Les grands patrons allemands félicitent et adoubent le couple Valls-Macron

Techniquement, le soutien de l’industrie allemande à la politique économique française est une bonne chose. Politiquement, Manuel Valls et Emmanuel Macron préfèreraient que le soutien en question ne soit pas trop ébruité.

Ce soutien s’est d’abord manifesté, la semaine dernière en vase clos, lors des journées de rencontres franco-allemandes. Ces journées ont lieu chaque année dans le secret de l’hôtel Royal d’Evian qui est la propriété du groupe Danone. Pendant plus de 24 heures, dans un huis clos absolu, les plus grands patrons allemands travaillent avec leurs homologues français du CAC 40 et, en prime, la présence d’un certain nombre d’experts et quelques responsables politiques des deux pays. Cette année, Manuel Valls avait été convié à écouter les patrons puis à s’exprimer sur la stratégie de la politique économique française.

Ces travaux sont strictement confidentiels, ils ne donnent lieu à aucun communiqué. Pas de portable, pas de Tweet et aucun journaliste ne peut assister aux séances. Par conséquent, la règle c’est le parler vrai. La langue de bois étant réservée aux plateaux de télévision et aux militants.

Pas de grosse surprise, les grands patrons français ne vendent pas la mèche. Gérard Mestrallet, Fréderic Oudéa et autres Franck Riboud sont peu diserts et appliquent la règle. Mais Thierry Breton est plus enclin à communiquer. Son passé de ministre sans doute. Les patrons allemands qui ont rarement deux langages parlent plus facilement, d’autant que quelques fédérations professionnelles d’outre-Rhin ont publié des études sur les rapports entre l’économie française et l’économie allemande afin de préparer les budgets 2016.

De tous les propos et rapports en provenance d’Allemagne, on en retient trois choses rendues  publiques par les dirigeants allemands. Tout d’abord, ils considèrent que l’état de la France s’améliore. En dépit des chiffres de croissance qui restent modestes, faute de compétitivité et d’investissements, ils affirment que le diagnostic posé d’un déficit de compétitivité est le bon.

Ensuite, ils estiment que le discours porté depuis un an et les reformes faites, vont dans le sens d’une amélioration de la compétitivité. Enfin, les patrons allemands affirment que ce renversement de tendance est directement imputable à l’ambition de Manuel Valls. Et relayé par le pragmatisme de marché d’Emmanuel Macron.

Si seulement Valls pouvait être en position de poser sa candidature en 2017, le couple franco-allemand pourrait faire des malheurs et l’Europe pourrait offrir une véritable perspective aux jeunes générations, pensent tout haut ces quelques patrons. Ces derniers estiment que leur propre pays aurait besoin d’un partenaire fort. Pas un béni-oui-oui, un partenaire qui soit complémentaire.

La grande industrie allemande pense que la France a enfin compris qu’il fallait conjurer les vieux démons qui l’angoissent. Pour les Allemands de la Ruhr, la France aurait enfin compris que la mondialisation était incontournable et qu’il fallait l’affronter, que la concurrence de marché était inéluctable. Le patron de Mercedes a même lâché cette phrase : « je pense que si les Français achète autant de voitures allemandes, c’est sûrement pas parce qu’elles sont moins chères. Et d’ajouter, nos concurrents de chez Renault et PSA en ont tiré les leçons ! »

Enfin, dernier démon à abattre la peur du progrès technique et du risque. Les Verts allemands ont politiquement un poids plus important qu’en France, mais ils sont mille fois plus responsables. Quand une revendication ne passe pas, ils ne sombrent pas dans le gauchisme : ils jouent le compromis.

Conclusion : « Bravo Manuel Valls », disent-ils. Avant d’ajouter quelques conseils parce que la route est encore très longue pour rattraper un taux de croissance créateur d’emplois. Trois séries de conseils très amicaux mais très cadrés en forme de recommandations. A l’allemande quoi.

Le premier conseil, accroître l’effort de compétitivité des entreprises françaises par la baisse des charges et la simplification administrative, sociale et fiscale. C’est la clés du retour de l’investissement et donc de l’emploi.

Le deuxième conseil, simplifier le code du travail en faisant reposer l’essentiel des règles sur la négociation au sein même de l’entreprise. On retrouve-là l’essentiel des recommandations de la mission Combrexelle qui prône la réduction du champ de la loi au profit des accords de branche ou d’industrie. Mais cela n’est possible, disent les patrons allemands que si l’on renforce la représentation syndicale qui est, en France, une des plus faible de l’Europe.

Dernier conseil : poursuivre la politique d’assainissement budgétaire ou, à minima, ne pas laisser dériver les dépenses publiques. Tout euro en plus dépensé dans le fonctionnement de l’Etat, c’est un euro en moins dans l’investissement industriel.

Les compliments adressés à Manuel Valls et à Emmanuel Macron leur font chaud au cœur certes, mais ce sont aussi des cadeaux empoisonnés. La gauche française les prend comme autant de marqueurs pour reprocher au Premier ministre d’avoir abandonné les convictions de départ.

La critique la plus cynique entendue revenait à dire que les Allemands, finalement, recommandent d’appliquer le modèle allemand ! Ce n’est pas faux. Sauf que le modèle allemand a aujourd’hui plus de force pour protéger les valeurs que défendent les Européens. La gestion des migrants le montre de façon spectaculaire et historique.

Pour la majorité des patrons français, il n’y a pas de modèle français ou de modèle allemand,  il y a des modèles efficaces et d’autres qui ne le sont pas.

Le problème, c’est que la politique a ses raisons que l’économie ne supporte pas toujours. Manuel Valls et Emmanuel Macron sont adoubés par les patrons d’entreprise français et allemands. Mais les patrons allemands ne votent pas en France. Quant aux patrons français du CAC 40, ils sont loin de faire une majorité.

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