Les milieux d’affaires se passionnent pour Macron mais doutent de ses chances pour 2017

Les milieux d’affaires considèrent que l’arrivée d’Emmanuel Macron sur la scène politique offre désormais une opportunité de changement véritable, mais sa route sera longue… Après les seniors qui ont perçu chez Macron un discours qui pouvait correspondre à ce qu’ils attendent pour se protéger des changements, après les classes moyennes supérieures lasses des discours moralisateurs de la droite conservatrice, après les militants de la gauche qui commencent à se dire que Macron est peut-être la seule carte qu’ils peuvent jouer pour sauver leurs jobs, après beaucoup d’intellectuels de gauche (c’est un pléonasme) qui découvrent qu’autrefois les vrais libéraux étaient de gauche, et de citer comme exemple les Etats-Unis où les démocrates libéraux sont beaucoup plus progressistes que les Républicains… Après cette vague importante qui depuis plusieurs mois, gonfle et pousse le ministre de l’Economie à poursuivre sa conquête du pouvoir, voilà que les milieux d’affaires s’y mettent aussi.

Les milieux d’affaires considèrent que l’arrivée d’Emmanuel Macron sur la scène politique offre désormais une opportunité de changement véritable, mais sa route sera longue…
Après les seniors qui ont perçu chez Macron un discours qui pouvait correspondre à ce qu’ils attendent pour se protéger des changements, après les classes moyennes supérieures lasses des discours moralisateurs de la droite conservatrice, après les militants de la gauche qui commencent à se dire que Macron est peut-être la seule carte qu’ils peuvent jouer pour sauver leurs jobs, après beaucoup d’intellectuels de gauche (c’est un pléonasme) qui découvrent qu’autrefois les vrais libéraux étaient de gauche, et de citer comme exemple les Etats-Unis où les démocrates libéraux sont beaucoup plus progressistes que les Républicains… Après cette vague importante qui depuis plusieurs mois, gonfle et pousse le ministre de l’Economie à poursuivre sa conquête du pouvoir, voilà que les milieux d’affaires s’y mettent aussi.

Alors les grands patrons, d’un naturel discret mais en privé, se lâchent. Ils confessent qu’Emmanuel Macron apporte du sang neuf mais que son comportement peut aussi rassembler à gauche comme alternative à François Hollande.

Le sang neuf c’est évidemment la libération de l’économie. Tout le monde a compris que pour Macron, la condition première du redressement français était la reconquête de sa force économique et cette force-là passe par les entreprises. Il faut donc tout faire pour octroyer aux chefs d’entreprise les espaces de liberté les plus larges, (moins de fiscalité, moins de contraintes).

Tout faire pour faciliter l’investissement et restaurer la compétitivité.

Il est évident que ce langage très pro-business plait aux chefs d’entreprise dont l’angoisse est de voir leur entreprise périr. Pour beaucoup, il rappellerait les discours convaincus d’Alain Madelin, mais un Madelin qui serait reçu par un public beaucoup plus large que le champion français du libéralisme.

Mais c’est n’est pas tout, l’originalité de Macron c’est qu’il plait aux patrons français, mais il est né dans les rangs de la gauche.

Du coup il a déculpabilisé le discour libéral qui était complètement tabou à droite comme à gauche. Parler de la liberté économique n’est plus une grossièreté du capitalisme sauvage.

Pendant un demi siècle, disons depuis mai 1968, le discours économique ne pouvait pas utiliser les concepts libéraux sous peine d’être excommunié de l’establishment officiel. Il fallait toujours teinter le discours d’un soupçon d’étatisme savamment distillé par des générations d’énarques.

Du coup, l’Europe a toujours été vendue comme une construction très culturelle et politique, alors que c’était un marché. Il fallait éradiquer les risques de guerre et protéger le modèle européen. Alors que l’Union Européenne avait pour objectif de protéger la capacité de production face à la concurrence étrangère et constituer le premier marché du monde pour nos industriels. Faute d’assumer cette réalité, on n’en a évidemment pas profité. L’Europe part désormais en lambeau et l’euro à vau-l’eau.

La mondialisation, oui, mais à condition qu’elle soit régulée et contrôlée au moins dans les discours parce que l’OMC a surtout servi à organiser la liber de circulation pour les capitaux, les produits et les services. Là encore, il fallait assumer. Cette réalité n’avait rien de honteuse.

Le progrès technologique, tout le monde est d’accord, la France s’est donnée le meilleur instrument pour le développer (le crédit d’impôts recherche) mais dans le même temps la France s’est dotée d’une arme redoutable pour empêcher l’utilisation de ce progrès technologique avec le principe de précaution.

L’organisation du travail a fait des prodiges pour protéger les travailleurs à tel point qu’en préservant ceux qui ont un emploi on a interdit l’accès de la marche de l’emploi à ceux qui n’en avaient pas. On a produit une préférence collective pour le chômage, pas les conditions pour optimiser l’emploi.

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Sans aucune référence à quelque idéologie qu’il soit, Emmanuel Macron démonte ce système hérité de Keynes pour proposer une logique mise en musique autre fois par Schumpeter, Jean-Baptiste Say ou Frederick Bastiat. Mais jamais, il ne fera référence aux concepteurs du libéralisme moderne, il pourrait réveiller les pourfendeurs qui sommeillent à gauche comme à droite et qui se sont réfugiés dans le conservatisme social ou dans le souverainisme.

En bref, « tous ceux qui pensent que c’était mieux avant ».

A partir du moment où E. Macron est porté par une vague assez puissante pour balayer à droite (beaucoup) comme à gauche, il intéresse forcément les milieux d’affaires. Donc beaucoup de patrons sont prêts à surfer sur cette vague si elle leur permet d’espérer un retour à la croissance économique.

Pour eux,  cette vague est beaucoup plus forte que celle qui avait poussé Raymond Barre aux portes de la présidentielle en 1980, beaucoup plus puissante que celle qui avait porté François Léotard, Nicolas Sarkozy et Edouard Balladur en 1986.

Cela dit, les milieux d’affaires ne sont pas naïfs. Bien que surpris par le succès de Macron, ils considèrent aussi qu’il a beaucoup de handicaps.

1e un manque de cohérence. Mener de front, une campagne électorale et une participation dans un gouvernement présidé par celui qui l’a fait ministre et qui veut se représenter, va être compliqué à vivre. Dans les semaines qui viennent, il va devoir choisir. Ses proches affirment que c’est prévu.

2e un manque d’expertise dans la communication. Comment être aussi brillant et faire autant d’erreurs. Paris Match a été une erreur grossière et l’explication qu’il en a donnée a été assez puérile. Quand on aspire aux plus hautes responsabilités, on ne se défausse pas de ses responsabilités sur sa femme.

Quand on obtient un journal de 20 heures pour expliquer ce que l’on veut faire, on prépare un peu ce que l’on veut dire. Ce soir-là, le message Macron était réussi sur la forme, brouillé sur le fond.

3e un manque de stratégie. Emmanuel Macron n’a pas sorti dans sa trousse à outils libéraux ceux qu’il doit utiliser en priorité. Le système Macron va un peu dans tous les sens. Il faudra définir des lignes de force. Au demeurant c’est aussi le problème de tous les candidats de la droite à cette différence près que les candidats de la droite n’osent pas encore dire qu’ils vont devoir faire une politique libérale. Ils sont encore tous, à l’exception de François Fillon, sur l’ancien schéma de fonctionnement d’un interventionnisme d’Etat.

4e un manque de moyens techniques et d’expertise politique. C’est sans doute ce qui va le handicaper le plus. Emmanuel Macron est bardé de spécialistes de la com’ (un seul lui suffisait), il est bardé d’experts financiers, mais il n’a personne qui traite pour lui du contexte politique.

Pour savoir dans cette logique d’offre qui est la sienne, qui l’écoute vraiment et ce qu’on attend de lui, il n’y a pas d’études ou d’analyses pour évaluer la résonance de ses propositions. Non seulement il n’a pas de docteur en politique, mais il n’a pas de relais organisés capables de diffuser son image et ses projets. Il compte sur les réseaux sociaux, oui mais à un moment, il aura besoin de médiateurs à tous les échelons de la société. Il n’a que des amicales assez sympathiques et bienveillantes mais sans doute pas très efficaces quand le vent va souffler et qu’il passera à la lessiveuse électorale comme on dit.