Les forces écologistes repartent en guerre contre les yachts de luxe de la côte d’Azur avec une bonne chance de gagner. Et les vrais perdants seront ...

De Nice à Marseille, en passant par St Tropez, les associations de protection de l’environnement ont déclaré la guerre aux bateaux de plaisance pour les empêcher de jeter l’ancre sur le littoral. Du coup, les armateurs et les propriétaires de bateau ont commencé à déménager en Italie, en Grèce ou en Croatie.

Personne ne sait si le bateau appartenant à Bill Gates, qui est actuellement entretenu dans un chantier de la Ciotat, restera naviguer sur les côtes françaises pendant les mois d’été, comme les années précédentes. Son capitaine recherche un port d‘attache en dehors des eaux territoriales françaises, depuis qu'il a été informé que le yacht ne pourra pas mouiller sur le littoral. Même dilemme pour le bateau du milliardaire russe Roman Abramovitch qui est actuellement en travaux à la Ciotat et qui doit reprendre la mer à la fin du mois. Mais quelle mer ?

Ces bateaux sont de véritables monstres des mers. Des monstres de luxe et de technologie. Ils n’ont couté pas moins de 500 miilions de dollars en construction et aménagement, ils mesurent plus de 130 mètres et nécessitent entre 50 et 100 hommes d’équipage. Leur cout de fonctionnement et d’entretien hors équipage, en ravitaillement, est estimé à 100 000 euros par jour, hors équipage à temps plein souvent étranger et amortissement.

En quelques années, la France, qui avait perdu la plupart des chantiers de construction maritime, à l’exception des chantiers de St Nazaire, MSM, spécialisés dans la grande croisière, la France a regagné un marché connexe, celui de l’entretien, de l'aménagement et de la fourniture de ces grands yachts.

La décision prise par les affaires maritimes porte sur les bateaux de plus de 24 mètres. La flotte mondiale de ces bateaux de grand luxe représente 12 000 unités. Aussi étonnant que ça puisse paraître les entreprises françaises installées à la Ciotat, à La Seyne sur mer, à Antibes, Cannes ou Monaco qui gèrent l'hivernage, l'entretien et souvent l’exploitation de la moitié de cette flotte. La France a réussi a capté 50% de ce marché très particulier. Ce qui représente des milliards d’euros en recettes fiscales et rentrées d'argent pour les  économies locales et plus de 120 000 emplois qui sont des emplois qualifiés.

La circulaire qui vient tout chambouler est sortie à la fin de l’année 2020, la veille du 31 décembre  en plein Covid. Elle est passée inaperçue ou presque.

Dans la situation désastreuse et angoissée où était le pays, l’opinion publique  la presse et la classe politique n'allaient pas se mobiliser et pleurer sur la menace qui pesait sur tous ces yachts de luxe. Leurs propriétaires eux-mêmes auraient voulu mobiliser les foules qu’ils n’auraient trouvé personne pour pleurer sur leur sort.

Aujourd’hui, tout change, l’économie s’est réveillée, les commandes et les contrats d’entretien ont été pour la plupart renouvelés et les gestionnaires de yachts espèrent bien que tout sera prêt en juin pour profiter d’une saison qui s’annonce historique.

Le problème, c’est qu’ils se rendent bien compte qu’un bateau de plaisance est très agréable en mer, mais il est encore plus appréciable dans une crique isolée ou devant une plage équipée de restaurants à la mode. Certains, et notamment les plus gros, ont donc déjà pris la décision de partir dans des contrées moins pointilleuses, l’Espagne, l’Italie, la Grèce, la Croatie. Tous ces pays se frottent les mains et s’annoncent prêts à accueillir ces cash-machines flottantes.

Mais là où le problème se « corse « ,  sans jeu de mots parce que la Corse aussi est visée, c’est que les associations de protection de l’environnement ont bien l’intention d’obtenir de l’administration qu‘elles élargissent cet interdit aux bateaux plus petits, qu’ils soient à moteur ou à voile, des bateaux entre 8 et 20 mètres qui ont eux aussi besoin de mouiller quand ils veulent s’arrêter pour une nuit ou un bain... Du coup, c’est l’ensemble de l’industrie de la plaisance qui se retrouve dans le collimateur.

En période électorale, à quelques semaines des élections régionales, les écologistes ont bien compris qu’ils avaient là un levier d’influence.

Parce que tant qu’ils s’attaquaient aux sapins de Noël à Bordeaux, au Tour de France, aux planeurs qui ne doivent pas faire rêver les enfants dans le ciel du Loiret ou au club de voile du lac de Vincennes, ils déclenchaient les sarcasmes de tout le monde et frôlaient le ridicule en dévoilant leur vraie nature d’ayatollah de la croissance et du progrès.... Mais en s’attaquant à la plaisance, ils fustigent les riches en s’attaquant à un vrai problème : celui de la pollution. Tout en prenant le risque d’hypothéquer une industrie en plein rebond d’après Covid où la France cartonne.

Ils trouvent donc des soutiens dans la population qui ignore le plus souvent le véritable enjeu. Parce que l’enjeu est économique et social.

Renaud Muselier, qui joue une partie difficile lors des prochaines régionales, ne pouvait pas laisser ces courants écolo contrôler le discours public et surtout le débat politique. Il vient donc de réagir en soutien des industriels qui sortent à peine de la crise du Covid et en soutien à l’emploi qui a été protégé pendant les confinements grâce à l’argent public de l’assurance chomâge partiel.  

« Nous avons développé une industrie de la plaisance unique au monde, la région Paca l’a beaucoup soutenue pendant le confinement, je comprends la colère des milliers d’artisans et de petites entreprises qui vivent sur le marché en pleine expansion. Il va donc être de l’intérêt de tout le monde de trouver des solutions alternatives aux mouillages actuels, qui peuvent c’est vrai, détruire une partie de la flotte sous-marine et trouver des codes de bonne conduite en mer pour la tranquillité de tous. Mais en attendant, il faut les laisser reprendre leur souffle. Ils sortent à peine la tête hors du Covid.

Les solutions techniques non dégradantes et non polluantes pour l’environnement existent. Quant au comportement des plaisanciers, c’est une question de responsabilité individuelle.»