Les patrons étrangers ne comprennent toujours pas ce que veut faire François Hollande

Le président de la République a reçu lundi 4 février une délégation de 50 patrons d’entreprises étrangères installées en France pour leur expliquer ce qu’il entend mettre en œuvre pour rendre la France plus désirable. Et bien, le résultat n’est guère probant.

Après deux heures d’explication dans les salons de l’Élysée , les présidents des filiales de sociétés étrangères installées en France ou des filiales de grands groupes  américains ou allemands  n’ont pas compris toutes les subtilités de la politique économique pro-entreprise voulue par François Hollande. Cette réunion avait pour but de préparer les travaux du conseil de l’attractivité qui doit se réunir le 17 février et dont la mission est de comprendre pourquoi les investissements étrangers se font plus rares, et de mettre au point des mesures de réforme pour que les étrangers aient envie de s’installer chez nous.

Ce haut conseil de l’attractivité n’est pas nouveau. Il avait été créé autrefois par Jean-Pierre Raffarin, mais il ne s’était jamais mis au travail.

Depuis, deux évènements ont eu lieu.

D’abord, on s’est aperçu que les investissements étrangers étaient en chute libre. Quand un américain cherche à venir en Europe, ce n’est pas en France qu’il pose ses valises, mais à Londres, à Berlin, à Rotterdam ou même à Madrid. Et de moins en moins  à Paris.

Ensuite,  au mois de décembre quelques 50 patrons d’entreprises internationales sont venus dire au président de la République  qu’ils ne savaient plus quoi raconter à leur direction générale pour les empêcher de désinvestir la France. A l’époque, certains d’entre eux avaient même été invités à l’Élysée pour  échanger sur le thème de l’attractivité.

Ce climat, ajouté au lobbying des patrons français, ajouté aux chiffres catastrophiques de l’emploi, a sans doute décidé le président de la République à développer un nouveau discours de politique économique. Un discours pro-business, un discours de compétitivité fondé sur une amélioration de la productivité, de l’offre, de l’innovation, de la baisse des charges, de la réduction des dépenses publiques et du même coup d’une meilleure cohésion européenne.

Ce discours-là a été plutôt bien accueilli par les milieux patronaux. Le chef de l’État voulait donc dire aux étrangers qu’il avait été sensible à leurs arguments, qu’il s’en était inquiété  et qu’il allait leur apporter  toutes les précisions  utiles.

Le problème, c’est que l’information complémentaire  est mal passée. Les patrons étrangers n’ont pas eu de réponses aux questions qu’ils continuent à se poser et qu’ils doivent transmettre à leurs état- majors de New-York, Seattle, San-Francisco ou Dallas.

Premier point : Le monde des affaires achète des deux mains et le diagnostic, et le discours de politique de compétitivité.

Cependant, il y a un second point…

Deuxième point : Le monde des affaires ne peut disposer d’un calendrier d’application des baisses de charges  et des réductions de dépenses publiques.

Le président de la république ne les a pas rassurés sur ce point. Trop flou.

Troisième point : Le montant des charges et des impôts ne les gêne pas a priori. Ce qui les gêne, c’est l’instabilité fiscale et sociale.

C’est l’accumulation des normes et des procédures, leur caractère souvent contradictoire et leur lourdeur bureaucratique.

Quatrième point, plus grave : Les patrons étrangers s’interrogent sur la capacité politique du gouvernement à faire passer ces réformes.

Le président n’a pas de majorité, et l’opinion publique française est tellement braquée, tellement épuisée, qu’elle peut refuser de se soigner .

Un peu comme le malade dont la maladie est guérissable, mais qui n’a ni l’envie, ni le courage de supporter le traitement. Dans ces conditions, on voit mal comment la France pourrait améliorer son pouvoir d’attractivité.