Les milieux économiques italiens ne dramatisent pas l’arrivée au pouvoir de Giorgia Meloni

 

La victoire de l’extrême droite n’a pas surpris les milieux économiques qui font preuve d’un grand pragmatisme en pensant que le mur des réalités va contraindre cette coalition politique de gommer beaucoup de son héritage post-fasciste.

En Italie, l’arrivée au pouvoir d’une coalition d’extrême droite qui a hérité d’une histoire post-fasciste qui la poursuit depuis des lustres n’est pas une bonne nouvelle pour les milieux économiques italiens qui sont, dans leur grande majorité, très attachés à l’Europe et chaud partisans d’une mondialisation ouverte. 

Mais face à ce courant identitaire et nationaliste sur lequel Giorgia Meloni s’est appuyée pour arriver au pouvoir, les milieux d’affaires ne sont pourtant pas trop inquiets.

Par cynisme ou par pragmatisme, les chefs d’entreprise et les grandes banques sont convaincus que le nouveau gouvernement ne changera pas radicalement de cap et qu’il aura peut-être plus de force pour faire passer les mesures structurelles dont l’Italie a besoin que Mario Draghi n’avait finalement pas réussi à faire adopter. 

Les chefs d’entreprises, qui s’étaient retrouvés le mois dernier, avec beaucoup d’économistes, de banquiers et de responsables politiques européens dont Bruno Le Maire lors du rendez annuel de Cerobi à la villa d’Este sur le lac de Côme, se sont posés deux séries de questions à propos de la situation en Italie. Deux séries marquant leur état d’esprit à l’aube de cette nouvelle donne.

La première série de questions est de savoir si l’équipe qui va se mettre en place va pouvoir répondre aux vrais défis.  Ce qui est important pour les milieux d’affaires, c’est d’abord de savoir très clairement pour quelles raisons l’Italie a majoritairement voté de cette façon.

La deuxième série de questions porte sur la capacité de la nouvelle équipe à résoudre les problèmes de l’Italie et à éviter, par démagogie, d’enfoncer l’Italie et d’hypothéquer les chances de se redresser.

Sur la première question, les diagnostics se rejoignent aussi bien dans la classe politique gérée jusqu’alors par Mario Draghi que dans le patronat.

L’Italie n’est pas un petit pays européen, c’est la troisième économie de la zone euro, derrière l’Allemagne et la France, mais c’est une économie qui est en panne de croissance puisque ses performances sont toujours en deçà de la moyenne des pays de l’Union européenne et cela depuis 23 ans. Le PIB par habitant a stagné, en dessous de la moyenne du PIB européen. Les salaires réels ont même baissé sur cette longue période. Après le Covid, l’économie italienne a enregistré un rebond très fort grâce au plan de relance, mais pour ce deuxième semestre, les perspectives sont médiocres, l’année 2023 s’annonce très difficile compte tenu du ralentissement mondial et de l’inflation.

L’Italie était très dépendante du gaz russe, mais a trouvé en très peu de temps des approvisionnements alternatifs en Algérie. N’empêche que les prix mondiaux plombent ses factures.

La dette extérieure est abyssale puisqu‘elle dépasse les 150%, supérieure à ce qui se passe en France et le budget en cours comme le budget à venir n’offrent aucune marge de manœuvre.

Au niveau structurel, il existe toujours un décalage important entre le Nord, région plutôt riche et industrielle et le Sud de l’Italie, où la population dispose de ressources deux fois moindres et attend beaucoup des fonds structurels promis par l’Union européenne.

Globalement, sa démographie n’est pas dynamique avec un vieillissement rapide, une natalité en baisse et une immigration mal contrôlée mais qui représente déjà plus de 10% de la main d’œuvre nécessaire avec des pressions insoutenables dans le bâtiment, l’agriculture l’hôtellerie et la restauration.

Pressions d’autant plus fortes que le système scolaire, un peu comme en France, est incapable de former une main-d’œuvre employable. En quantité et en qualité.

L’Italie est dans une situation plus grave que la France avec un chômage important, faute de compétence, d’expertise et de formation. Mais des secteurs entiers sont en pénurie. Avec une immigration qui ne correspond pas aux besoins de l’économie. D’où les problèmes d’intégration et de vivre ensemble.

Cette situation économique et sociale a fabriqué un climat politique où les extrémismes ont trouvé un terrain favorable à leurs idées :  identitaire, protectionniste, anti européen et anti mondialiste.

Giorgia Meloni, forte de son histoire personnelle de militante d’extrême droite quand elle était étudiante, a fait du surf sur cette vague. Ella a 45 ans aujourd’hui, cette ancienne fan de Mussolini a l’image d’une responsable politique admiratrice de Donald Trump et plutôt à l’écoute des idées de Vladimir Poutine, même si elle a pris beaucoup de distance avec le président de la Russie depuis la guerre en Ukraine.

Personne en Italie n’est étonné par le résultat des élections législatives. La montée politique de cette extrême droite est parallèle à la progression de la misère et le manque de visibilité économique.

Maintenant pour les milieux patronaux, le nouveau gouvernement qui sera formé sera bien obligé de respecter le mur des réalités 

Giorgia Meloni a d’ailleurs tout fait depuis trois mois pour changer son image et rassurer les chefs d’entreprise.

Sur l’Europe, elle se veut très claire : plus question de quitter l’euro et l’union monétaire européenne. Son entourage se rend bien compte que sans l’Euro, l’Italie ne pourrait plus emprunter sur les marchés financiers. Les risques que portent l’Italie gonflent les taux d’intérêt qu’on lui demande, mais son appartenance à l’Union européenne amortit le spread c’est-à-dire le surcout qu’on devrait lui demander si elle n’appartenait pas à l’Union européenne.  Par ailleurs, les responsables italiens savent bien que sa politique commerciale serait très gênée, sur le plan sanitaire. Par exemple, l’Italien, aujourd’hui, attendrait encore les vaccins contre le covid et les paierait beaucoup plus cher etc.

Mario Draghi aurait convaincu Giorgia Meloni de garder son ancien ministre de l’économie, Daniele Franco, alors que Silvio Berlusconi fait déjà le forcing pour placer une de ses amis, Giulio Temonti. Bref, la course aux postes de responsabilités est ouverte et les milieux d’affaires surveillent les tractations de près.

Par rapport à la situation créée par la guerre en Ukraine, Georgia Meloni a semble-t-il également tout fait depuis un mois pour prendre de la distance avec Vladimir Poutine. Sur la question de sanctions, elle est revenue à une position très conforme à la position des Européens. Elle était en principe contre les sanctions. Elle considère aujourd’hui que la guerre économique est nécessaire et les projets de Poutine sont complètement opposés aux valeurs défendues par les Européens, en général. Alors cette position-là est très surveillée par les milieux d’affaires parce que l’un de ses alliés, Mateo Salvini continue de faire campagne contre les sanctions et milite pour une attitude avec les Russes beaucoup moins intransigeante.

Les entreprises, les banques et les responsables européens s’inquiètent beaucoup plus de Mateo Salvini grand admirateur de Poutine, que de Georgia Melloni.

Pour elle, l’Italie doit rester en Europe mais peut-être faire plus pour défendre ses intérêts.

Sur le plan budgétaire, les chefs d’entreprises savent bien qu’elle aura besoin de l’Union européenne, non seulement pour financer sa dette, mais aussi pour financer une partie de son programme. Sur la fiscalité et les retraites, elle a fait des promesses couteuses.