Les frondeurs emmenés par Martine Aubry partent à l’attaque de François Hollande pour qu’il lâche ses 6 milliards de cagnotte

La semaine qui s’ouvre va encore être surréaliste en termes de communication politique. Pendant que l’opposition de droite se réunit mercredi pour essayer de s’entendre sur la nécessite d’un plan d’économie de dépenses budgétaires de 100 milliards d’euros sur 5 ans, les frondeurs vont partir à l’assaut de François Hollande pour qu’il distribue la cagnotte budgétaire de 6 milliards d’euros découverte par l’Insee.

Le gouvernement, qui n’a jamais été à cours d’idée pour dépenser l’argent public, se retrouve donc avec 6 milliards de bonus par rapport à ses prévisions. Du coup, son entourage déborde d’imagination.

Quelle aubaine ! François Hollande se prépare à entrer en campagne électorale avec un mini pactole qui pourrait lui permettre d’huiler certains rouages et  » acheter quelques groupes d’électeurs récalcitrants « . `

Alors, avec 15% seulement de Français qui lui restent favorables, le nombre de réfractaires à séduire pour former une majorité est conséquent, mais on peut toujours essayer.

Après tout, François Hollande s’était engagé à réduire le déficit budgétaire de 3,8%, avec une croissance économique de 1%; il se retrouve désormais avec un déficit à 3,5% et une croissance possible de 1, 5%…Il va donc franchir la ligne avec 6 milliards de  » trop  » par rapport à son objectif prévisionnel.

Pour n’importe quel gestionnaire, cela signifie que les opérations évoluent plus vite que prévu, mais enfin pas de quoi de crier victoire. La maison France continue de s’endetter, avec une croissance qui ne permet pas créer des emplois.

Pour les socialistes, et notamment ceux qui grognent ou qui ont besoin que le président reste en fonction pour protéger leur propre job , c’est une cagnotte. On retombe sur la jurisprudence Jospin qui avait cru pouvoir gagner les présidentielles contre Chirac avec cet argent. Qel erreur !

En attendant, les idées ne manquent pas et leurs auteurs se bousculent à la grille de l’Elysée. Les projets se partagent en deux catégories de mesures.

D’abord , il y a tous les projets de relance de l’économie par l’investissement . De nombreux députés vont remonter mardi de leur circonscription avec des paquets de suggestions pour soutenir les investissements dans les collectivités publiques qui sont au régime sec depuis deux ans. C’est fou les kilomètres de routes et les parkings, et les rond-points à faire ou à refaire. C’est extraordinaire le nombre d’écoles maternelles et de collèges à restaurer. Il y aussi le dernier volet des investissements d’avenir à accélérer.

Ensuite, il y aussi tous les projets de relance par la demande, et cette demande passe par une revalorisation du salaire des fonctionnaires qui était bloqué, et par des allègements fiscaux pour venir en aides aux ménages les plus modestes. Sans parler des exonérations de charges et d’impôts liées à l’application de l’impôt a la source, la distribution d’aides aux jeunes sans emploi de moins de 28 ans. Bref, accroitre la demande de biens de consommation.

Entre l’aide aux investissements publics et l’aide aux catégories les plus défavorisées, il y a de quoi dépenser encore deux ou trois cagnottes. En gros, 18 milliards d’euros.

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C’est Martine Aubry et les députes frondeurs qui sont à la manœuvre, appuyés par des anciens du cabinet Jospin qui connaissent bien cette problématique de la cagnotte.

Après tout, le président peut-il leur refuser quelques chose ?

Ces frondeurs expliquent que ce plan de relance à l’économie permettrait de faire repartir l’emploi. Bien ciblé, cet argent permettrait surtout de sauver leur siège de députes et d’aider le président lors de la présidentielle.

On va donc assister à un grand classique : les néo-keynésiens se réveillent toujours avant des élections.

Economiquement, le résultat ne sera pas brillant. La cagnotte en question n’est pas le produit d’une bonne gestion des dépenses publiques. La cagnotte de 6 milliards est le produit d’une amélioration de la conjoncture internationale dont la France réussit à capter un demi-point de croissance lié à la baisse du prix du pétrole et de l’euro.  Pas de quoi se vanter. Quant a la baisse des dépenses publiques, elle avait touché essentiellement les investissements et surtout pas le fonctionnement. Du côté des fonctionnaires, ils ont réussi à gratter un rattrapage de pouvoir d’achat et à repousser les réductions d’effectifs.

En clair, il n’y a rien dans la gestion qui puisse préparer l’avenir. Donc économiquement, c’est nul.

Politiquement en revanche, ça peut être sensible. Après tout, caresser le corps de la fonction publique dans le sens du poil c’est essayer de rattraper le cœur de l’électorat de François Hollande. Allouer des indemnités aux jeunes sans boulot, c’est plus facile que de leur trouver du travail.

La campagne électorale va être une fois de plus surréaliste.

D’un côté, un président sortant qui a trouvé dans la politique monétaire ultra généreuse de Mario Draghi, les moyens de ne pas engager les reformes de structure et qui peut se retrouver seul à gauche à défendre cette posture.

De l’autre, une opposition de droite qui va devoir expliquer l’inverse mais qui se retrouve complètement divisée pour tenir un langage de vérité.

Comment prévenir et séduire une opinion publique que l’urgence des urgences pour préserver l’avenir sera de dégager 100 milliards d’euros d’économies sur les dépenses publiques, alors que le président laisse dire qu’il existe une cagnotte pour raser gratis ?