Les grandes manoeuvres de François Hollande pour occulter la réalité désastreuse de la situation économique

Le Président prépare depuis dimanche ce qui sera sa stratégie pour l’année prochaine : tout faire pour oublier les désastres économiques annoncés et apparaitre finalement comme le seul capable d’affronter le Front national.

Le Président prépare depuis dimanche ce qui sera sa stratégie pour l’année prochaine : tout faire pour oublier les désastres économiques annoncés et apparaitre finalement comme le seul capable d’affronter le Front national.

Toute cette semaine, les services de l’Elysée ont radiographié les prévisions de l’Insee pour 2016 et 2017. Les notes qui ont été données comme éléments de langage au Président, comme aux principaux ministres qui s’expriment depuis vendredi, mettent l’accent sur la probable éclaircie de la conjoncture.

Ni à Bercy, ni à Matignon, ni au PS, on n’ose parler de l’inversion de la courbe du chômage, mais on insiste grassement sur l’accélération de l’activite au 2e semestre qui va se prolonger en 2016, si l’on en croit le document de l’Insee. C’est vrai que les économistes perçoivent un redémarrage. On devrait terminer l’année à un rythme annuel de 1,1% puis accélérer de 0,4 % au premier semestre 2016.

Pas de quoi pavoiser. Bien sûr, en s’inscrivant sur une pente de 1,4% en 2016, on sera trois fois mieux que ce que l’on prévoyait. Mais comme on ne faisait déjà « rien », on fera désormais trois fois rien. Ce n’est pas beaucoup.

Ce qui est intéressant pour les médecins de l’économie, c’est que cette légère reprise, qui ne sera pas suffisante pour déclencher les décisions d’emplois, est essentiellement due selon l’Insee à la baisse des prix du pétrole, à l’argent gratuit et à la baisse de l’euro. Or, nous ne trouvons rien ou presque dans la compétitivité française, rien dans le rééquilibrage des déficits (extérieurs et budgétaires), rien dans les investissements qui pourraient relancer les machines.

Pour ce qui est de l’impact des facteurs pétrole, taux et monnaie, nous n’avons aucune garantie de stabilité. L’environnement est très incertain, les émergents sont en panne et l’économie américaine ralentit.

La seule région dans le monde qui dispose d’un potentiel de croissance, c’est l’Europe parce que la politique monétaire reste très généreuse. Mais cette générosité ne profitera qu’aux pays qui a engagés les réformes structurelles capables d’améliorer leur compétitivité. Ces réformes commencent d’abord par des efforts d’ajustement budgétaires. Ce qu’ont fait tous les pays européens avec, pour certains, beaucoup de difficultés. Tous, sauf la France qui a toujours trouvé plein d’excuses pour s’exonérer de ces efforts et s’affranchir des contraintes de Maastricht.

Le résultat, c’est que la France est dans la position la plus fragile par rapport à cette perspective d’amélioration, et aussi la plus vulnérable par rapport à un dérèglement de la planète pétrole, taux ou euro. Résultats, les agences de notation viennent d’envoyer un avertissement au gouvernement.

Standard and Poor’s, et Fitch ont pour l’instant maintenu la note AA  sur la France assortie d’une perspective négative. Ce qui veut dire que, dans six mois, si la France n’a pas amélioré ses grands équilibres, elle sera forcément dégradée. L’examen des grands agrégats qui a eu lieu, à la veille du deuxième tour des régionales a d’ailleurs été sportif, les analystes des agences se sont inquiétés avec raison des coûts entrainés par la réponse aux attentats. Ce qui les préoccupe, ça n’est pas tant le coût direct de la politique sécuritaire décidée, ce qui a d’ailleurs motivé, une demande d’indulgence auprès de la commission.

<--pagebreak-->Non, ce qui préoccupe les agences de notation c’est l’incapacité du gouvernement à maintenir les dépenses publiques à un niveau auquel il s’était engagé, indépendamment  des dépenses contraintes par la lutte contre le terrorisme.

Les agences de notation ont donc mis en garde le gouvernement en le prévenant qu’il était en risque de dégradation à cause d’endettement excessif. Dans ces conditions, les efforts faits pour relancer la compétitivité ne seront pas suffisants tant que, parallèlement, on n’aura pas engagé un vaste programme de diminution des dépenses publiques. La réalité de la situation économique ne permet pas au gouvernement d’être optimiste sur un retour à court terme du dynamisme et de la création d’emplois.

Dans ce contexte-là, François Hollande se met en position de ne pas être comptable d’un bilan qui ne lui serait pas favorable. Si on doit, lors de la présidentielle, juger son bilan, il sera aussi celui de Manuels Valls. Au premier tour, il peut pour ne pas affronter l’extrême gauche que le programme conduit par le Premier ministre n’a pas généré de résultats. La faute en incombe donc aux démocrates.

Au deuxième tour, il peut aussi expliquer  que le programme d’ouverture et de compétitivité qu’ il avait demandé au Premier ministre n’a pas pu être mené à son terme. Dans les deux cas, il sacrifie Manuel Valls et à l’issue du deuxième tour, il rattrape Emmanuel Macron pour rassurer l’élargissement de son assise électorale.  La stratégie politique de François Hollande s’est étonnement clarifié cette semaine. Il espère avoir créer une situation politique qui lui sera très favorable sans avoir à rendre des comptes sur les dossiers économiques et sociaux.

1er point, il fait les yeux doux à Xavier Bertrand et  à Christian Estrosi pour bien souligner la réalité des fronts républicains et la réalité de l’adversaire Marine le Pen.

2eme point, il donne à Manuel Valls la responsabilité de la politique de l’emploi. Du coup, il la retire à Emmanuel Macron. Ca n’est sans doute pas pour le sanctionner, mais plus surement pour le protéger. Au lendemain des présidentielles, il peut alors congédier son Premier ministre et récupérer Emmanuel Macron.

3e point, il va pouvoir se consacrer essentiellement à l’élimination des risques de condidature à gauche autre que la sienne : Cécile Duflot, Jean Luc Mélenchon et Arnaud  Montebourg (on ne sait jamais), et organiser son face à face avec Marine le Pen.

4e point, cette stratégie ne peut fonctionner que s’il réussit à éliminer du débat l’examen de la situation économique.

Les discours officiels de fin d’année seront tous sur le même modèle. La vraie richesse de la France ce sont ses valeurs, son identité, sa concorde nationale, son destin etc. Toutes choses importantes bien sûr mais dont les Français ne sont pas obsédés. En revanche, il sont plus obsédés par la dernière ligne de leur feuille de paie et par la perspective de travail. Dont on parlera le moins possible. Même De Gaulle n’aurait pas osé parler de façon aussi monocolore. La grandeur de la France pour de Gaulle était plus économique, commerciale que politiquement correcte.