Les Français soutiennent les agriculteurs mais sont-ils prêts à payer plus cher ?

Le mouvement de révolte du monde agricole s’est un peu calmé, le temps de laisser les Français partir en vacances. Mais les agriculteurs n’abandonneront pas la lutte tant qu’ils ne percevront pas une hausse des prix de la viande de bœuf, du porc et du lait.

Pour les agriculteurs, le problème ne se résoudra pas à coup de subventions d’argent publique, il se résoudra quand leurs marges de production se seront améliorées. Le problème est très simple et il rejoint celui de tous les entrepreneurs. Pour vivre de son travail de production, il faut que la valeur qu’ils créent, se réalise sur un marché. C’est très marxiste comme équation mais Marx n’a rien inventé d’extraordinaire, il a seulement très bien expliqué la théorie de la valeur.

La mission de l’entrepreneur est de créer de la valeur puis de la réaliser en espérant que la différence entre ce qu’il réalise et ce qu’il dépense pour la créer lui permette de vivre et de préparer l’avenir.

C’est assez étonnant que les politiques de gauche, formés au socialisme classique, n’aient jamais compris le monde de l’entreprise. Ils ont toujours considéré que l’entreprise était un lieu d’exploitation et non de création de valeur.

La demande des agriculteurs aujourd’hui n’est pas différente. Ils veulent vivre de leur travail et dégager des marges. Leur demande immédiate est donc d’obtenir des conditions de marché qui leur permettre de négocier des prix plus généreux.

Au-delà de cette revendication, le système économique a trois moyens complémentaires pour répondre à ce type de demande, mais encore faut-il que l’écosystème le  permette. Ce qui n’est pas le cas.

Le premier moyen d’obtenir des prix améliorés est d’affronter les forces de la concurrence. Soit ils pèsent sur la grande distribution, laquelle a pour priorité de baisser les prix. Soit ils jouent sur la qualité et la valeur de leur produit. Donner de la valeur aux productions agricoles,  est l’obsession des agriculteurs intelligents. Ca passe par la production de proximité, ça passe par le bio, le marketing et cela nécessite une organisation particulière. Il ne s’agit plus de faire, mais de faire savoir que ce qu’on fait est bien. C’est compliqué, mais c’est possible. Le monde agricole y travaille. Mais le monde agricole sait bien qu’il ne pourra pas satisfaire la totalité des besoins alimentaires avec des produits bio par exemple. le produit Bio est un produit de luxe, destiné à des clients riches. Les écologistes dans leur cynisme ne veulent pas le reconnaitre. Mais leurs revendications accroissent les inégalités alimentaires.

Le deuxième moyen d’obtenir des marges serait de baisser les coûts, mais pour baisser les coûts, il faut augmenter la productivité et pour augmenter la productivité, il faudrait en avoir le droit. Les agriculteurs sont dans la position de chefs d’entreprises à qui l’on demande des efforts de productivité mais à qui on interdit les outils de la productivité pour une multitude de raisons et de prétextes souvent fallacieux. Il leur faut à la fois protéger l’environnement, les animaux, la santé animale et respecter le consommateur en essayant qu’il paie le moins possible.

Et bien, le challenge de l’agriculteur français est impossible à tenir. Du moins en économie ouverte quand les concurrents n’ont pas les mêmes contraintes fiscales, sociales ou environnementales. L’Allemagne a des mouvements écologistes puissants qui ont arrêté l’industrie nucléaire mais libéré l’industrie agricole.

La clé de sortie de ce blocage, c’est affranchir les agriculteurs de toutes les contraintes qui pèsent sur leurs activités. Dans ce cas la, ils pourront trouver sur le marché les moyens de vivre décemment.

Le problème des agriculteurs n’est pas diffèrent de ceux que rencontrent les entreprises du bâtiment et du logement, les industriels de la mécanique ou de l’informatique. Ils veulent pouvoir créer de la valeur et la réaliser auprès de leurs clients. Si on règlemente le prix des denrées alimentaires, l’effet sera catastrophique pour les filières mais en plus, le client ne l’acceptera pas. Si on laisse le producteur libre de son modèle, le consommateur le soutiendra.