Les hésitations peu glorieuses de la France face à la crise des migrants

Par l’accueil massif de populations perdues, par la mise en place de structure d’intégration, par la mobilisation de son opinion publique, l’Allemagne a une fois de plus pris le leadership en Europe. Elle administre une leçon magistrale à tous ceux qui ne savent que pleurer sans agir. C’est le cas de la France et c’est honteux.

Ce week-end, le choc des images a été redoutable avec cette photo du corps d’un enfant rejeté par la mer sur une plage turque. Une image qui a soulevé une émotion gigantesque dans le monde entier.

Et puis, on a eu ces colonnes de réfugiés épuisés par un long voyage, mais refusés par les autorités Hongroises, reconduits à la frontière autrichienne puis en Allemagne.

Et puis, on a vu cet accueil enthousiaste de 3000 réfugiés arrivés à la gare de Francfort. On a vu ces Allemands pauvres et riches se mobiliser et le sourire enfin de tous ces Syriens à l’adresse des autorités allemandes. Avec son projet d’accueillir 800.000 réfugiés sur l’année, Angela Merkel est entrée dans l’histoire de l’Europe.

Pendant ce temps-là, qu’a-t-on fait en France ? On a certes mobilisé les consciences sur le terrain de la morale. Le ministre de l’Intérieur a certes envoyé une circulaire aux maires pour qu’ils recensent les possibilités d’accueil et on a entendu, des experts et des responsables politiques, venir expliquer sur les antennes que la France n’avait pas comme l’Allemagne les moyens d’accueillir autant de misère. C’est vrai, mais la faute à qui ?

Qu’a-t-on fait pour redresser notre situation économique à la hauteur de celle de notre grand voisin ? Qu’a-t-on fait pour expliquer que notre politique d’immigration est bancale, inefficace et dangereuse pour l’ordre publique ? Qu’a fait le président de la République ? Il a seulement laissé dire qu’il pourrait annoncer des frappes aériennes sur Daesh en Syrie. La belle affaire.

Le mieux aurait été d’expliquer pourquoi l’Allemagne est en train d’écrire une page historique pour l’évolution de l’Europe.

L’Allemagne a de vraies raisons, mais un pays comme la France pourrait très bien avoir demain la même ambition si elle n’était pas étouffée dans ses aprioris idéologiques. L’Allemagne a trois séries de raisons de développer une politique aussi ambitieuse.

D’abord des raisons morales bien sûr, le peuple allemand comme l’ensemble des peuples en Europe ne peut pas accepter un tel drame humain. La réunification des deux Allemagnes avait déjà  provoqué un choc salutaire mais l’accueil massif de réfugiés, condamnés à mourir, leur apporte l’occasion de donner aux valeurs de liberté qu’ils défendent, un contenu réel, une expression. Ce drame, c’est un Exodus à l’envers

Mais l’Europe tout entière défend les mêmes valeurs, notamment la France qui se prétend être la patrie des droits de l’homme. Alors faudra-t-il longtemps se limiter à un discours de bonne conscience.

Ensuite, il y a évidemment des raisons économiques et sociales. L’Allemagne, en dépit de sa toute-puissance, possède une démographie fragile. Les Allemands vont commencer à perdre 20% de leur population active chaque année. Le taux de remplacement n’est pas assuré. Pour le garantir, il leur faut accueillir environ 200.000 immigrés chaque année. L’Allemagne accueille bien des populations de l’Est mais ça ne lui suffira pas. L’Allemagne s’est donc organisé pour accueillir, intégrer, former des hommes et des femmes qui vont lui apponter un savoir, un dynamisme et les moyens de grandir.

<--pagebreak-->

L’Allemagne s’est organisée avec les chefs d’entreprise, les syndicats, les chefs religieux pour organiser l’arrivée des migrants. Le pays a vu très vite que les migrants qui arrivaient de Syrie avaient une formation technique ou supérieure. Beaucoup parlaient anglais. Tous vont devoir se mettre à apprendre l’Allemand. Apprendre un métier pour ceux qui n’en ont pas encore. Ce n’est pas un poids, c’est évidemment un investissement et une opportunité de création de richesses.

Tous les pays en Europe n’ont pas un besoin immédiat de main d’œuvre ou de population additionnelle, mais tous en auront besoin. Y compris en France. Ne rêvons pas.

La troisième raison, c’est que l’Allemagne avec la richesse de ses contrepouvoirs et son système de cogestion, a parfaitement compris que ce qui crée la richesse aujourd’hui, c’est la diversité. La génération nouvelle en Allemagne qui est née de la réunification a pris le contrepied de la politique du nazisme qui prônait la purification de la race. On sait très bien en Allemagne que la force américaine tient à l’intégration de ses immigrés. La force allemande dépend aussi de ses populations turques ou syriennes.

Il faudrait en France prendre en main cette question de l’immigration, mais la France est dans une situation ambiguë, violente. Pour simplifier, on dira que les populations françaises ont peur de l’immigration en générale, et les immigrés de la deuxième génération ont peur des nouveaux  arrivants.

C’est insoluble sauf à accepter la mise en place d’une politique européenne qui fixerait les conditions d’accueils, et notamment le nombre, pays par pays . Les partis de gauche ne veulent pas entendre parler de quotas, ni d’immigration choisie. C’est tabou. Il faudra pourtant briser ce tabou.

Chargement des commentaires ...