Les marchés, les investisseurs et les entreprises ne s’inquiètent absolument pas de la crise politique allemande. Pour trois raisons. 

Alors que les observateurs politiques nous prédisent une crise politique allemande sans précédent capable de déstabiliser le modèle économique, le monde des affaires considère que ça ne bougera pas.

 

Les marchés, c’est à dire ce monde d’acteurs financiers, d’investisseurs et de chefs d’entreprise qui gèrent les tendances lourdes du modèle économique, paraissent assumer les contraintes politiques comme si elles n’avaient aucun impact. Du coup, l’échec d’Angela Merkel de former un gouvernement stable en Allemagne autour d’elle n’a effectivement aucun impact. Les marchés financiers n‘ont pas bougé, les indices boursiers ont même continué de monter légèrement sur les valeurs allemandes. Quant aux marchés obligataires, ils n’ont connu aucune poussée de fièvre. En clair, pour le monde des affaires, l’Allemagne ne porte aucun risque de déstabilisation de son modèle.

Cette situation correspond au pragmatisme et la sérénité dont ont fait preuve la plupart des marchés au lendemain du Brexit et même depuis l’élection de Donald Trump. C’est très nouveau. Tout se passe comme si le poids des forces économiques dans le monde était supérieur aux influences politiques définies par les processus démocratiques classiques.

Certains parleront de complot, d’autres, les plus nombreux, estiment que les forces économiques sont aussi d’une certaine façon l’expression de l’intérêt général des consommateurs, épargnants, actionnaires et salariés.

 

Face à la crise politique en Allemagne, les milieux d’affaires ne bougent pas pour trois raisons principales fondées sur la probabilité de trois hypothèses possibles.

 

Première série d’hypothèses défendues par les plus optimistes : la découverte d’une solution Merkel comme point d’appui de la stabilité. Tout le monde savait que la recherche d’une coalition entre la CDU, les libéraux et les écologistes était irréalisable parce qu’allant à l’encontre la nature profonde de l’Allemagne moderne convertie depuis des lustres à la mondialisation et à l’innovation. Les libéraux comme les verts proposent un modèle d’évolution tourné vers le passé.

Pour ces optimistes, on finira donc par trouver une solution autour d’Angela Merkel. Soit à l’issue de nouvelles élections, soit au terme d’une négociation avec les cadres du SPD qui appartenaient à l’ancienne coalition et qui n’ont sans doute pas d’avenir à vouloir faire cavalier seul.

 

La deuxième série d’hypothèses repose sur la solidité des structures de pouvoir et des contre-pouvoirs allemands. On touche là aux particularités des organisations fédérales et des systèmes de cogestion dans les entreprises. Le vrai pouvoir appartient aux régions et aux collectivités locales. Dans les entreprises, la stratégie est défendue conjointement par les patrons et par les syndicats. Ce qui donne aux stratégies une légitimité difficile à ébranler. L’Allemagne est un pays fédéral, comme les Pays-Bas ou la Belgique, deux pays qui ont vécu (très bien) pendant plus d’un an, sans gouvernement central. Par ailleurs, l‘Allemagne est le pays de la cogestion, un modèle qui a jusqu’alors assurer la cohésion sociale autour d’un projet de société.

 

La troisième série d’hypothèses est portée par la conviction que l’avenir de l’Allemagne, dans le contexte de la mondialisation et de la concurrence internationale, est porté par le projet d’Union européenne selon le modèle d’organisation allemande. C’est à dire dans le respect des contraintes libérales et d’équilibre financier. Par ailleurs, les milieux d’affaires pensent que la stabilité des systèmes de marché ouverts est garantie par l’action de la Banque centrale européenne. La BCE, tout comme la Réserve fédérale, ont fait ce qu’il fallait faire pour éviter l'asphyxie économique. Aucune raison pour que la banque centrale change de stratégie et même de braquet.