Les grandes entreprises veulent accélérer la vaccination et l’usage quasi- obligatoire du pass sanitaire.

Alors que l’administration s’y oppose encore, les grandes entreprises passent outre et commencent à vacciner les salariés qui le veulent. Parallèlement, ils réclament la généralisation du pass sanitaire, seul moyen de réinstaller un climat de confiance.  

Le pass sanitaire ne sera sans doute jamais obligatoire, mais il sera indispensable pour profiter d’une vie presque normale. Affaire de bon sens partagé par le plus grand nombre.

Paradoxalement, cette formalité, considérée comme liberticide et inconcevable dans un pays comme la France qui a inventé la démocratie, va devenir incontournable pour pouvoir exercer sa liberté individuelle d’aller et venir dans la vie quotidienne et professionnelle.

Alors que la majorité des Français étaient assez violemment opposés au principe même du vaccin, les voilà qui se précipitent désormais pour recevoir une première dose, et notamment les jeunes, qui font la chasse aux rendez-vous sur les quelques applications qui gèrent cette opération et qui s’avèrent beaucoup plus efficaces que l’administration publique de l’assurance privée.

Coté vaccination, les objectifs seront sans doute atteints : 20 millions de primo-vaccinés à la mi-mai. 30 millions à la mi-juin, plus de 50 millions à la fin de l’été. On peut penser qu’en septembre, la France entière bénéficiera d’une immunité collective. Notamment grâce à des initiatives privées qui se sont multipliées autour de Doctolib, pour faciliter l’organisation de cette campagne.

Mais ce qui est intéressant, c’est qu’à coté des centres installés par les municipalités, à coté des labos, des médecins libéraux, des hôpitaux et même des pharmaciens, les grandes entreprises sont entrées dans le jeu, contre d’ailleurs la position de la médecine du travail et de l’administration de la santé qui trainaient des pieds. Pour ces entreprises-là, il s’agit de répondre à une demande de leur personnel dans le but de favoriser le retour au bureau ou dans les ateliers. Même si le télétravail leur a permis d’inventer une nouvelle organisation qui pourra perdurer, selon des modalités qui sont négociées avec les syndicats.

Mais si les entreprises commencent à vacciner aujourd’hui, c’est parce que leurs responsables et leurs collaborateurs considèrent ces vaccins sont les clefs nécessaires au retour de la confiance.

Parallèlement à la vaccination, il est évident que la possibilité d’utiliser un pass sanitaire fait son chemin. Ce projet de rendre obligatoire cette sorte de passeport vert, qu’il soit digital sous forme du QR code ou papier sous forme de certificat ou carnet de vaccination, ce projet-là a été combattu pendant de longs mois par une partie de l’opinion, la classe politique et médiatique. Tous ces opposants considéraient qu‘il s’agissait là d’une atteinte insupportable à la liberté individuelle, allant même jusqu’à créer des inégalités entre ceux qui auraient un passeport et ceux qui n’en auraient pas.

En quelques semaines, le vent a tourné. La Cnil, « le gendarme qui veille aux libertés » a amendé son diagnostic, le Parlement, après beaucoup de tergiversations politiciennes en a autorisé le principe. Et surtout, l’Union européenne, à l’initiative de Thierry Breton, a annoncé que la Commission sortirait un modèle de pass sanitaire valable dans l’Union européenne.

Résultat : depuis quelques jours, l’application «Tous anti-Covid», qui avait été lancée par l’état au début de la pandémie sans beaucoup de succès, a été mise à jour pour intégrer l’état sanitaire : date de la vaccination, type de vaccins, différents tests effectués, analyses des anticorps pour ceux qui ont été malades du Covid. Toutes ces informations se traduisent par un QR code qui peut être téléchargé, en donnant son numéro de Sécurité sociale. En quelques jours, beaucoup de Français se sont aperçus que cette présentation était beaucoup plus opérationnelle et pratique que toutes les attestations papier qu’on nous infligeait pendant les confinements.

Alors ceux qui restent opposés au pass sanitaire, et même à toute forme de contrôle, continuent d’être fous furieux, mais ils sont beaucoup moins écoutés parce qu’on se rend compte que la contrainte du pass sanitaire est dérisoire par rapport à la sécurité sanitaire qu’il procure. Question de bon sens. 

A partir du moment où la vaccination sera accessible à tous, le pass sanitaire ne créera pas d’inégalités, ou alors elles seront voulues et assumées. On pourra toujours refuser les vaccins, mais en connaissance de cause. Le permis de conduire est obligatoire certes, mais ce qui n’empêche pas certains de conduire sans. Au risque de mettre en danger et leur vie et surtout celle des autres.

Ce pass sanitaire sera opérationnel à l' échelle européenne début juin, une sorte de permis de vivre ensemble.

Normalement, il est déjà quasi obligatoire pour voyager hors des frontières et il sera demandé dans beaucoup d’activités.

Le gouvernement a donc précisé, à la demande de la CNIL qu’à partir du 9 juin, les réunions de plus de 1000 personnes seront accessibles sur présentation d’un test négatif et/ou d’un certificat de vaccination... Ce qui va concerner les chapiteaux, les théâtres, les salles et foires exposition, les stades, les casinos, les festivals, les compétitions sportives, les bals etc ...

A priori et pour l’instant, la CNIL n‘autorise pas l’usage du pass sanitaire à l’entrée des grands magasins, des lieux d’enseignement, des bibliothèques, des cinémas, des campings... Il est vrai qu‘Emmanuel Macron avait rappelé sa volonté de ne pas introduire de discrimination dans la vie quotidienne. Mais on voir bien que l’administration se perd dans la complexité bureaucratique quand il s’agit de définir les lieux et les activités qui nécessiteront le pass sanitaire et les autres.

La vérité, parce que là encore, c’est une question de bon sens, c’est que quand il y aura  50 millions des habitants protégés, ces habitants-là n’accepteront pas d’être privés de liberté pour permettre à quelques-uns de vivre libres de ne pas être vaccinés, c’est à dire de porter le risque de faire repartir la pandémie.

Au bout de quelques semaines, sans doute à l'été, on verra une majorité d’entreprises, de magasins, de bars, de restaurants, de cinémas, de boites de nuit (même si elles sont en plein air), de trains TGV, d’avions… conditionner leur accès au public à la présentation d’un QR code attestant de l’état sanitaire.

Là encore, question de bon sens que de posséder ce sésame de la liberté ou tout simplement de la vie ordinaire.