartenait à tout le monde. Aux USA, on appelle une entreprise privée, une société publique parce qu’elle est cotée par le public. Par conséquent, elle est forcément mieux gérée que par des fonctionnaires.

La gauche italienne n’a pas bronchée. Et pour cause, l’économie repart doucement, les créations d’emplois se multiplient plus vite qu’en France. Il faut dire que la privatisation attire les investisseurs étrangers, apporte une marque de confiance et surtout exonère l’Etat a devoir augmenter les impôts.

Quand Manuel Valls reconnait que François Hollande avait fait une erreur de commencer son quinquennat en augmentant les impôts, ce qui a plombe la reprise, il n’est pas allé jusqu’à regretter que l’on n’est pas fait de privatisations.

D’autant qu’en sortie de crise, tous les pays s’y sont essayés. Ne parlons pas de la Grande-Bretagne, qui avait nationalisé ses banques en 2008 pour les mettre à l’abri de la tempête. Deux ans plus tard, chacun y trouvait son bénéfice.

Ne parlons pas des pays de l’Europe du Nord, y compris la Suède, qui a accompagné son programme de baisse d’impôts, d’une importante vague de privatisation. L’Espagne et le Portugal ont utilisé les privatisations pour amortir le choc de l’austérité. Jusqu’à la Grèce, où Alexis Tsipras élu sur un scénario de rupture avec le capitalisme, a fini par mettre en œuvre le plus grand plan de privatisations depuis la dernière guerre. L’Italie avec un gouvernement de centre gauche organise un changement pragmatique et emprunte les chemins du libéralisme dont Sylvio Berlusconi ne voulait pas entendre parler. Tous les pays ont donc trouvé, dans les privatisations, les moyens financiers pour aider au financement de leur redressement.

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La France elle, a regardé les autres s’agiter autour de « l’austérité créatrice » en refusant de plonger  dans les privatisations. Techniquement elle aurait pu. Elle s’est contentée dans un premier temps de conforter les participations de l’Etat dans les entreprises importantes d’où elle avait amorcé depuis dix ans un repli stratégique. Air-France, il aurait fallu en partir. ADP, il aurait aussi et sans doute,  fallu en partir. La Poste aurait pu pousser l’Etat un peu, en dehors du jeu. Et que dire du secteur des transports : la SNCF qui court après l’argent pour rénover ses lignes secondaires et créer de nouvelles lignes de TGV. Que dire d’EDF où il faudra forcément apporter des ressources nouvelles pour financer la rénovation des vieilles centrales et surtout se payer un programme de centrales de la nouvelle génération.

Sur tous ces points, la France a fait silence radio. Elle a même conforté sa dérive culturelle liée à l’interventionnisme en s’ incrustant à la faveur d’une loi Florange aussi stupide que difficile à appliquer mais qui n’a abouti qu’à une seule conséquence : bétonner la présence de l’Etat par un renforcement des participations ou par l’élargissement des droits de vote double.

Le cas le plus caricatural est celui de Renault. L’Etat a, de façon unilatérale, poussé sa participation au capital. Au-delà de la minorité de blocage, ce qui lui permet en théorie de bloquer toutes décisions qu’il considérait comme politiquement incorrecte. Le problème dans cette affaire est que l’incrustation de l’Etat a déséquilibré l’alliance que Renault formait avec Nissan.

Du coup, aujourd’hui, entre Renault et l’Etat français c’est la guerre. Entre l’Etat français et le gouvernement japonais c’est la grogne. Les Japonais n’apprécient guère que les contrats signés de longue date soient remis en cause et pas respectés. Surtout quand ils délivrent des résultats au-delà même des objectifs.

L’Etat n’a rien à faire dans Renault, et Renault n’a pas besoin de l’Etat français. Cette affaire, si elle n’est pas résolue rapidement, risque de faire capoter un des plus beaux mariages industriels français pour sécuriser ce qui pourrait être le premier groupe automobile mondial.

Pendant que l’Italie se dote d’un outil postal moderne capable de s’exporter dans toute l’Europe, il y a des ministres en France qui veulent jouer aux petites voitures en étant sûr qu’elles soient françaises des quatre roues. Dérisoire.