Les marchands de la peur seront déçus : la pandémie ne va pas provoquer de catastrophe économique et sociale.

C’est évidemment politiquement incorrect, pour les commerçants qui sont restés fermés depuis plus d’un an, pour les gérants d’hôtels ou les directeurs de théâtre... mais les faits sont têtus. La crise mondiale du Covid ne va pas provoquer de vague de faillites d’entreprises et de plans sociaux. 

Le déconfinement va sans doute sonner l’heure de vérité pour les entreprises, pour les commerçants et pour l’emploi... mais tous ceux qui prédisaient des dégâts irréparables en seront pour leur frais. On pourra critiquer à l’envie la gestion de la dimension sanitaire de la crise par le gouvernement, mais il faudra être de mauvaise foi pour trouver des erreurs dans la gestion de sa composante économique. Au-delà du quoi qu’il en coute du président, sur le terrain, Bercy aura fait le job et la situation que l’on trouvera au sortir du déconfinement le montrera.

L‘exécutif a décidé la fin progressive des aides aux entreprises et c’est évidemment le moment où tous les marchands de la peur attendaient parce que, selon leurs prédictions, le système économique aura du mal à supporter. Ils se sont trompés.

Théoriquement et selon l’agenda publié hier, le fonds de solidarité couvrira en juin encore, 40% des pertes d’activité dans les secteurs les plus touchés, c’est à dire les hôtels, les restaurants, les salles de sport et de spectacle, puis 30 % en juillet et 20% en aout. Le chômage partiel va perdurer et l’aide au paiement des cotisations sociales passera au taux de 15%. Ça n’est pas pour autant que la sortie du coma sera facile...

D’abord, parce qu‘il faut refaire démarrer les entreprises qui étaient à l’arrêt et ça n’est jamais simple. Il faut s’adapter et comprendre l’ensemble des mesures de protection obligatoires. D’autant que l’administration française ne fait pas dans la simplicité et le bon sens. Il faut aussi retrouver le personnel qui, après beaucoup d’inactivité, a parfois perdu l’envie de se lever le matin, ou même a décidé de changer de voie professionnelle avec une nouvelle formation.

Enfin et c’est le plus important, les fragilités structurelles vont réapparaitre. Toutes les entreprises qui étaient en difficultés avant le virus et qui n’ont pu, pendant le confinement, procéder à des réadaptions de leur modèle, vont rester à genoux. Beaucoup de ces entreprises vont sans doute se retrouver à la barre du tribunal quand on va retirer les perfusions et qu’elles n’ont pas de quoi rembourser les PGE, les prêts garantis par l’Etat, ou plus grave encore quand les Urssaf vont réclamer les impayés de charges. Donc, il va y avoir des dégâts liés à l’incapacité de s’adapter aux changements accélérés par la pandémie.

Mais globalement, ces dégâts sont gérables parce qu’ils n’auront pas d’effets systémiques, pour trois raisons :

1er la crise est avant tout une crise sanitaire. La dégradation de l’économie est imputable aux moyens mis en œuvre pour lutter contre le virus. Dès que les confinements seront levés, l’activité économique va se redresser mécaniquement, d’autant que le système a été protégé. Les actifs et les contrats de travail n’ont pas été détruits. C’est ce qui se passe actuellement.

2. Entre les aides distribuées et l’empêchement de consommer, les agents économiques se retrouvent avec une masse d’épargne liquide et disponible, qui sera forcément recyclée et servira de carburant à la reprise. Aussi curieux que ça puisse paraître, le pouvoir d’achat moyen n’a pas baissé depuis un an et demi.

3. Le rythme de la reprise va dépendre uniquement de la confiance dans la perception que nous aurons de l’état sanitaire et le facteur clef de cette confiance va être la réussite de la campagne de vaccination.

Ces facteurs de redémarrage vont nous ménager trois surprises.

D’abord, la vague de faillites que beaucoup d’observateurs nous annonçaient (surtout les responsables politiques) n’aura sans doute pas lieu. Parce que les trésoreries ne se sont pas détériorées, dans l’ensemble, et que les mécanismes d’aides financières vont jouer. Les spécialistes du délai de paiement le savent et s’y préparent. Il faudra accepter et gérer les cas cliniques qui seront dans les mains des Urssaf; parce que ce sont elles qui, en France, déclenchent les tribunaux de commerce. Pour l’instant, il y a plutôt moins de liquidations qu’en période normale, parce que les perfusions sont encore là.

Ensuite, deuxième surprise, la vague de plan sociaux n’aura sans doute pas lieu. Pôle Emploi, l’APEC et l’Insee sont au diapason. Ils viennent au même moment de sortir des études qui montrent que le retour à l’emploi se passe beaucoup mieux que ce qu’on attendait. Tout va dépendre de la façon dont les entreprises vont réagir pour sortir de l’activité partielle, au fur et à mesure que le gouvernement va gérer la baisse des taux de prise en charge d’ici septembre. Mais les intentions d’embauches sont très fortes. Les experts de Pôle emploi ou de l’Insee pensaient que les entreprises allaient massivement licencier dès que les aides diminueront. En fait, c’est le contraire qui se passe. Les entreprises anticipent une reprise très forte et donc préparent des embauches nouvelles.

On s’attendait, notamment les organismes officiels de l’emploi, à des destructions d’emplois chiffrés à 850 000 destructions d’emplois. Or l’Insee n’a dénombré que 250 000 emplois détruits sur plus d’un an.

On s’attend, de façon paradoxale, à une pénurie de candidats à l’emploi pour satisfaire les demandes importantes dans la restauration, l’hôtelière, le bâtiment.

Pôle emploi a relevé 2 700 000 projets de recrutements en 2021. A priori, Pole emploi aura du mal à les satisfaire.

Ce qu’on mesure moins bien actuellement, c’est l’évolution dans l’organisation du travail et la pérennité du télétravail, mais ce qui est certain, c’est que le changement sera réel et durable avec des répercussions dans la répartition géographique de l’emploi et sur le marché immobilier (résidentiel et professionnel).

Enfin troisième surprise, la faiblesse des taux d’intérêt va permettre de soulager l’amortissement de la dette publique. Elle est évidemment considérable, plus de 120% du PIB. Ce poids de la dette n’est pas dangereux si et seulement si les taux de refinancement restent proche de zéro et c’est très probable. Et seulement si le gouvernement a le courage de stabiliser le montant de ses dépenses publiques. A dépenses publiques constantes, un taux de croissance de l’économie supérieur au taux d’intérêt de l’argent emprunté lamine automatiquement la dette. Si l’Etat réussissait à diminuer les dépenses publiques, ce serait évidemment plus efficace pour revenir à l’équilibre mais on ne peut pas lui demander l’impossible, surtout à un an de la présidentielle.

Cela dit, dans les conditions actuelles, la France n’aura sans doute pas besoin d’un nouveau plan de relance en dehors des mesures de soutien qui ont été prises et de la relance européenne. En revanche, la France aurait sans doute besoin de dépenser mieux en modifiant ses arbitrages budgétaires.